la forteresse du Moyen Age

 A Danièle (1939- 2019) ma maman, dont une partie de son lignage d'Ussel (donc très probablement Comborn Ventadorn), Neuvic Champiers, du Boucheron, Beynette d'Ambrugeac et bien d'autres figure ici. En souvenir de ses ancêtres chevaliers et paysans... Denis Faugeras.

Partons à la découverte de Mont Ventadorn en Limousin, du site naturel qui devint castrum en l'an 1000, puis illustre forteresse médiévale, pour aller aux différentes époques de travaux et d'embellissement qui nous conduiront jusqu'à la fin de sa fonction ducale et administrative. Une plongée dans l'histoire millénaire de notre pays ventadorien...

Ventadour tourisme correze

Mont Ventadorn

Au tournant de l'an Mille, le Limousin est morcelé en plusieurs vicomtés issues du démembrement de celle de Limoges dépendant des comtes de Poitiers ducs d'Aquitaine. Le haut-Limousin est extrèmement fragmenté en une dizaine de seigneuries parfois très imbriquées. En bas-Limousin, Comborn contrôle au contraire un très vaste territoire englobant le pays au sud de la Vézère jusqu'aux limites du fleuve Dordogne qu'il dépasse à l'Est vers le pays de Mauriac jusqu'à la rivière Auze et au Sud en dessous de Turenne, de Beaulieu jusqu'à Saint Céré et Martel. La vicomté s'appuie sur plusieurs sites fortifiés hors Comborn : Torena (Turenne) et Ventadorn (Ventadour) en font partie.

I - le départ de Comborn

Comborn : c'est là que tout commence. Dans la paroisse d'Orgnac-sur-Vézère, petit village situé entre Uzerche et Allassac, à l'ouest de Tulle, se trouve un Comborn 2​piton dominant un cingle de la haute Vézère (Vesera) qui marque de fait l'entrée en bas Limousin. Sur ce promontoire à 240 mètres d'altitude, qui fut un oppidum gaulois (Combor, "le lieu qui fait barrage"), puis un site romain, s'édifia un castrum fortifié avant l'an Mille. Il domine de 50 mètres la rivière qui conserve encore son caractère de torrent venant du plateau de Millevaches où elle nait à Meymac. Plus loin, la Vézère coule tranquillement à partir d'Allassac et penètre ensuite dans le Périgord où sa vallée abrite des joyaux de l'art pariétal.

Au IXème siècle, les Comtes de Poitiers nomment un vicomte chargé de surveiller leurs terres du bas Limousin, sur ordre de Pépin le bref certainement. Ce fut vers 950 un chevalier, Archambaut, à l'origine trouble qui fut élu. Il était probablement fils de Foucher de Ségur et cousin de Giraut (Géraud) vicomte de Limoges, peut-être de la 1ère maison des Ducs d'Aquitaine et possible descendant de Childebrand duc d'Austrasie au VIIIème siècle. Son fils, nommé Archambaut également et désigné à tort comme 1er, lui succède avec vigueur et récupère Torena (Turenne) grace à son épouse. Cet individu batailleur et guère tendre tenait ainsi pratiquement l'ensemble du territoire de ce qui constitue actuellement la Corrèze et débordait sur le Quercy et semble t'il sur l'Auvergne. En se battant à Turenne vers 969, il fut blessé au pied par la porte qui se referma sur lui et ses hommes, lors d'un siège après la mort de son beau-père et de son beau-frère. Ayant conservé des séquelles de cette vilaine blessure, il fut appelé "Gamba putrida". Ce serait lui qui aurait déplacé le vieux château carolingien à l'emplacement que l'on connait aujourd'hui. A sa mort après 992, son fils Ebles 1er lui succède. Turenne s'émancipera avec le fils d'Ebles 1er, Guillem, après 1030. Le cadet des fils d'Ebles, Archambaut II, le remplace à Comborn après 1030. Il meurt sur un champ de bataille en 1058. Une fois encore les Comborn doivent régler l'épineuse succession entre frères : l'ainé Archambaut III conservera Comborn et Ebles son frère cadet recevra les terres de l'Est.  L'une des premières questions que doit régler le jeune Ebles de Comborn lorsqu'il quitte la demeure familliale en février 1059, est le choix d'un lieu de résidence.   illustrations : le donjon ancien de Comborn (XIème/XIIème s.) et, dessous, vue ancienne de la motte féodale à la fin du XIXème.s. © SHAV

Ebles qui vit encore à Comborn lors du décés de son père, car Comborn1 1il est mineur, doit partir ; sa mère Roberte de Rochechouart a procédé au partage des fiefs et il a reçu Ventadorn. Il a moins de vingt et un ans à cette époque. 

Nul ne sait si ce vaste territoire qu'il reçoit est le fruit d'un partage familial fait sur le moment ou bien le produit de limites infra-féodales déjà existantes. On notera en faveur de cette seconde hypothèse que la simple comparaison des deux espaces montre une sévère différence de surface en faveur de l'apanage d'Ebles et au détriment de son aîné. Ventadour semble bien être le siège d'un espace territorial pré-existant, déjà plus ou moins délimité, sinon comment expliquer qu'il ait été autant privilégié par un acte de partage instaurant une coupure peu équitable. Il ne semble pas non plus que cette différence soit le résultat de conquêtes lors des combats ultérieurs entre Ebles et son demi frère Bernard. Ces combats eurent bien lieu mais ne paraissent pas avoir eu pour conséquence des avancées territoriales conséquentes là où elles sont notées. Comborn au limes très réduit ne se remettra d'ailleurs jamais de cette césure domaniale, Ventadour devenant vite plus riche et puissant, en grande partie en raison de son étendue. Cependant il n'est pas non plus interdit de penser qu'Ebles fut expédié non pas en qualité de vicomte mais avec un statut intermédiaire plus ou moins précisé de seigneur de châtellenie importante, de comtor selon l'expression alors mieux connue en Auvergne dont Ventadour est si proche que parfois sa territorialisation y est au moins partiellement rattachée. Ebles n'aurait été qu'un vassal mais de premier ordre familial, largement doté mais représentant son frère vicomte toujours suzerain. De cette "lieutenance", Ebles se serait vite libéré, mettant à profit circonstances et action émancipatrice. Peu à peu la zone d'influence initiale plus ou moins vague se serait transformée en territoire vicomtal aux limites plus précises dans les siècles qui suivront.

Carte vicomte copieCarte vicomtes du limousin conseil dans esperance du roicarte territoriale du limes de Ventadour selon la SHAV vers le XVème siècle (en haut) - celle des vicomtés du bas Limousin après le démembrement de Comborn en trois vicomtés : dont en particulier celles de Comborn, Torena et Ventadorn (ca 1060) - carte hélas limitée au seul Limousin contemporain et non à ses limites en bordures © Conseil dans l'espérance du Roy. Sur la cartographie, lire aussi la page "la vicomté 1".

Quant au choix du castrum, du lieu fortifié stratégique qu'il doit occuper, est-ce une démarche volontaire ou bien une simple opportunité pré-établie quasi obligatoire ? Possède-t-il quelqu'autre lieu fréquentable à choisir ? Vient-il aux abords de los Glotos - Glotonibus (Egletons) par hasard ?

Cela est peu probable. Le bourg existe depuis des siècles. Ce fut un carrefour de voies gallo-romaines assez importantes entre Mauriac et Treignac ou Uzerche, Tulle et Clermont. Les Celtes puis les Gaulois y vécurent et ont laissé traces de leurs habitats. La cité se fortifia sur son tertre autour d'une motte féodale située sur l'emplacement de l'actuel presbytère, ex manoir Sikora. Un donjon devait y servir de lieu seigneurial à cette époque et fut semble t'il assez vite laissé à l'abandon. Il apparaît très improbable qu'il fut situé à la place actuelle du coeur de l'église Saint Antoine. Elle fut certes détruite et reconstruite au XIXème siècle mais sur son emplacement ancien datant de l'époque romane. La seigneurie survécue au donjon et existait encore au XVIIIème siècle attribuée aux ducs de Ventadour. Les puissants remparts qui ceinturent la cité sont encore bien visibles. Ils ont été édifiés en contrebas autour de la motte, au début en bois (les fameuses palissades ayant donné leur nom à tant de lieux dont plusieurs en Corrèze, à commencé par le village voisin) et sont déjà en place à l'arrivée de Ebles puis seront remplacés par la pierre de taille entre les XIème et XIIIème siècles. Le lieu castral était appelé "le Château" par de vieux Egletonnais jusque vers le début du XXème siècle. Si le donjon fut rapidement détruit, le clocher fortifié de facture un peu plus moderne (XIIIème / XIVème s.) témoigne de la réalité de l'importance de la cité et donne un bon exemple de l'art architectural défensif de cette époque. Ebles ne peut ignorer cette position sûre au sein de la cité fortifiée et elle pourrait lui convenir. Son espace territorial manque de cité d'importance : Tula (Tulle) est au prieur du monastère et il lui est impossible de créer un conflit en imposant une co-seigneurie, Trainhac (Treignac) est restée à Comborn comme Usercha (Uzerche), Uisse (Ussel) est très décalée vers le Nord-Est et pas mieux défendue qu'Egletons sans avoir plus d'habitants, No Vic (Neuvic) quasi inexistant et Coresa (Corrèze) trop petite et proche des limites de Comborn. Il lui faut choisir. Mais les Comborn sont des féodaux qui n'ont que faire des villes. Ventadour n'aura pas de cité source de tracas et conflits dans son environnement immédiat, tout comme Comborn. Ebles n'ira pas à Egletons qu'il devrait partager avec les bourgeois (burgenses).

En revanche s'il s'installe à côté, cela ne procède certainement pas du hazard. 

Depuis toujours, c'est à dire quelques siècles, les habitants racontaient la légende du seigneur Ebles cherchant le bon endroit au-dessus du cingle de Chamalau (ou Chamalot en français) dans la paroisse voisine de Moustier, formé par une boucle du torrent de la Luzegea (Luzège - la Louise - la Luisante). Le site était éloigné et difficile à défendre car entouré de collines un peu plus hautes. Ebles abandonna l'espoir de bâtir ce lieu indéfendable. R. Lombard cite cependant ce promontoire comme lieu possible fortifié sans trace restante (Lemouzi n°35). On nous permettra de souligner l'extrême probabilité de cette mémoire collective : Ebles ne reproduisait-il pas ici le choix d'un emplacement similaire à Comborn : une rivière impétueuse faisant une boucle, un promontoire dominant isolé et un site ancien, peut-être encore occupé à l'époque ?

II - le choix de l'emplacement final

Une autre légende bien moins vraisemblable voudrait qu'il s'essaya à occuper le Châtelet, un éperon barré sur la même Luzège, vestige d'un habitat beaucoup plus ancien remontant à l'âge de bronze, mais que face à l'impossibilité d'édifier les murs d'enceinte toujours jetés à bas par le diable, il lança un outil qui atterrit sur un sommet voisin… indiquant le nouvel emplacement. Pour certains l'épée, ou d'autres la hache, partit en revanche de Chamalau. L'histoire vaut pour tant d'autres châteaux ! Mais on le voit mal établissant château au fond d'une gorge étroite et humide dont on ne peut sortir qu'à grand peine.

Vérité, légendes… Faute de mieux, faisons confiance à d'autres souvenirs millénaires ! 

Ebles n'alla guère plus loin. A quelques lieues du cingle de Chamalau et plus proche de los Glotons, se trouvait un promontoire altier, selon la belle terminologie de notre fondateur l'excellent chanoine Léon Billet. Situé plus en amont, à 569 mètres d'altitude, il y avait un pic escarpé dont seul un petit terre-plein permettait l'accès, le reste n'étant que précipices de chaque côté. Les uns se jettent au sud dans le torrent de la Vinha (la Vigne) qui naît à Egletons et les autres, au nord, dans la Soudeillette, rivière à peine plus formée, que les anciens appelaient il y a quelques années encore "la petiota Luzegea" - "la petite Luzège", qui coule depuis les hauteurs du plateau de Millevaches. Le dénivelé qui s'offrit à ses yeux ne put que l'impressionner. Les 120 mètres de ravins constituaient le meilleur des remparts et la plus providentielle des protections. Mieux encore que Comborn. Le rocher regardait vers l'Est, se pénétrait par l'Ouest et présentait son flanc au Sud. C'était une île de granit surgissant du tréfond des torrents mugissants ou chantants selon les jours et l'air. De l'air justement, Ebles n'en manquerait pas à cet endroit connu pour ses vents soufflant en tous sens et que l'on appelait certainement déjà Ventadorn, selon la même terminaison que Comborn ! illustration : le plan cartographique du relief de Ventadour ©IGN

Ventadour plan de situation ignBizarrement, alors que Comborn en langue limousine est resté dans l'expression moderne car personne ne dit "Combour", Ventadorn a été oublié et "francisé" malgré sa place de site majeur de la culture de langue d'oc ! Ce n'est pas anodin mais très révélateur d'une démarche, d'une mentalité pourrait-on dire... L'attachement à nos valeurs culturelles, notre patriotisme local est hélas pratiquement inexistant en nos terres, contrairement à bien d'autres provinces voisines. Pourquoi ne sommes-nous pas aussi fiers que nos voisins auvergnats ou périgourdins, sans parler de ceux du Rouergue ? On nous permettra de préférer le nom limousin, ce qui n'est pas un trait d'originalité de notre part.

Ebles décida ainsi de faire de ce lieu protégé et aéré son castel. 

ci-dessous vues du site de Ventadour à la fin du XIXème siècle. © SHAV.

Ventadour cp 41

Monte ventadorn (collection SHAV)

Ventadour satellite

illustrations : vu par satellite ©IGN géoportail

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​dessin de l'architecte Mester de Paradj dans les années 1970

Une fois encore, les archives manquent pour démêler la réalité​Vent dig 1 physique. On s'est plu à imaginer ce piton comme entièrement pointu et lentement arasé par l'outil des ouvriers pour dégager une plateforme constructible, tirant du lieu des pierres de construction. Cela est certainement en partie vrai, mais en partie seulement. Les autres sommets sont naturellement assez plats suite à l'érosion géologique et aucun ne présente de pic ou de pointe déterminante ; le mont Ventadour devait être à peu-près de même forme. Simplement, une énorme et double arête granitique le traverse et s'enfonce à son éperon sud-est vers la confluence des rivières. Plus du tout visible aujourd'hui en raison de son envahissement absolu par la broussaille non maîtrisée, cette particularité géologique remarquable, tellurique peut-on dire, l'était encore extrêmement à la fin du XIXème siècle lorsque furent pris les premiers clichés de cartes postales. Ce sont deux vertèbres minérales, presques fossilisées, qui soutiennent Ventadour et lui confèrent un magnétisme évident. La citadelle semble accrochée sur la pointe et sortir de la masse en se fondant avec elle. Il y a quelque chose d'animal préhistorique dans cette organisation architectonique.

On imagine mal l'impressionnant aspect que cela présentait alors, lorsque tous les contreforts étaient soigneusement tondus par les chêvres et les moutons. Ce Puy comme beaucoup d'autres en ces lieux était pratiquement pelé et couvert de bruyères fleuries et de quelques épines vinettes. C'était ainsi encore Ventadour cp 46avant guerre et mieux encore avant la première : l'excellent Léon Billet se souvenait des quelques derniers pieds de vigne poussant en aval vers 1914, survivants directs des sarments viscomtaux ! Son actuel successeur se remémorre les ultimes vaches et moutons au pied des remparts avant 1980, flânant dans les broussailles et le taillis qui se formaient. Que n'a-t-on pas écouté notre proposition d'acquérir ou de louer ces pentes pour y rétablir la belle nudité médiévale originelle permettant de juger de l'absolue force des éléments de ce territoire, d'y élever des animaux comme à l'époque et de planter quelques arpents de cépages adaptés, produisant à nouveau le "cru Ventadorn" des Vicomtes !

Mais il parait que la nature exceptionnelle et unique des "roumillas" ou "roumidiera" (sorte de mauvaise végétation broussailleuse et ronçeuse qui prospère en situation de déprise agricole, selon une terminologie limousine imagée), empêcherait désormais tout nettoyage, bien qu'elle soient très récentes et parfaitement envahissantes. Nous sommes tout à fait d'accord avec les écologistes pour dénoncer le "bling bling", comme ils qualifient certaines animations menées sur place, mais sachons raison garder et ne pas hésiter à retrouver un paysage façonné dès le XIème siècle au moins, ce qui est tout autant écologique. Les photos que nous publions prouvent ce qui restait de l'état de défrichage médiéval. Les plantations de résineux qui obstruent la vue de toute part nous posent plus de problèmes qu'une éventuelle remise en état d'origine.

Ce promontoire si particulier n'était-il  pas  déjà occupé par quelque système défensif préalable qui, bien que primitif, offrit pendant quelques temps le refuge au vicomte ? Nous le croyons fermement. Il est plus que probable que Ventadour existait déjà et que l'arrivée d'Ebles par hasard en ces lieux n'est que pure légende. Cela n'empêche pas qu'il eut certainement un questionnement sur le choix définitif : fallait-il rester sur ce piton ou bien se transférer ? On n'imagine pas Ebles partir à l'aventure sans connaître un endroit où habiter. L'urgence réelle ne lui permettait pas de s'éloigner de Comborn sans savoir où aller, de vivre hors défense et abris. Un mauvais donjon de pierres et de planches ou de madriers n'était pas surprenant à l'époque en guise de "château". Si l'on admet la pré-existence du castrum, quelle était sa fonction ? Etait-ce un point de surveillance du gué et de défense avancée remis précédemment à un vassal ? C'est tout à fait possible. Les Comborn avaient plusieurs repaires pour couvrir leur vaste territoire; Turenne par exemple, en fut un à l'origine pour les comtes du Quercy, en un lieu différent de celui que nous connaissons.  Est-il impossible de penser pour Ventadorn, plus avant, à un calvaire chrétien ayant remplacé un oppidum ou un lieu de cultes anciens ? Les Celtes puis les Gaulois occupèrent les endroits proches dont les toponymies conservées de Drulle, Darnetz, Bois des Druides, Boueix, la Peyre fade… sont les traces. Un castrum carolingien y était-il installé ? Un éperon vertical de 100m nommé roc Cerveira (rocher Servières) juste en face du site fournit un autre indice tout à fait plausible. Nul ne peut expliquer cette toponymie localement. Le seul Servières connu en bas Limousin est celui de la paroisse de (X)Saintrie qui accole ce nom à son Château. Servières le Château n'est guère loin, de l'autre côté de la Dordogne et peut être aperçu des hauteurs proches de Ventadour. Nous avons mené une recherche sur l'origine de l'indication d'outre rivière : elle proviendrait d'une ancienne famille seigneuriale du nom de Cerveira qui existait avant 1222. Ces Cerveira étaient vassaux des Turenne et peut-être apparentés. On peut en déduire qu'un de leurs ancêtres occupa ou vint à Ventadour pour les Comborn et laissa son patronyme au rocher juste en face, en mémoire d'un évènement qui reste inconnu (détachement, seigneur, combat, mort, dévotion, etc.). Cela donne une indication potentielle sur une occupation antérieure.

Ebles avait devant lui le rocher de ses espoirs et la destinée de sa terre...

Vent dig7 roc serv cht​Que vit Ebles ? Certainement un pays assez inhospitalier composé de rochers, de torrents, de pentes infernales, avec un climat plus affirmé que de nos jours dont les amplitudes thermiques et les hivers rigoureux (fin de la petite glaciation) ne le changeaient cependant pas complètement de Comborn et de la haute Vézère, certes plus doux car moins élevés de 300m. De ce promontoire, la vue s'étendait de toute part mais, en particulier et symboliquement, vers la vallée coulant à l'Est vers la grande rivière "lo riu Dordonha" (la Dordogne) et l'Auvergne.

Ebles abandonna semble-t'il rapidement le nom de la maison de Comborn pour celui de Ventadorn, fondant ainsi sa propre maison, même si à cette époque seul le praenomen est indicatif du lignage, afin de souligner son nouveau statut de seigneur fiefé. Les médiévistes parleraient de fief "média-dominant" car il relevait du comte de Poitiers, duc d'Aquitaine, mais possédait, outre ses terres, ses propres vassaux chevaliers, seigneurs ou châtelains. Il paraît en revanche avoir tardé un peu plus à se déclarer vicomte de son apanage démembré de Comborn, chose faîte quelques décennies plus tard. Il semble bien qu'il ne le fit pas immédiatement, signe confirmatif d'une interdiction liée à sa possible vassalité et à son statut probable de comtor ou d'un espoir de réunifier Comborn. Les relations avec son frère aîné Archambaut III semblaient méfiantes et parfois même contrariées comme lors de la création du monastère de Meymac en 1185. Un conflit violent éclata d'ailleurs ensuite avec son demi-frère puiné Bernard, usurpateur du titre et assassin de son neveu Ebles II de Comborn. Plusieurs années durant, Ebles puis ses fils espérerons en vain reprendre la vicomté pour châtier le criminel et faire valoir leurs droits mais sans y arriver, malgré de longs combats.     Ventodorn - Roc Cervaira vu du pied et de l'éperon Est du castrum, rocher dénudé il y a encore quelques décennies - © collection SHAV

L'arrivée d'Ebles et de ses compagnons à Ventadour n'était pas forcément une aventure aisée. La tâche qui l'attendait était rude et aléatoire. La première urgence était de se doter d'une résidence convenable. Soit il n'y avait rien sur l'éperon rocheux, et tout devait être entrepris, soit il y avait bien une fortification ancienne ou plus récente appartenant aux Comborn, et presque tout restait à faire.                                       

III - le premier castel

Ventadour s'édifie dans une agitation d'hommes construisantVentadour general et de soldats prêts à toute éventualité. Il va falloir des années pour que le château, qui, plus qu'un simple repaire, est un ensemble complet avec une enceinte fortifiée dotée d'un donjon et de quelques écuries et logis de ferme, prenne forme. L'appellation exacte est en réalité celle de castrum, le mot "château" n'étant pas employé à l'époque, le limousin "chastel" évoquant plutôt un repaire fortifié. Mais Ebles ne peut se concentrer uniquement sur cette tâche arassante de construction à la main. Il lui faut également se prémunir contre deux fléaux possibles : la trahison familiale et le peu de fiabilité de ses vassaux. Ebles doit pouvoir se réfugier dans un abri sûr en cas d'attaque ou bien de tentative d'élimination. Au XIème siècle, le chevalier de noble lignage vit encore dans un donjon carré dont les murs du premier niveau, certainement déjà en pierre à la fin du siècle, n'offrent pas de prise facile à l'invasion. Pas d'ouvertures, si ce n'est une meurtrière, une porte surélevée de 4 ou 5 mètres où l'on accède par une échelle tirée en cas de nécessité. Au XIIIème siècle puis au suivant viendra l'accès par pont-levis. La pièce du bas sert aux provisions, aux armes et à quelques hommes de garde ; plus tard elle sera parfois convertie en prison, les fameuses oubliettes. Les deux ou trois pièces superposées en étage peuvent abriter les membres de la famille, souvent Motte 1même quelques chevaliers les plus proches, sans que les chambres n'aient une spécialisation trop grande. On mange, dort et s'occupe indifféremment. Peu éclairées, froides avec seulement des cheminées hautes à foyer ouvert qui viendront au XIIème s., ces salles sont très peu meublées avec uniquement des coffres et bancs, une table dressée sur des tréteaux. Les lits surélevés et fermés viendront plus tard car on dort encore tout habillé sur une paillasse la plupart du temps chez les chevaliers les plus pauvres. Ces pièces froides et austères ne sont pas d'un confort exceptionnel mais elles sont sûres. Les vitres sont inconnues et une étamine cirée calfeutre l'air. Parfois les étages sont encore édifiés en bois. Rien n'est établi car le donjon est souvent en travaux d'amélioration. On monte peu à peu les murs d'étage en maçonnerie, on pose des pierres de taille en appareillage bas. Au sommet, un lieu de guet permet de s'assurer constamment de la sûreté. En cas de danger on bat l'appel, on souffle dans un cor, on hurle aussi et si l'on a une cloche, ce qui est rare, on l'agite frénétiquement pendant que l'échelle est remontée et la palissade fermée. Au début, cette enceinte devait être en bois. Les assaillants sont accueillis avec des pierres, des excréments, des lance de bois affuté et durçi, de l'eau bouillante avec de la mélasse, plus rarement, mais jamais d'huile bien trop rare. Donjon le puy du fouEbles doit faire aménager aussi les hangars et les écuries en bois dans une enceinte qui sera bientôt en pierre.  Elle se construit en même temps sur le rocher aplani par commodité.  Les matériaux sont prélevés sur place. Ils sont tirés de la roche escarpée qui devient plate-forme, de celle des collines voisines ensuite, les remparts et le donjon se revêtent des pierres extraites. Des bois de chênes environnants, les planchers et poutres sont sciés. Les soldats rétribués à la solde, qui constituent les bellatores ou pugnatores, sont très peu nombreux (certainement moins d'une dizaine au début) car il faut les nourrir, les équiper et les payer. Ils vivent dans la promiscuité du seigneur. Les plus chanceux ont droit à une maison ou à une chambre au fur et à mesure de l'édification du castrum. La piétaille, elle, est formée par les hommes de la poesté, c'est à dire ceux qui sont en sa puissance. Ce sont les gens du commun, anciens serfs plus ou moins affranchis, mais aussi hommes libres, parfois précaristes (rattachés à un monastère) ou la plupart des alleutiers (propriétaires).  motte castrale vers l'an 1000 plan et reconstitution d'un Donjon en bois - © Puy du Fou

Ces hommes qui travaillent, appelés laboratores, doivent le service. Ce service consiste dans les corvées, telles la construction du château, la réparation des structures, la garde par roulement d'équipe mais, également, dans la fourniture des vivres, la participation au combat à pied lorsque le ban (l'appel à l'aide) est proclamé par le seigneur. Il aura fallu bien des décennies pour constituer une forteresse convenable mais Ebles Ier aura pu faire beaucoup de son vivant car il ne disparaîtra qu'en 1096, après trente six ans sur place, il devait avoir plus de 50 ans. Il fut enseveli au monastère de Tulle où il s'ėtait retiré pour finir son existence, dans la tradition de ses aieux Comborn. Son fils aîné Archambaut semble disparaître vers la même époque, probablement lors de la première croisade. Son cadet, Ebles II, lui succède et va devenir un des plus célèbres vicomtes du Limousin, lo chantador (cantador en sud occitan). Il reçoit Guillaume de Poitiers, éduque un enfant nommé Bernartz qui va devenir le plus célèbre des troubadours (peut-être son fils adultérin), libère les serfs qui restaient encore sur ses terres. Ventadour devient le centre d'une cour brillante.                           

Depuis quelques temps, on lit localement que Ventadour n'aurait pas été le siège "politique" de la vicomté hormis, peut-être, au XVème siècle, en reprenant les termes d'un cabinet de fouilles. C'est une curieuse idée et une terminologie inadaptée qui n'existait certes pas il y a 1 000 ans. Nous lui préférons le terme de pouvoir seigneurial ou viscomtal, en cette période du Moyen Age dit "classique" ou "haut" qui va de 987 à 1328, le "bas M.A." se continuant jusqu'en 1498. Cette affirmation moderne véhiculant la "nouvelle pensée" par quelques récents pseudo feudataires qui dénient insidieusement à Ventadour tout intérêt architectural, militaire et maintenant "politique" est assez présomptueuse et franchement énervante. Curieux comportements que celui de ces "autorités" et "spécialistes" qui, sous prétexte de s'intéresser à un site historique, répètent un propos isolé tels des perroquets et consacrent une partie de leur temps et de l'argent public à le minorer et relativiser son importance. Amour singulier de leur sujet d'ėtude que de détricoter en place du devoir d'objectivité scientifique. Certes, en matière médiévale, faute de documents suffisants, on est souvent contraint d'échafauder des hypothèses qui peuvent toutes être discutées à l'infini. Mais une simple logique suffit généralement. En la matière, il serait bon que ces auteurs institutionnels, ou pas, nous expliquent pourquoi Ventadour n'aurait pas été habité dès le début et pendant plusieurs siècles, mais simplement pendant un siècle au plus, uniquement au XVème ? Le seigneur viscomtal du XIème, surtout puiné et à peine (auto)proclamé, n'est pas assez riche pour édifier plusieurs logis. L'argent manque terriblement à cette époque. Où serait-il allé ? Dès le début, il doit se défendre contre les attaques possibles, parfois batailler pour asseoir son autorité. Les Ventadour devront se méfier de leurs voisins à commencer dès le début par leur famille Comborn alliée aux seigneurs du haut Limousin, ce qui va les entraîner à des tentatives de reconquête infructueuse sur l'usurpateur Bernard. Ensuite, ils craignent parfois la réaction des rois de France qui seront une menace plus redoutable que les cathares au sud, inconnus dans ces terres. On sait que Ventadour se constitue et se renforce, que les rencontres vassaliques et les sièges féodaux y ont lieu, que la famille seigneuriale y vit régulièrement. Bien plus tard, aux XIVème et XVème siècles, ils doivent se fortifier contre les grandes invasions des Anglais, des routiers puis des réformés au XVIème siècle. Seul le castrum, ensuite devenu forteresse, peut rendre ce service à Ebles et à ses descendants. S'il était parti vivre ailleurs cela se saurait et même se verrait encore... Au moins jusqu'au XVème siècle, les Ventadour resteront attachés à leur rocher fortifié même si certainement ils se partageront parfois à partir des XIIIème /XIVème s. dans quelques demeures voisines établies sur leur territoire. On verra l'importance selon les époques de Margerides, Liginiac, Davignac, et Charlus Champagnac, plus confortables. Plus tard, effectivement, la lignée des Lévis-Ventadour préférera nettement Tulle, Champagnac et Liginiac voire Limoges et, en Vivarais, Meyras puis la Voulte qu'ils finiront cependant par oublier plus encore que Ventadour au XVIIIème siècle (voir les pages du site sur les seigneurs et les châteaux en Vivarais). Les ducs ne délaissent pas leur duché aussi facilement que l'on pourraît croire. Ils sont présents aux grandes assemblées du bas Limousin contrairement aux Turenne et d'autres seigneurs de la province, comme l'attestent des états de présence. Jusqu'à la fin, c'est à dire 1790, Ventadour reste la maison mère, le siège ducal utilisé pour les grandes cérémonies et la résidence officielle. Après 1680, c'est la mémoire des origines, celle dont on ne se sépare pas même si l'attraction de Versailles et Paris devient essentielle. Ils seront en plus très souvent en charge de la défense puis de l'administration de leur province, ce qui implique le maintien du lien ventadorien. Une preuve parmi d'autres : le 28 janvier de l'an 1523 a lieu au château le mariage du fils aîné de Jean de Chabannes, seigneur prestigieux de Madic, proche du Roi, et de son épouse Françoise de Blanchefort descendant des Comborn. On imagine mal un site abandonné pour une telle cérémonie. Plus tard, à l'aube du XVIIème siècle, certains de leurs enfants y naissent, comme Henri de Lévis-Ventadour, en 1596, fils d'Anne de Lévis-Ventadour et de Marguerite de Montmorency, futur Duc et vice-roi de la Nouvelle France. C'est également à Ventadour que restera au moins jusqu'en 1789 le gouverneur en l'absence des Ducs, certes partis depuis longtemps à Versailles et Paris comme toute la haute noblesse. Le siège "politique" demeure, même si le lieu administratif et judiciaire se déplace vers Egletons puis Ussel pour des raisons évidentes de nécessité d'organisation en personnel et locaux spécialisés. Les Rohan Soubise continuent de faire administrer, par délégation comme il se doit, mais ne vendent pas. Le rapport de Treilhard rapportera expressement l'état des lieux et sa volonté personnelle de pousser à tout liquider. Il ne sera visiblement pas suivi. Après sa mort, une timide reprise en main sera amorcée juste avant la révolution par le Prince de Rohan, Duc de Ventadour, qui refonde le gouvernorat dans le château. Ventadorn ne sera jamais abandonné ou vendu par ses seigneurs, contrairement à bien d'autres ensembles médiévaux. Affirmer une présence limitée à un seul siècle est ainsi chose bien surprenante.

IV - Les nouvelles transformations et les temps troublés du XIIIème siècle

Au XIIIème siècle Ventadour a du considérablement évoluer sur le plan architectural. Mur donjon cvDe la citadelle d'Ebles 1er il ne reste déjà pas grand chose. Le castrum d'origine a été étendu et une forteresse très améliorée occupe la motte. Les rapports de fouille de 2009 confirment celles de 1968. Dès le XIIème siècle on peut imaginer que fut amélioré le donjon primitif, élevé, renforcé et doté d'éléments de confort en matière de cheminées et ouvertures. On peut parier qu'il n'y a plus de bois ! En plus, est certainement construit fin XIIème/début XIIIème siècles un logis-château encore sommaire mais plus spacieux, propre à recevoir les hôtes prestigieux, seigneurs et troubadours, mais également destiné aux justiciables plus ordinaires convoqués pour les basse, moyenne et haute justices seigneuriales. On imagine mal Ebles II recevant Guillem VII de Poitiers (appelé également Guillaume IX d'Aquitaine -1071-1127) dans son petit donjon originaire. Ce premier logis n'a pas été formellement retrouvé. Léon BILLET pensait qu'il était à l'emplacement de l'actuel site du logis seigneurial du XVème s. en analysant la structure des murs retrouvés ; Robert JOUDOUX également, mais il n'excluait pas la possibilité d'un autre emplacement plus réduit situé au pied du donjon. Les observations de 2009 n'apportent pas de précisions supplémentaires. Ce logis aurait été utilisé en même temps que la tour carrée rénovée à cete époque puis au XVème siècle. Il est également possible d'émettre une hypothèse alternative : la construction au-dessus de la salle de garde montre des murs carrés très élevés, fermant une cour ouverte, qui auraient pu constituer primitivement un grand donjon résidentiel d'époque romane limousine, converti ensuite après ouverture et réaménagement complet en un enclos intérieur servant à la nouvelle entrée du XIIIème/XIVème s. En bien des lieux, les donjons limousins de cette époque sont grands et carrés. Il semble surprenant qu'à Ventadour il n'y ai pas de traces de ce type d'édifice comme à Chervix ou Chalucet par exemple.  Hypothèse à étudier avant de la rejeter... L'autre aspect des travaux concerne l'art militaire. Ventadour doit impérativement se renforcer, ne serait-ce qu'en application de l'ordonnance royale du XIVème siècle visant à remettre en état les défenses féodales. Les temps sont troubles : si le développement économique est considérable, les hostilités sont nombreuses et les risques élevés.  Les croisades ont lieu contre les albigeois, menées en pays toulousain et périgourdin comme par exemple à Biron, c'est à dire pas très loin, il faut ensuite partir avec Saint Louis, puis les querelles entre anglais et français conduisent à la guerre et mettent Ventadour en position délicate entre les deux princes. Les remparts sont agrandis et élevés, des fossés et pont-levis d'enceinte ajoutés semble t'il sur trois niveaux séparés, la tour forte ronde dite de "Saint Georges" construite dans le mur de défense (ou peut-être reconstruite sur la base d'une structure ancienne possiblement en bois) bien dans le style du XIIIème. Elle fut appelée "le donjon" mais n'en fut jamais un (ou sinon depuis fort loin) car il ne se prêtait pas à l'habitation dans sa dernière forme : 10 mètres de diamètre pour 18 m. de haut, des murs de 3 m. Vent st georges 2d'épaisseur en bas et de 1m50 au sommet. Une porte élevée à 5 mètres donnant sur une haute salle étroite, ronde et magnifiquement voûtée de 3 mètres de diamètre et 10 m. de hauteur. Une seule  petite  meurtrière  l'éclaire. Salle du dernier refuge, puis prison avérée certainement (pas oubliette), mais pas pièce d'habitation ! Au-dessus, à hauteur du chemin de ronde, une autre salle voûtée de 3m50 de haut avec deux portes donnant sur les remparts. C'était la salle de veille pour les gardes. Un petit escalier en part et permet d'accéder à la dernière pièce, celle du guet qui comportait une cheminée, ses créneaux et une charpente avec sa toiture de lauzes avérée, certainement construite plus tard.

C'est l'état architectural que l'on souhaiterait vivement voir revenir après d'indispensables travaux de rénovation tout à fait envisageables, avec la flamme échiquetée de Ventadour flottant à nouveau aux vents tournants. Ces travaux aisés devraient être accompagnés par l'édification d'un escalier charpenté pour l'accès à la porte et aux remparts. De la même façon, il est tout à fait envisageable de refaire la toiture après quelques relevage du peu de maçonnerie manquante. La tour ronde redeviendrait ainsi tour d'observation selon sa destination initiale.

Est-ce impossible à Ventadour alors que ce fut mis en place en tant d'endroits ? Les sommes colossales obtenues n'auront même pas permis cela. A Meyras Ventadour ce sont toutes les tours qui ont été reconstruites en pierre, par des gamins de 20 ans qui payent leur séjour... 

Le "vrai" donjon a toujours semblé être la grande tour carrée, semblable à nombre d'autres en Limousin (Merles etc.). Il fut certainement amélioré également à cette époque pour mieux répondre aux éléments de confort du temps ; les premières fenêtres percées, les cheminées installées, les parements posés. Sa base présente une structure plus fruste que les étages visiblement dotés plus tard de belles ouvertures à meneaux et de cheminées jambées. Son élévation dépasse les 25 mètres, la base fait grossièrement de 11m sur 9m, soit une surface habitable d'une quarantaine de m2 à chaque niveau seulement car les murs sont épais, la tour en possédant quatre. On ne sait si l'entrée en hauteur primitive fut remaniée et enlevée pour la transporter en rez de chaussée, ce que Vent int 2 donjonnous imaginons. De​ la même façon, on ignore si elle était reliée au logis, soit par jonction des murs en assise, soit par un passage en étage. Chaque étage possédait certainement une pièce, avec peut-être une arrière chambre et un accès intérieur par escalier à vis. Le donjon nous semble ancien, largement remanié au XIIème s. et amélioré ensuite au XVème siècle, alors que le cabinet Hadés le date de cette dernière période. Mais alors où se serait élevé le donjon primitif ? Cependant, on peut se demander si un donjon plus vaste que cette simple tour carrée certainement d'origine XIIème s. ne fut pas édifié en un autre lieu avant la construction du logis, peut-être comme il a été dit plus haut, vers l'entrée principale ? Le grand vide visible sur les plans en perspective pose question.

Des substructures existent au pied des remparts Nord, de part et d'autre de la Tour Saint Georges et correspondent certainement à des constructions de service (dépôts-écuries-greniers) dont on voit encore les assises de poutres dans le rempart. Elles ne nous semblent guère constituer une ou des résidences seigneuriales, selon l'hypothèse du cabinet de fouille déjà cité. On voit mal les Ventadour construire au Nord dans une cour fermée alors que le Sud apporte vue dégagée et soleil. Les fondations du logis semblent très anciennes, bien antérieures au XVème siècle. Le logis primitif est probablement à chercher dans le donjon actuel, ou dans un ancien reconditionné ou détruit, et dans la résidence connue.

Le promontoire le plus à l'Est semble ne pas avoir été la priorité de l'aménagement premier. Seule une tour extrême sur l'éperon face à Roc Cerviaira dont la forme semble curieuse, dut avoir deux étages au dessus de la salle voutée qui existe toujours. Le sommet disparut après 1795. Le 1er étage qui avait été recouvert sommairement à la demande de Madame de Lamazière après 1830 n'a disparu qu'après 1900. Celui-ci et le second devaient servir de poste de gué sur la vallée de la Soudeillette tant la vue est impressionnante. Renouvellons que nous aimerions que la salle qui subsiste encore bien conservée soit aménagée en lieu d'exposition. La vaste cour basse, dite aussi de la petite baille (bailla), constituait comme son nom limousin qui nous est parvenu l'indique un enclos de remise selon toute vraisemblance, d'écurie, de parc à animaux et de stockage des pourvoiries nécessaires à la forteresse. La salle en sous-sol pouvait abriter les provisions autant que les réfugiés en cas de nécessité mais put être convertie plus tard en poudrière rudimentaire. En revanche, il nous semble Vent pte baille 1présomptueux de conclure comme cela fut évoqué en 2010 que l'aménagement de la basse cour daterait seulement du XVème siècle et après. 

Une ​poterne étroite construite sous le rempart donne encore sur un escalier abrupte desservant les quelques maisons de la petite Champselve, vers l'habitation présumée des parents de Bernartz lo chantador. L'aplat rocheux et réduit se situe quelques mètres sous le rempart. Le four s'y trouvait probablement si l'on en croit les souvenirs, avec quelques maisons de servantes et époux soldats - hommes à tout faire en temps normal. ​Un chemin très étroit et vertigineux passant sous le flanc Sud de Ventadorn, en contrebas du logis, reliait le hameau à la Grande Chanselve et à Moustier. Il a pratiquement totalement disparu depuis une quarantaine d'années.

La porte de l'enclos principal (ou grande baille - bailla) donnant sur la petite baille, alors guère défendue, et la porte de la petite Chanselve furent renforcées par des tours de guet. Dans la première on semblait pénétrer dans une tour d'accès aux remparts situés au-dessus. Par où faisait-on entrer et sortir les chevaux de la haute cour, puisque la porte extérieure au nord vers les latrines semblait également étroite et fortifiée ?  Cela est assez mystérieux ; certainement par le flanc Nord en tout cas.

Est-ce à cette époque que la nouvelle entrée principale au Sud Ouest, par porte hersée et la salle de garde dite "souricière" est édifiée ? Le système ancien avait du être considéré trop simple pour une entrée principale. Elle est désormais protégée par une herse (les "grilles" de la révolution...) : une barbacanne avec des assommoirs et une longue poterne étroite, prise sous le tire croisé des meurtrières du système de défense situé derrière. Elle donne accès à une salle d'arme voutée et fermée. Son nom de souricière montre bien l'usage de contrôle des entrées. Mais comment en sortait-on ? Les chevaux y avaient-ils passage ? Malgré tous nos souhaits, ces couloirs ou pièces arrières ne sont toujours pas fouillés. Pourtant il est évident qu'il y a quelque chose derrière les meurtrières. De la même façon que nous réclamons l'édification d'un escalier d'accès en bois à la tour Saint Georges et la reconstruction de sa charpente et de sa toiture, la reprise de mur effondré de la voûte de la salle de garde serait extrêmement souhaitable car il ne reste pas grand chose à remonter. Cela constituerait une remarquable et historique salle d'accueil à l'entrée après la poterne. Cette démarche de reconstruction prouverait la possibilité de re-ouvrir des pièces. Est-cela que l'on refuse ? Pourquoi n'a t'on jamais répondu à cette demande légitime de notre Société Historique. Lors de la donation, nous nous arrêtâmes dans cette salle de garde avec le Duc de Lévis Mirepoix pour observer la faisabilité de l'opération et tombâmes d'accord pour trouver un tel projet hautement pertinent. Depuis personne n'en parle faute d'écouter notre vive Poternesuggestion. Pourtant elle fut très tôt évoquée, et fut peut-être le motif de la décision politique d'engager des crédits. Nous allons révéler un fait connu de très peu de personnes hormis le Duc de Lévis Mirepoix alors propriétaire et de quelques rares membres de notre Société Historique. Lors d'une conversation téléphonique avec le Premier Ministre Jacques Chirac en 1986, lorsque fut évoquée la situation à Ventadour qui l'inquiétait, nous parlâmes du projet de donation sous réserve de participation à la gestion. Bien entendu il fallait être suivis financièrement par l'Etat, le département de la Corrèze trainant des pieds pour s'engager malgré le pression de l'ancien député ! A Tulle on était d'accord pour rénover certains bâtiments historiques utiles comme les églises (ce qui est hautement estimable) mais pas pour faire un tel effort en faveur des quelques structures médiévales laiques. Nous engageâmes la question du financement des travaux nécessaires. Le Premier Ministre nous indiqua que le ministère de la Culture poserait problème mais que des fonds seraient obtenus avec sa demande d'affectation de crédits spéciaux (qui furent ensuite alloués à la Drac suite à son chiffrage, au demeurant sans aucun remerciement ultérieur pour notre action bénéfique, de la part de qui que ce soit localement ou régionalement !). La question nous fut posée de leur utilisation sur des exemples concrets de ce qui pouvait être sauvé. Jacques Chirac voulait que l'argent soit utilement investi et que cela se voitVentadour poterne​. Nous répondîmes au chef du Gouvernement qu'après la stabilisation indispensable des structures, le remontage des murs de la voute de la salle de garde et de sa périphérie serait ​pertinent et permettrait aux visiteurs de visualiser un élément architectural essentiel de la rénovation de l'ensemble défensif avec l'accés à la tour ronde par un escalier. La salle de la tour de l'éperon Est fut également citée comme possible salle d'exposition, puisque seule une mise hors eau du niveau supérieur était nécessaire. Les fonds furent bien inscrits par le gouvernement du député de la Corrèze, suite à cette conversation et au chiffrage de la Drac, et versés après 1988 par dotation semble-t'il du Ministère de l'Intérieur réaffectée à la DRAC. Mais les administrations comme les élus gestionnaires du dossier oublièrent ceux qui les avaient fait débloqués, comme les exemples émis pour les obtenir, ainsi que les demandes ultérieures que nous fîmes pour que ces travaux soient bien engagés. Nous réitérons en conséquence cette suggestion aux actuels gestionnaires.

La problèmatique dans les stuctures médiévales fortifiées a toujours été la disponibilité de l'eau nécessaire aux hommes et aux animaux. Ventadour a eu la chance de posséder une source en plein coeur de la grande cour. De plan carré et d’une contenance de 15 à 20 m3 (soit 20 000 litres), elle est composée de deux nefs parallèles voûtées. Elle est alimentée par une source sortant au niveau du sol dont il est possible d'imaginer un éventuel complément d'alimentation par la canalisation des toitures. Dans cette citerne vécurent des générations de familles de batraciens massacrés sans respect lors des récents travaux. L'esprit respectueux de la nature de Bernatz lo trobaire n'avait pas atteint les divers responsables contemporains.

Encore visible lorsque nous avions le droit d'accéder librement au site (ce qui n'est plus le cas, signe de reconnaissance et de cordialité évident !), l'eau était toujours disponible, y compris en été.

Ventadour la citerneLe cabinet en charge des repérages archéologiques lors de la cristallisation des années 2000 pense qu'une autre citerne fut créée sur l'extrémité Nord en côté extérieur, si nous avons bien compris. Les études menées par Robert Joudoux et le chanoine Billet dans les années 1960/70 avaient porté sur ce sujet mais concluaient que cette hypothèse était assez peu vraisemblable à côté du "cacador" probablement situé au même endroit et très fréquenté, on l'imagine, vu le nombre d'habitants de Ventadorn. Léon Billet était plus affirmatif sur ce sujet que Robert Joudoux. Ce lieu d'aisance et de stockage réutilisable pour enrichir les cultures du jardin,  situé au froid et sous le vent dominant, ne pouvait être voisin de l'eau consommable, ce qui aurait été désastreux en termes sanitaires, même au Moyen Age plus scrupuleux sur ce sujet que ce que l'on peut penser... La cuve trouvée est probablement celle des excréments.

Pour finir sur ce sujet malodorant, on sait que le logis disposait d'un autre "cacador" construit par commande du 12 juin 1445 faîte par le comte Charles 1er. Un petit escalier partant de la salle n°3 y conduisait et le "produit" tombait dans le précipice en dessous, plein Sud. Mais on ne peut croire qu'il servait à tout le monde, en plein logis ! Le tas de fumier devait être ramassé régulièrement vu les vents habituels.

illustrations : les tours, la barbacanne et la poterne Est © SHAV - la citerne de la grande baille © cabinet Haldés

Les sièges montrent une forteresse résistant au roi Edouard et à son fils Richard, habitués à faire céder villes et châteaux d'Aquitaine… Cela signifie que Ventadour avait été copieusement renforcé. Bien des travaux constants depuis deux siècles permettaient une évolution régulière et des adaptations aux périls ressentis. Ventadour prend alors une réputation méritée de fortification inexpugnable et ses hommes de soldats aguerris et guerriers redoutables. Ils sont plus nombreux, mais certainement pas plus d'une vingtaine ou d'une trentaine en temps ordinaires, habitant dans le château et à son pied à la "petite chanselve" ou dans le bourg de Moustier. En temps de guerre leur nombre s'accroit grandement et peut passer à plusieurs centaines par l'appel au ban des vassaux suivi de l'arrière ban. Les chevaliers de Ventadour partent également aux croisades qui ne leur seront guère favorables : Archambaut 1er, fils de Ebles 1er, semble être parti et point revenu de la croisade de 1099, son neveu Archambaut, frère aîné de Ebles III, périt certainement dans l'expédition de 1147. Ebles III devenu vicomte partit à son tour et revint en 1169 par l'Italie où il mourut épuisé ou malade au Monte Cassino (Mont Cassin). En 1248 Ebles VI y sera avec Saint Louis puis son fils Ebles VII avec Edouard 1er d'Angleterre, mais ils rentrent tous deux. Alors que Comborn végète, que Turenne revendique chaque jour un peu plus son statut altier au sud face au comté de Toulouse et ses alliés, Ventadour se doit de d'impressionner aux marge de ce pays reculé mais soumis à toutes les convoitises, surtout lorsque la vicomté passe sous la suzeraineté du roi d'Angleterre devenu duc d'Aquitaine.Vent dig12 panorama roudal

Désormais sur la frontière des deux royaumes, le français et l'anglais, Ventadour devient objet de tentatives violentes. L'anglais (est-ce le roi Henri II lui-même ?) vient en 1182, assiège selon le souvenir puis repart faute que Ebles IV ne cède (à moins qu'il n'ait négocier prudemment !). Du moins Ventadour n'est pas pris. Puis c'est Richard le fils d'Aliénor et de Henri qui arrive en 1198 dans sa campagne pour soumettre l'Aquitaine et le Limousin. Il resta plusieurs semaines dit-on, n'arriva pas à faire tomber cette citadelle et repartit vers Chalus où il mourut peu après. Le souvenir parfois "amélioré" s'est maintenu pendant huit siècles tant les habitants furent impressionnés par cette période de grands chambardements, comme plus tard avec Geoffroy Tête Noire. Le récit circonstancié n'existe pas mais les hommes d'ici l'avaient encore à l'esprit au début du siècle dernier comme ils se souvenaient des grandes compagnies et de Geoffroy. Un jeune historien nous somma un jour, il y a quelques années, de le prouver et tel Racine nous ne pûmes que lui répondre "cela fut car ils y étaient" ! En 1247 Saint Louis donne autorisation à Ebles VI de ne pas prêter serment à l'anglais mais son successeur ventadorien le fait en 1277 car le roi de France l'a décidé ! Ventadour est un poste frontière dans le royaume entre ducs anglais d'Aquitaine et possession des Rois de France. Bientôt la guerre ouverte franco-anglaise va remplacer les querelles entre féodaux.

Carte france capetiens 1180

carte des possessions des Plantagenêt en France que reçoit Richard 1er en 1170 lors de son couronnement à Poitiers et Limoges et en 1183 après la mort de son père. 

Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion (8 septembre 1157 au palais de Beaumont à Oxford – 6 avril 1199, château de Châlus-Chabrol) fut roi d'Angleterre, duc de Normandie, duc d'Aquitaine, comte de Poitiers, comte du Maine et comte d'Anjou de 1189 à sa mort en 1199. Fils d’Henri II d'Angleterre et d’Aliénor d'Aquitaine, Richard est élevé dans le duché d'Aquitaine à la cour de sa mère sous les yeux de Bernartz de Ventadorn qui semble l'initier au trobar, ce qui lui vaut dans sa jeunesse le surnom de Richard le troubadour Poitevin. Il devient comte de Poitiers à l'âge de onze ans et duc d’Aquitaine lors de son couronnement à Limoges. Après la mort subite de son frère aîné le roi Henri le Jeune en 1183, il devient héritier de la couronne d’Angleterre, mais aussi de l’Anjou, de la Normandie et du Maine. Pendant son règne, qui dure dix ans, il ne séjournera que quelques mois dans le royaume d’Angleterre et n'apprendra jamais l'anglais... Il préfère parler français ou plus encore limousin. Il utilise toutes ses ressources pour partir à la troisième croisade, puis pour défendre ses territoires français contre le roi de France, Philippe Auguste, auquel il s’était pourtant auparavant allié contre son propre père. Ces territoires, pour lesquels il a prêté allégeance au roi Philippe, constituent la plus grande partie de son héritage Plantagenêt. Les Anglais l’appellent Richard Ier, les Français Richard Cœur de Lion, dans les régions occitanes, il est surnommé Oc e No, et les Sarrasins, Melek-Ric ou Malek al-Inkitar (roi d'Angleterre). En son temps, il est considéré comme un héros, et souvent décrit comme tel dans la littérature. Il est aussi un poète et un écrivain célèbre à son époque, notamment pour ses compositions en occitan mais aussi en langue d'oïl. 

Sa générosité et ses largesses vis-à-vis de ses alliés et serviteurs semblent avoir été contrebalancées par une facilité à s’emporter et de violentes colères qui l’amenèrent à prendre des décisions inconsidérées. Il semble que Richard ait eu un caractère versatile, prompt à l'énervement et parfois cruel. Bertran de Born, dans une de ses chansons, lui attribua ainsi le sobriquet de « oc et no », « oui et non » parce qu’il changeait tout le temps de décision. Richard fut également opportuniste et fier. Il se montra également orgueilleux et rancunier. Le dernier point que soulignent les textes médiévaux sur le caractère de Richard est son côté bon vivant, amateur de tous les plaisirs de la vie, notamment des arts de la table mais également avec un certain penchant vers les garçons dont certainement avec Philippe Auguste dans sa jeunesse. Il était également lettré et s’intéressait à la littérature et à la poésie. Il écrivit quelques poèmes et chansons pendant sa captivité dans le Saint Empire Romain Germanique, à la manière des troubadours dont l’art connaissait son apogée dans les fiefs Plantagenêt d’Aquitaine et du Poitou. Son souvenir est resté très présent et flatteur.

La mort de Richard en Limousin à Chalus après un échec à Ventadour puis à Ségur.

Le vicomte de Limoges Adémar V n’avait pas cessé d’attiser la révolte contre Richard, alors que sa seigneurie, la vicomté de Limoges, faisait partie de l’Aquitaine, domaine Plantagenêt (voir page sur les vicomtes et Ebles IV). En 1198, le vicomte se rebella une nouvelle fois contre Richard. Il était soutenu par une grande partie de la noblesse limousine peu attirée par un duc Roi trop présent.

Courroucé, Richard Cœur de lion leva une armée pour aller mater la rébellion de son vassal. Il vint donc en Périgord, puis en Limousin, certainement en cheminant par la vallée de la Dordogne. Là, il assiégea des forteresses du vicomte et de ses alliés. Les troupes étaient conduites par son fidèle lieutenant Mercadier. L'un des vicomtes qui s'opposait le plus aux côtés de celui de Limoges avait été dans les années précédentes Ebles IV de Ventadour, marié à une cousine de Richard alors décédée. Mercadier serait arrivé en janvier ou février 1199 pour mettre le siège au pied de la citadelle. Le siège aurait duré trois semaines (ou trois mois comme le dit la tradition ?) et Richard serait arrivé en personne en février pour faire rendre raison au vicomte batailleur. Voyant qu'il n'y avait rien à obtenir il aurait pris la décision de partir narguer Adémar sous une de ses possessions directes. En réalité on ne sait pas quel vicomte était en place à Ventadorn : Ebles IV n'apparait plus depuis 1185 et son fils Ebles V pas avant 1200 ! Il s'agit probablement d'une période de transition pour Ventadour et tout est envisageable : décés antérieur du père, voire peut être lors du siège, ou bien simple gesticulation pour neutraliser le fils en l'impressionnant, ou même trève ou ralliement du sage Ebles V connu pour sa modération contrairement à son père. En tous cas, l'évènement marqua tellement qu'il resta plusieurs siècles dans les mémoires ventadoriennes. A Châlus se trouvait une place forte appartenant au vicomte de Limoges, le château de Châlus Chabrol. Mercadier, fidèle capitaine de Richard depuis plus de quinze ans, partit directement y mettre le siège. La troupe mis plusieurs jours pour se déplacer et en passant sous Ségur elle tenta de prendre la place mais renonça car Ségur résista. Richard l’accompagna ou la retrouva à Chalus vers le 15 mars 1199. 

Le soir du 26 mars, après avoir diné, Richard sortit inspecter les défenses du château et les travaux de siège de ses hommes. Le château de Châlus Chabrol devait être alors très différent des ruines que l’on peut voir aujourd’hui. Construit au XIème et peut-être remanié au XIIème siècle, il comportait probablement une enceinte et plusieurs tours. Les ruines visibles de nos jours remontent surtout à la seconde moitié du XIIIème siècle, sauf pour la chapelle qui date du XIème siècle et devait donc déjà se trouver là lorsque le château fut assiégé par l’armée de Richard Cœur de Lion. Un arbalétrier, vraisemblablement un chevalier limousin du nom de Pierre Basile, le prit pour cible, se défendant lui-même des tirs des soldats de Richard, apparemment à l’aide d’une poêle à frire selon certains textes. Le carreau atteignit le roi d’Angleterre à l’épaule. On ignore ou se tenait exactement le roi, et d’où fut tiré le projectile, probablement d’une tour ou d’une section de l’enceinte qui n’existe plus. 

La pointe du projectile s’était enfoncée profondément dans l’épaule du roi. Richard, d’un fort tempérament et peu soucieux de sa sécurité, tenta apparemment de retirer lui-même le carreau de son épaule, le brisant et laissant la pointe dans la plaie. Blessé, il souffrit le martyr pendant des jours. Les chirurgiens, aux talents limités à cette époque, ne purent empêcher la plaie de s’infecter. La gangrène se déclara et le roi mourut le 6 Avril 1199, aux côtés de sa mère, Aliénor d’Aquitaine, venue l'assister. Il avait 41 ans. Il fut enseveli à l’abbaye de Fontevraud, près de son père, alors que son cœur était envoyé à Rouen et ses entrailles dans la chapelle du château de Châlus Chabrol, qui fut finalement pris par Mercadier juste après que le roi ait été touché. Aliénor mourut en  1204.

Richard coeur de lion 050

rencontre de Richard et Philippe Auguste à Messines

La guerre de Cent ans. Le XIVème et la première moitié du XVème siècle voient la France plonger dans une crise grave, dont les expressions sont multiples. La Guerre de Cent Ans, menée contre l’Angleterre et née d’un problème de succession à la tête du Royaume de France, ravage le pays. 

Mais la crise n’est pas seulement politique ou militaire : elle est aussi démographique (la peste noire tue à partir de 1347 au moins un tiers de la population du royaume), sociale (les insurrections paysannes et urbaines se multiplient), économique et religieuse. 

La monarchie, si elle est également touchée par cette crise, n’en sort que renforcée : le pouvoir central, qui s’est déplacé dans la vallée de la Loire, se dote de nouvelles institutions et met en place une armée et un impôt permanents. 


La guerre de Cent Ans comprend deux grands mouvements qui répondent à une même structure : une première période, de 1337 à 1380, qui voit l'effondrement de la puissance de la monarchie française, puis une période de crise suivie d'un rétablissement et d'une seconde période, de 1415 à 1453, reproduisant le même cycle : effondrement, crise, rétablissement. Ces deux périodes sont séparées par une longue trêve provoquée par des conflits de pouvoir dans les deux camps. 

On peut subdiviser chacune de ces deux grandes périodes en deux phases :
De 1337 à 1364, le génie tactique d'Édouard III d'Angleterre entraîne une succession de victoires anglaises sur la chevalerie française. La noblesse française est complètement discréditée et le pays sombre dans la guerre civile. À la suite du traité de Brétigny, une grande partie de la France est contrôlée par les Anglais.

Guerre cent ans 1365

carte de France en 1365 avec les possessions des Plantagenêt

Bataille de Crecy (1346), Bataille de Poitiers (1356), Bataille d'Azincourt (1415),  Bataille de Castillon (1429), Bataille de Formigny (1450)

De 1364 à 1380, Charles V entame une patiente reconquête du territoire. Le roi a compris que la victoire finale se jouerait sur le sentiment d'appartenance nationale. Il laisse les Anglais ravager la campagne par des chevauchées alors que lui-même soulage la population en envoyant les Grandes compagnies combattre en Castille. Évitant les batailles rangées qui ont été désastreuses durant la première phase du conflit, il reprend progressivement plusieurs places fortes à l'ennemi. En 1375, Édouard III ne contrôle plus sur le continent que Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et quelques forteresses dans le Massif central.

De 1380 à 1429, la minorité puis la folie de Charles VI permettent aux « grands », les membres de la haute noblesse française, de prendre le contrôle du royaume. Il en résulte une rivalité entre les ducs de Bourgogne et d'Orléans qui dégénère en guerre civile. Henri V en joue et reprend du terrain sur le continent. Il en résulte le désastre français de la bataille d'Azincourt. En 1419, l'assassinat de Jean sans Peur entraîne une alliance anglo-bourguignonne et l'effondrement du parti d'armagnac. En vertu du traité de Troyes de 1420, Henri V épouse la fille de Charles VI, devient l'héritier de ce dernier et cumule les titres de roi d'Angleterre et de régent de France. Le dauphin Charles est déshérité. Cependant, à la suite de la mort prématurée d'Henri V, son fils Henri VI, âgé de quelques mois, prend le titre de roi de France et d'Angleterre.

De 1429 à 1453, les Anglais sont progressivement chassés de France. Jeanne d'Arc cristallise le sentiment national et assoit Charles VII sur le trône en dépit du traité de Troyes qui l'avait déshérité. Les Anglais privés du soutien de la population sont lentement chassés du continent. En 1435, le traité d'Arras met fin à l'alliance anglo-bourguignonne et déséquilibre définitivement le rapport de force en faveur des Français. En 1453, les Anglais ne contrôlent plus que Calais à la suite de leur défaite subie à Castillon. Mais la paix n'est finalement signée qu'en 1475, sous les règnes de Louis XI et d'Édouard IV.

Guerre cent ans 1380

carte de France en 1380 lors de la reconquête par Charles V

La guerre de 1337 qui allait durer cent ans toucha la vicomté dès 1338 : les villes étaient assiégées et certaines tombaient aux mains des mercenaires que l'on appelait routiers ou bretons. Les compagnies de brigands à la solde de l'anglais n'eurent pas les politesses des grands seigneurs. Ils pillent, brûlent, violent et tuent. Tulle tombe dès 1338, puis Egletons est encerclée mais résiste en 1340, Tulle encore en 1346, Meymac pillée et brûlée en 1350 en pleine épidémie de peste qui est arrivée depuis deux ans, Ussel en 1358 est occupée pendant 10 ans, Tulle à nouveau en 1378 ainsi que le château de Maumont alors que Brive décide de fermer ses portes aux soldats de Ventadour  pour les ouvrir aux anglais, ce qui lui vaudra une solide réputation de pays de traîtres bien connue à Limoges, Tulle et Ventadour...

Neuvic est rançonné par Aymerigot Marchès, et le prieuré de Saint Michel des anges à Saint Angel est brûlé par les troupes de Louis II de Bourbon pourAimery2 extirper les canailles. Curieux destin que celui de cet Aymerigot : descendant direct des Ventadour selon toute probabilité (le Chanoine Billet a montré la filiation des d'Ussel avec Ebles II de Ventadour) car sa mère est Marguerite d'Ussel, et sa tante Maragde de Neuvic Champiers. Il naît en 1351 au château de Beaudéduit, près de Limoges. Son père est chevalier attaché au service du Roi de France Jean le Bon, au moins après 1360 date du traité de Brétiqny. Son fils est pris en formation par plusieurs chevaliers français mais échoue dans les griffes du Duc anglais de Lancastre en 1370 à l'âge de 19 ans. Il suit les épopées des troupes anglo-aquitaines pendant 4 ans puis monte sa propre compagnie à l'âge de 23 ans. Avec ses compagnons, parfois seul, parfois avec ses cousins de Champagnac, il devient hors de tout contrôle et se contente se piller, rançonner et mettre le siège devant des châteaux d'Auvergne et de l'Est du Limousin. Le chevalier bandit lorgne vers Charlus et, en 1383, prend la forteresse par ruse et grâce aux espions qu'il a partout à sa solde. Pendant quatre ans, Aymérigot Marchès se comporte en seigneur des lieux, tout puissant et tenant les environs sous sa botte. Après un court séjour en Espagne, Aymérigot revient en Haute Auvergne retrouver son épouse Mariotte. Il reprend le château abandonné de la Roche Vendais au dessus de la Bourboule, le fortifie mais le perd face à Robert de Béthune. La forteresse est rasée. Le bandit se réfugie chez l'un de ses cousins, Jean de Tournemire, qui le livre presque aussitôt au Duc de Berry. Jugé au Châtelet de Paris le 11 juillet 1391, Aymérigot Marchès est condamné, décapité et démembré le lendemain.  (voir la page sur Geoffroy et les grandes compagnies) illustration : gravure du XVème siècle montrant A.Marchès. occupant une place forte

Seul Ventadour ne tombait pas dans cette tourmente absolue. Il fallut l'arrivée en 1379 du pire des brigands à la solde des anglais, un "breton" nommé Geoffroy Tête Noire, en relation avec Aymerigot, pour acheter l'écuyer du comte Bernard, élevé à ce titre par le roi Philippe VI en 1350. Le château fut offert par une trahison de son écuyer Pons du Bois : l'ouverture des portes se fit contre or sonnant. Le vieux comte chevalier fut chassé mais eut la vie sauve, condition du marché. Pendant dix années le château devint repaire de soudards. Le vicomte partit avec sa famille à Montpensier selon Geoffroy qu'il venait ou allait vendre au Duc Jean fils du roi  Jean le Bon.. En 1389 les troupes royales commandées par le même Jean du Berry et d'Auvergne réussirent à déloger et capurer les occupants qui furent écartelés et cloués aux portes de Paris. (voir la page spéciale sur ce site)illustrations : le donjon vers 1900 et en 1980 - tour St Georges - © SHAV 

Guerre de cent ans

V - Les derniers renforcements et embellissements du XVème siècle.

Ventadour reconstitution 1L'expérience de la prise de Ventadour laisse une trace amère à ses propriétaires. Ils décident de renforcer les défenses, d'améliorer encore les accès et l'habitation. Ventadour prend alors sa forme définitive, telle que nous la connaissons, ou pouvons essayer de l'imaginer. En cinquante années, toutes les modifications sont effectuées. Ainsi en 1455, Charles 1er, frère de Jacques et fils de Robert, passe contrat avec des artisans pour la construction ou plus certainement la complète rénovation de son logis, à côté de l'ancien donjon, lui-même déjà remanié depuis peu. Les derniers travaux durent être entrepris au début du XVIème siècle. Ensuite il n'y aura plus de rénovation d'envergure et Ventadorn restera dans son état du XVIème siècle débutant.

La résidence viscomtale comporte au moins deux niveaux pleins, peut-être trois, sous toit couvert de lauzes et mesure cinquante mètres de long sur presque sept de large, pour une belle superficie construite de plus de 300m2 au sol, soit 900m2 pour les trois niveaux de la construction (deux étages pleins et un sous charpente, aménagé en raison des lucarnes posées en chiens assis retrouvées). La surface habitable est bien entendu inférieure, de l'ordre de moins de 200 m2 par étage. Le logis surplombe le torrent de la Vigne et se situe sur le coté sud-ouest de la forteresse. La vue y est ensoleillée et très impressionnante. Un vestige de fenêtre à coussièges et à meneaux est encore visible. Le rez-de-chaussée comprend une entrée principale donnant sur une tour à vis, une autre secondaire sur une seconde tour semblable avec quatre pièces principales dont celle la plus grande fait 80m2.

Elle servait très probablement de salle d'apparat et de justice. Chacune est dotée d'une cheminée monumentale de 3 mètres, possédant jambages et linteaux blasonnés. Les arcs ogivaux se croisent pour soutenir les voûtes de plafond avec des clefs qui portent les armes des seigneurs dans un style classique du XIVème siècle. Les  chapiteaux sont ornés de sculptures et de têtes dont certaines ont été retrouvées, dont une tête sculptée (certainement un modillon) dite "à nez épaté" des XIIème - XIIIème siècles et certaines autres furent transférées au XIXème siècle dans des maisons et granges aux alentours. Le sol est dallé de pavage de terre cuite rouge. Les murs crépis en blanc et peints. On peut essayer d'imaginer les possibles fresques polychromes représentant personnages et scènes bibliques ou guerrières telles qu'elles nous sont parvenues dans des demeures auvergnates (comme au château d'Anjony). Furent-elles peintes ici ? ou bien y avait-il seulement un ciel (souvent azur à cette époque) et des murs badigeonnés unis ? En tout cas il y avait bien un enduit plâtré et chaux sur les murs intérieurs. Il fut retrouvé en 1966. Robert Joudoux y avait détecté des traces de couleur ocre. Sinon, on peut songer à des tapisseries suspendues. Ces belles salles ogivales, dont la grande chambre seigneuriale, sont certainement d'origine romane et dateraientFenetre cht de suscinio 1 des XIIIème/XIVème siècles. Elles appartiendraient ainsi à la première demeure. Au XVème on aurait simplement rebâti et amélioré les étages et ce qui existait déjà, plutôt que rebâti complètement à ras. D'autres salles plus petites dont une devait servir de cuisine à l'extrémité Ouest, vers la cour d'entrée, les autres de chambres privées à l'Est. Au dessus se trouvaient les chambres de nuit au nombre de quatre à six avec au moins un troisième niveau sous toit, certainement aménagé. L'existence d'un deuxième étage plein, entre les deux précédents, reste hypothétique. reconstitution de l'ensemble médiéval tel qu'il était vers 1450 - pour L. BILLET et M. PREVOT et la SHAV par M. Bruneau ©SHAV - illustrations : en haut : une fenêtre à Coussièges du château de Suscinio identique à celles de Ventadour- en bas : vue du site du logis, entrée et fenêtre Sikora à Egletons provenant de la façade nord du logis de Ventadour © SHAV

Ventadour cp 25

Porte ventadour dambertDans les étages, les chambres sont percées de fenêtres assorties à celles du premier niveau. Dans le toit, de petites ouvertures et des lucarnes de pièces servent pour les serviteurs proches. Le tout a fière et belle allure mais reste sobre et mesuré. Nulle trace d'excès et de forfanterie. Le chanoine Léon BILLET dressa lui-même la représentation de la forterresse à cette époque et fit faire un dessin d'architecture transmis à notre société qui permet de bien imaginer la fière apparence du logis, véritable château dans le château. A la fin du XIXème s. des cartes postale représentaient encore un haut mur ouest du logis depuis abattu.

Plusieurs indices lui permirent de retrouver les formes d'origine : les substructures des Porte presbytere​murs du rez de chaussée avec les bases des entrées et de certaines fenêtres, bien entendu. Mais il faut ajouter les portes et fenêtres avec les lucarnes qui furent disséminées dans la région d'Egletons lors de la "déconstruction" pour parler comme nos autorités. Les plus intéressantes sont à Egletons : la porte principale du logis transférée fin XVIIIème à l'hôtel des d'Ambert, la porte d'entrée et une fenêtre de la maison Sykora (presbytère), la fenêtre de la maison Maumy, la porte de l'hôtel privé des juges d'Ambert de Cérilhac. A Laval sur Luzège le chanoine repéra les lucarnes du toit sur le presbytère. A Feix bas de Combressol se trouve une échauguette intégralement récupérée et réinstallée que nous retrouvâmes et analysâmes (Conférence du Président de la SHAV à la SLSA de Tulle).  

Une question demeure : les fenêtres connues semblent très petites. Correspondent-elles réellement au style XVème ? Les deux repérées à Egletons sont-elles des exemples Ventadour cp 11atypiques ? Elles semblent destinées à des fenêtres de tour ou à celles de la façade Nord-Est, plus exposée au froid, plus étroites et moins adaptées à des chambres classiques. On sait que les deux tours étaient justement sur la façade nord. En proviennent-elles ?

Les larges fenêtres étaient certainement réservées au sud, les coussièges en témoignent. Quelques photos du XIXème siècle montrent un pan du mur de la résidence dominant au sud le torrent de la Vigne avec une vaste échancrure à la place de la fenêtre démontée. Ces vestiges ont été mis à bas avant 1914. Il apparaît que cet emplacement était plus grand que les fenêtres connues. Une échauguette certainement construite en encorbellement a été rachetée et posée curieusement très basse sur l'angle d'une maison d'un village de Combressol à Feix Bas. Elle provient de Ventadour après analyse du granit (conférence donnée à la Société des lettres de Tulle par l'auteur). Etait-elle sur la tour carrée ou sur le logis, était-elle seule ? Aucune autre n'a été demontée et remontée à proximité à notre connaissance.

Il faut en réalité observer deux exemples de constructions semblables pour imaginer le style architectural : l'un vient d'un cliché des vestiges du château de Bressuire dont la représentation fut longtemps confondue, non sans vraisemblance, avec Ventadour et l'autre du château de Suscinio en Bretagne. Les ducs Jean IV et Jean V de Bretagne y entreprirent des travaux de consolidation et d'agrandissement entre 1380 et 1430. Les deux exemples sont assez parlants.

 

Bressuire faux ventadourSuscinio

 

Notons en passant que ce ​dernier château totalement ruiné eut la chance contrairement à Ventadour d'être racheté en 1852 par le vicomte Jules de Francheville, qui fit avec sa famille tout son possible pour sauver l'existant jusqu'au rachat en 1965 par le Conseil départemental du Morbihan, à l'initiative de son président Raymond Marcellin, ancien ministre et conseiller général de Sarzeau, qui entreprit une restauration complète et pas une simple "vitrification" ! On retrouve le style en place à Ventadour.

Toutes les autres structures de la forteresse ont alors été rénovées, améliorées depuis peu ou quelques décennies, souvent en reprenant les éléments anciens plutôt qu'en les créant à neuf. Le donjon accolé possède ainsi une élévation de 20 mètres pour une trentaine de superficie. Une salle d'origine romane, à la Hades ventadour logisconstruction plus fruste, avec colonnes, chapiteaux et arcs, donc voûtée, se situe au rez-de-chaussée. C'est la plus ancienne certainement. Trois étages de meilleure facture (XIVème tardif - XVème) possèdent chacune une pièce (au moins) dotée de belles cheminées et de grandes fenêtres (plus grandes que les deux connues pour le logis) dont on peut imaginer la splendeur de la vue qu'elles recouvraient. Au sommet, une toiture récente en lauzes Venatdour donjon coupeélevée et pointue est probablement installée comme il sied à l'époque, ce qui semble plus adapté qu'une terrasse à l'ancienne, humide et source d'infiltrations contrairement à ce qui prévalait auparavant. Mais là, les avis divergent selon la lecture d'origine (toit plat en pierre) ou possibilité de rénovation avec toiture en pointe XVème à laquelle nous croyons plus car une telle configuration existe en bien des lieux. Notre Ami de Ventadour Michel Prévot ne le pensait pas et tenait pour un toit plat ! 

De l'autre côté des remparts, au dessus de la petite baille, une petite tour pleine protège un escalier d'accès au chemin de ronde, certainement construit en bois par charpentage intérieur. Elle surveille une petite poterne d'accès latéral. A côté, un édicule exposé au nord, dont la fonction est illustrée par son intitulé de "cacador" (bien entendu le logis disposait de son aisance particulière) et peut-être une citerne selon les dernières fouilles, même si cela nous semble très curieux côte à côte comme il a été dit pour les travaux du XIIIème siècle. illustrations : logis, tour et chapelle après travaux (cop. cabinet Haldès) - coupe donjon et - dessous - de la tour ronde © SHAV

Au fond de la petite baille (espace clos) qui sera elle même renforcée et fortifiée, certainement en dernier, la tour avec une salle refuge au sous-sol ou salle des vivres et munitions, encore bien conservée a du être remaniée. On a vu plus haut qu'elle devait posséder au moins deux niveaux supérieurs, dont un seul subsistait à la fin du XIXème siècle et figure sur des photos. De cette tour et par le rempart percé d'une petite porte, un chemin d'accès discret et en escalier se dirigeait vers le hameau de la petite Champselve, aujourd'hui disparu. Là, vivaient quelques domestiques et soldats ; là, devaient se trouver les fours et l'ancienne chaumière de Bernartz. Quelques soubassements de maisons étaient encore visibles dans les années 1970. Quelques visiteurs y faisaient des portraits d'art, des chèvres y paisaient bucoliquement, d'autres y bronzaient, en ignorant parfois l'illustre troubadour qui naquit ici !

Tour ronde coupeDans la grande baille, la tour Saint Georges qui date de plus tôt, Ventadour tour ronde st georgesdu XIIIème s. selon toute vraisemblance, avait déjà du remplacer une tour plus fruste, certainement originellement en bois. Elle était destinée à la défense par les remparts et n'avait pas été touchée par cette période de travaux, hormis la possibilité de réparations et peut être la toiture.

Face à la tour ronde apparaît la chapelle également dédiée à Saint Georges, dotée d'une fenêtre géminée, d'arcs, de chapiteaux et de croisées d'ogives avec quatre colonnes centrales latéralement, d'origine ancienne (XIIème) profondément remaniée au XVème, sur plus de 60m2, comme cela a été découvert lors des fouilles de Robert Joudoux entre 1965 et 1972. Geofroy tête noire y fut enterré mais sa sépulture cherchée à l'époque n'a pas été retrouvée. La chapelle se distinguait par une clef de voûte armoriée polychrome retrouvée à l'époque. En revanche nous n'avions pas bien compris la nature de l'accés intérieur, une poterne extérieure servant aux prêtres. Depuis les déblaiements de 2009, l'ouverture à été remise en évidence. La description faîte à l'occasion confirme l'organisation générale : "Le plan rectangulaire et non orienté, de 13,80 x 8,60 m hors-œuvre, comprend trois travées qui étaient voûtées d’ogives. Un bras, ouvert sur le côté sud-ouest et doté d’un autel, pourrait appartenir à une chapelle primitive. La travée la plus au nord-ouest, qui formait le chœur, conserve la base d’un autel. L’entrée s’effectuait au sud-est par un portail dont l’encadrement a disparu ... Le parement extérieur, en grand appareil de moellons soigneusement équarris, est très différent du parement interne beaucoup plus fruste et destiné à recevoir un enduit au mortier dont il subsiste de rares vestiges peints en blanc à la base des murs. Les voûtes, au profil de deux tores encadrant un méplat, retombaient sur des piliers engagés tréflés à base soigneusement moulurée. Une clef de voûte, retrouvée en 1967-68 au centre de la chapelle, portait les armes polychromes de Ventadour (fouilles R. Joudoux). Un vestige de baie à remplage, également mis au jour lors de ces mêmes fouilles anciennes, (NB : de R.J. et Léon Billet, jamais cité) pourrait provenir du mur nord-ouest. Le sol ne conserve que des lambeaux d’un pavement en carreaux de terre cuite . Celui de la nef présente une composition compartimentée identique à celle de la grande salle du logis seigneurial mais avec, ici, de multiples réparations. Le chœur, surélevé d’une marche, ainsi que la chapelle sud-ouest présentent un sol non compartimenté." (©cabinet Hadès - site internet dont illustration chapelle). illustration de droite : clé de voute de la chapelle retrouvée en 1968 © SHRBL-SHAV

Ventadour la chapelle st georges 1Ventadour clef de voute chapelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au sujet de l'héraldique, il est curieux de constater que les deux blasons du XVème siècle retrouvés lors des fouilles sont "de gueules et d'or" (creux rouge et plein or) alors qu'à l'origine, du XIIIème au XVIIème siècles, ils apparaissent sur les sceaux et dans les blasons sculptés "d'or et de gueules" (plein or en premier, tel le fronton aujourd'hui incrusté dans les remparts  d'Egletons).

Ventadour la chapelle st georgesQuelle raison peut expliquer cette inversion volontaire des émaux ? Le mystère est encore entier. Sauf si l'hypothèse de l'inadvertance, assez improbable, ou bien d'une lubie possible des Lévis-Ventadour est retenue afin de différencier les deux maisons sans renier l'origine. Mais cela ne tient pas car eux-mêmes utilisèrent pour leur nouveau blason et pour leurs sceaux celui traditionnel commençant comme il se doit par l'or, en raison de la primauté de cet émail (Blason Lévis Ventadour : Écartelé: au 1, bandé d'or et de gueules ; au 2, d'or, à trois chevrons de sable ; au 3, de gueules, à trois étoiles d'or ; au 4, d'argent, au lion de gueules. Sur le tout échiqueté d'or et de gueules). Du coup, certains ont cru pouvoir avancer (comme Robert Merceron et Robert Joudoux) que Ventadour était initialement de Gueule et d'Or ce qui est inexact, même si cela fut parfois le cas postérieurement... N'était-ce point tout simplement un sculpteur du XVème siècle qui se trompa en faisant ces clés et linteaux de cheminées, car tous sont de la même époque ? M. Merceron finalement dans le doute, décida d'attribuer le "Gueule et Or" à Moustier et l'inverse à Egletons ! Hélas selon nous, le version héraldique pour le département de la Corrèze fut comme pour Moustier en "Gueule" d'abord. Mais pour Ventadour le mystère demeure... et nous restons fidèles à l'ordre classique.

Voir l'article sur la sigilographie en page spéciale dans le menu du site (à venir). illustrations : trois clefs de voûte blasonnées : l'habituelle "d'or et de gueule" (entrée de Ventadour transférée à Egletons), celle de "de gueule et d'or" mi-partie Ventadour et Beaufort et enfin celle de l'église de Chaumeil " de gueule et d'or" (© SHAV & SRBL) 

Dv egletons armes copie

Blason mi ventadour mi beaufort

Vent clef de voute

Ventadour sceau bernard 1385 an d777

Sceau de Bernard de Ventadour en 1385 AN D 777

Sceau vent gilbert 1542 adc e dep 136ll 1

Sceau de Gilbert de Ventadour en 1542 ADC E DEP 136ll 1

Enfin, des granges et écuries en charpentes étaient ancrées dans les remparts en bel appareil de pierres taillées.

Une vingtaine de soldats au maximum pouvait défendre la forteresse en temps normal, quelques dizaines en temps de crise, mais en cas d'urgence le ban et l'arrière ban étaient appelés et des centaines de vassaux avec leurs gens pouvait accourir. Les femmes et filles des hommes employés étaient souvent servantes. Divers métiers étaient utiles à la vie seigneuriale avec son abbé parfois en charge de l'éducation des enfants, ses maréchaux ferrants et palfreniers, les paysans pour le ravitaillement, les hommes de garde, les marchands et artisans qui venaient régulièrement, sans oublier les justiciables avant que le tribunal ne soit installé à Egletons puis à Ussel avec le reste de l'administration féodale dont des scribes nommés ensuite clercs. Après le XVIème siècle apparurent Gouverneur, greffier et concierge. Même en l'absence seigneuriale, l'activité continuait. Les jours de fêtes voyaient arriver jongleurs, musiciens et chanteurs même lorsque la période des troubadours fut achevée. On sait qu'en 1787 le château était encore habité par un couple de serviteurs concierges et que le Gouverneur Combarel du Gibanel y avait son appartement de résidence officielle.

Ce bruit de vie des âmes disparues résonne encore lorsque nos esprits y pensent et il dispute celui du vent qui traverse les murs ouverts...

Un plan précis du site fut relevé à la demande de Robert Joudoux en 1972 et fut dressé par les enseignants et éléves de la FPA d'Egletons. Il reste la référence. L'architecte Mester de Paradj le mit en perspective. Celui de 2009 ne fait que complèter les éléments subodorer 55 ans auparavant.

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Ventadour plan hades 1

Là, dans cette forteresse imprenable et bien organisée, vécurent les derniers comtes de Ventadour issus directement par voie de mâles de la lignée d'Ebles 1erLouis, fils de Charles, quatorzième descendant, n'eut point de fils. Il s'était uni le 23 septembre 1445 à Catherine de Beaufort, fille du comte Pierre vicomte de Turenne, descendant des Rogier de la famille des papes. Elle avait apporté en dot, on le sait, les châtellenies de Charlus-Champagnac et de Granges en Auvergne (ainsi qu'une rente appréciable de 500 livres). Un linteau de cheminée au rez-de-chaussée fut sculpté pour commémorer l'union. Leur fille Blanche se vit choisir comme époux Louis de Lévis, seigneur de la Voulte, descendantVent dig15 donjon de Guy de Lévis seigneur de Mirepoix qui prit Montségur aux Cathares. Les Lévis étaient alliés aux Beaufort en Vivarais et l'alliance avec les Ventadour fut certainement de leur fait. Le mariage fut célébré le 12 juillet 1472. Une taille fut levée au titre d'un des quatre cas. Une jacquerie éclata d'ailleurs à Charlus-Champagnac. Le prêtre Pierre de Touri sonna le tocsin de l'église auvergnate. Les hommes du comte emmenant le bétail saisi à Ussel furent obligés de rendre les bêtes. Un procès eut lieu contre les fauteurs de trouble.                                      

Désormais les Ventadour et les Lévis étaient unis et allaient former une nouvelle lignée. On lit parfois qu'il y eu changement de famille seigneuriale ce qui est inexact puisqu'il y eut continuité du sang, sauf à penser que seuls les mâles entraînent leur sang. Cependant Ventadour devient un château qui n'est plus guère occupé régulièrement après 1500. Une translation de résidences s'opère insensiblement. De celà, certains déduisent une absence d'habitat permanent dès l'origine, ce qui est une erreur certaine comme il a été vu.  Mais à partir de cette époque, plus la première dynastie approche de son terme, moins elle occupe la forteresse. Si le siège de justice, le détachement armé et l'administration du comté restent à Ventadour, ses occupants lui préfèrent de plus en plus les cieux plus lumineux et les espaces dégagés des abords des gorges de Dordogne. C'est à Margerides, au Peyrou de Liginiac et à Charlus de Champagnac sur les rives de la rivière qu'ils passent une partie des saisons. Autour d'eux se dressent une série impressionnante de châteaux occupés par leurs vassaux et amis sur les terres d'Auvergne et du Limousin (Anglard, Saigne, Miremont, Arches, Charlanne etc.).  Les nouveaux comtes sont encore souvent en Limousin mais ils se partagent désormais avec leur fief de Meyras puis de la Voulte en Vivarais dans l'actuelle Ardèche. Blanche, l'épouse de Louis de Lévis, dernière descendante de la lignée directe d'Ebles 1er se plaît au Peyrou en compagnie de sa mère et à Charlus où elle habite le plus souvent. Elle ne devient hélas pas vieille et meurt en son château dès 1482, à moins de 30 ans, 23 ans avant Catherine. Elle laisse cinq enfants en bas âge. Louis guerroie pour Charles VIII en Italie et participe aux épisodes de la furia francese puis se bat pour Louis XII, peut être même pour François 1er. Louis de Lévis de la Voulte, comte de Ventadour, disparaît en 1521 en ses terres ariégeoises où il est enterré. La famille se scinde alors entre son fils second Jean qui fonde la famille de Lévis-Charlus et Gilbert, l'aîné, qui conserve Ventadour et la Voulte. Gilbert 1er meurt en 1529 et se fait ensevelir avec ses ancêtres à la Voulte. On sent bien que cette lignée est encore d'abord de Lévis. C'est une époque qui s'achève par éloignements progressifs, tel le ressac d'une civilisation. Qui s'en rend compte réellement ? Gilbert 1er fut celui qui symbolisa ce changement. Né en 1501, son fils Gilbert deuxième du nom est choisi comme garçon de cour. Il est proche du trône, enfant du roi et panetier. Il vient un moins sur ses terres mais visite ses villes comme en 1545. Il s'éteint en 1547. Les Lévis semblent décidément moins robustes que leurs ancêtres Ventadour. Bientôt ils seront en cour à Versailles. Ventadour est si loin...  Pourtant une nouvelle crise approche et les Ventadour vont devoir gouverner le Limousin et s'appuyer sur la forteresse familiale.                   Illustration : Ventadour 100 ans après la révolution (© SHAV)

VI - la dernière époque de troubles

CapturerLes guerres de religion sont là, d'abord au loin dans le royaume depuis la mort de Henri II en 1559. Le comte de Ventadour Gilbert III mène quelques opérations contre les protestants en 1562 mais il est l'époux de Catherine de Montmorency dont la famille oscille entre catholicisme modéré et protestantisme avéré. Son neveu Henri de Turenne est huguenot. La proche vicomté du bas pays s'est déclarée pour la réforme alors que Ventadour reste attaché à Rome. Gilbert ne peut ni ne veut entrer dans le groupe des rédempteurs. Plus tard, après 1568, il combat encore pour le Roi entouré par plusieurs seigneurs de ses fiefs, les Veillan de Neuvic, Gimel, Scoraille, Mirambel, Saint Eulalie, Lafon…  

La guerre est arrivée en Limousin en 1567 (mais n'y était-elle pas déjà ?). L'abbaye bénédictine de Bonnesaigne (Combressol) est alors le siège d'un crime abominable. Les huguenots viennent un jour et pénètrent par force dans le lieu saint. L'abbesse Catherine de Chabannes fait mine de bien les recevoir et les nourrit, les saôule et les fait se coucher au Montclausoux dans une de ses granges où ils s'endorment. Craignant de les voir saccager l'abbaye à leur réveil, l'abbesse prend la résolution de les occire immédiatement. Elle fait mettre le feu, et peut-on supposer, fermer les portes. Les huguenots périssent tous. Les leurs s'en souviendront. L'abbaye sera pillée et brûlée en 1569 et 1585. Les religieuses se réfugieront à Saint Angel, tenu par les protestants, meilleurs chrétiens qui les sauveront ! La réforme s'est installée à Turenne, mais aussi dans les Monédières dont l'âme des paysans semble plus attirée par la rigueur calviniste. Ils le paieront cher et leurs montagnes brûleront.                                                                                                        Ventadour vue aérienne - (©. M. Wirth)Chateau de ventadour cdt m wirth

Au moment de la sanglante Saint Barthélemy de 1572 Gilbert III est gouverneur de Limoges et Sénéchal de la province (depuis 1570). Il est souvent à Ventadorn, son fils Anne également. Ces temps troublés ne sont pas propices à un gouverneur sénéchal pas trop intransigeant (il n'occupera plus cette fonction après 1578) ni à un esprit peut-être plus tolérant qu'il n'y paraît. Il est parfois très proche des thèses des protestants, sans toutefois finir par abandonner son culte, même s'il s'allie parfois avec eux. Il n'oublie pas Ventadour et rachète en 1572 les seigneuries de Donzenac, de Malemort, de Boussac et Corrèze qui reviennent pour certaines dans Plan interieur ventl'apanage. Se souvient-il de Comborn ? Le comté prend plus belle allure encore, il arrive à l'apogée de son aire. Turenne, l'éternelle rivale, ne soutient plus la comparaison ! Comment ne pas regretter que Ventadour ne soit plus habité qu'assez épisodiquement et surtout ne bénéficie d'aucun embellissement, que les villes ne se développent pas, que les prieurés et abbayes semblent végéter comme le Moustier, qu'aucun nouveau château ne s'édifie dans le style et l'architecture de la Renaissance, que les hôpitaux restent limités à quelques lits à Egletons et Ussel, que les gouverneurs ne dotent guère leur province ? Le seizième siècle est une belle occasion perdue pour une région qui ne connait que les vicissitudes de l'époque et la gloire de ses seigneurs. Ventadour est à usage très (trop ?) politique. On reverra ce phénomène plus tard, sous la république, ici,  dans ce même ancien duché... sans que la population ne s'en rende clairement compte non plus.

La consécration arrive en février 1578. Henri III élève Gilbert III aux titres et dignités de Duc du Royaume. Henri III rappelle dans ses lettres patentes que Gilbert est comte de Ventadour, chevalier de son ordre, conseiller en son Conseil Privé, capitaine d'Armée et Gouverneur du Limousin. Les lettres portent la mention du siège de Ventadour par les Anglais et disent "ladite comté de Ventadour est une des plus belles et anciennes comtés de notre royaume...". Le titre lui est attribué et "…après son décès les dots hoirs successeurs mâles seigneurs dudit Ventadour, perpétuellement et à toujours avec les honneurs, autorités, prérogatives et prééminences afférent aux titres et dignité de Duc". On permettra de noter qu'il s'agit bien de Ventadour dont il est question, et non de la Voulte, malgré l'attachement privilégié que lui portent encore les descendants de Louis de Lévis et de Blanche de Ventadour. Le but est de récompenser une fidélité et de s'attacher une famille puissante en ces temps de crise.

Henri III en créant ce premier et unique Duché Limousin lui attribue "…un état et office de Sénéchal ". Cela provoque un joli remue-ménage autour de Ventadour. Tulle, cité des évêques prend fort mal la chose et s'en plaint, craignant de voir son siège de justice être en concurrence avec la sénéchaussée ducale. Plus haut, Egletons et Ussel se déchirent, chacune voulant obtenir le siège de la sénéchaussée ce qui apporte magistrats, juges, administration et développement. Dv egletons dambertEgletons, profitant de sa proximité géographique et historique de capitale des Ventadour, emporte l'affaire le 15 janvier 1579. La faveur ne fut pas gratuite et elle l'obtint moyennant espèces. Ussel engagea une longue et rude lutte contre la cité de Ventadour pour lui ravir le siège. L'un des effets sera la moindre activité au sein du château en raison du transfert judiciaire. Le sénéchal Carvilier s'installa dans la cité fortifiée d'Egletons, à condition de ne pas interférer avec le présidial de Tulle remis aux officiers de justice royale.  Une  courte ère de prospérité s'ouvrit dans la ville, sans cesse contrariée par Ussel. Mais il est vrai que cela durait depuis l'origine de la vicomté. Force est de constater que pourtant jamais Egletons ne fit de griefs aux Ventadour contrairement à Ussel qui régulièrement s'appuyait sur ses franchises pour ne pas être imposée et en demandait tout aussi souvent la confirmation. La rivalité ne cessera pas non plus entre les deux sénéchaussées. Tulle sera aussi rancunière qu'Ussel. En 1589, Henri IV élève le Duché en Pairie, dignité la   plus élevée du royaume. Les Ventadour arrivent au cœur du pouvoir. Ventadour restera le seul et unique duché du Limousin. Turenne paiera ainsi le prix de son engagement religieux. Hôtel des d'Ambert de Cérilhac - siège de la sénéchaussée à Egletons (cop. SHAV)

Régis ROHMER, archiviste en chef du département de la Corrèze, publia en 1943 une étude sur les ressorts de justice royale en bas Limousin qui s'ajoutaient aux justices seigneuriales et de l'Eglise. Cette étude montre que Brive disposait d'une sénéchaussée concurrente de celle de Tulle et de celle d'Uzerche. Après des décennies de luttes, un accord de coexistence intervint en 1553 avec Tulle. Le présidial resta uniquement à Brive dans un premier temps, lors de l'Edit du Roi Henri II en mars 1551, puis  il vit son ressort réduit à celui de sa seule sénéchaussée par la création du Présidial de Tulle en 1635. Entre-temps avait eu lieu la création de la Sénéchaussée ducale de Ventadour. Anne de Lévis, comte de Ventadour, lieutenant général en Languedoc et sénéchal du Limousin, obtint du roi Henri III, en février 1578, l'érection de son fief en Duché-Pairie, avec des pouvoirs équivalents à ceux des autres sénéchaux du royaume, réservant, toutefois, les cas royaux. Le siège de la nouvelle juridiction fut d'abord fixé à Egletons, tout proche du château de Ventadour, puis transféré en 1612, à Ussel où il resta jusqu'à la Révolution. « En première instance, la sénéchaussée de Ventadour comprend la ville d'Ussel avec ses cinq faubourgs et près de cent villages qui en dépendent. En appel, elle embrasse plus de 150 juridictions, un grand nombre d'abbayes ou prieurés, et plusieurs terres composées de dix, douze ou quinze paroisses. Son ressort est plus étendu que ceux de Tulle et de Brive ; ceux de Nevers et de Montpensier sont les seuls qui puissent lui être comparés... ». Le ressort s'étendait d'Herment à Tulle, de Neuvic à Donzenac, de Saint-Setiers à Saint-Chamans et couvrait, de l'aveu d'Henri III, « une des plus belles et antiennes terres du royaume » (Jean Faucher ; une justice ducale, la sénéchaussée d'Ussel (1599-1789) ; dans bull. Brive, t. LXIV, 1942 tir. à part. p. 46. — Huot, les Archives municipales d'Ussel, p. 103. — Charliac, ibid. p. 13. — Decoux-Lagootte, ibid. t. II, p. 409. — Ce fonds important est classé aux Archives de la Corrèze sous les cotes B. 414-493 et 501- 687.). Juridictions subalternes ou inférieures : dans le ressort des sénéchaussées du Bas-Limousin elles occupaient les derniers degrés de la hiérarchie judiciaire : d'une part, les prévôtés et châtellenies royales, supprimées par l'édit d'avril 1749 dans toute ville où siégeait un tribunal sénéchal, — exception faite pour la prévôté de Turenne, — les justices des seigneurs, d'autre part. Au milieu du XVIIIème siècle, le nombre de ces juridictions que Loyseau, dans une fameuse diatribe, appelait des « mangeries de village », était de 176, se répartissant ainsi : - 34 dans la Sénéchaussée de Brive, - 66 dans la Sénéchaussée de Tulle - 35 dans celle d'Uzerche et  41 dans celle de Ventadour (Charliac, ibid, p. 13-15.). La création du Présidial de Tulle eut donc lieu en 1635. Ce dernier resta jusqu'à la Révolution juridiction d'appel de la sénéchaussée de Ventadour, de celle d'Uzerche et de la sénéchaussée de Martel en Quercy. Son ressort, qui montre l'extraordinaire enchevêtrement des juridictions sous l'ancien régime, comprenait plus de 140 paroisses disséminées dans la haute et moyenne Corrèze actuelles. En 1789, sa compagnie judiciaire était composée d'un Lieutenant général, d'un Lieutenant criminel, d'un Lieutenant particulier civil, d'un Assesseur criminel, d'un Procureur du roi, d'un Avocat du roi et de six Conseillers.

VII - les dernières convulsions des grandes guerres

Ventadour dessin leon billetillustration : dessin du Chanoine Léon BILLET, Président de la SHAV,  reconstituant l'apparence de Ventadour - ©SHAV

La ligue se déchaîne, les protestants attaquent le Duché, passant devant Egletons qu'ils ne prennent pas et s'arrêtent au pied du château de Fontmartin (Darnetz). Plus de 300 morts sont comptés selon les chroniques, même si cela semble assez excessif. Les Monédières sont brûlées, des incendies ravagent bourgs, forêts, églises et temples. Louis de Pompadour met le feu à ses propres bois. Les ultra catholiques de la Ligue pensent extirper ainsi l'hérésie. Les protestants tentent de sauver et de conquérir des hameaux et des villes où sont les leurs, toujours minoritaires en général dans la région. A Limoges, la Ligue se déchaîne contre les protestants (mais combien sont-ils ?) et contre l'autorité royale. Le duc Gilbert III a du délivrer en 1588 les deux châteaux de Charlus le Pailloux aux mains des huguenots de Maligny. Accompagné de son fils Anne, il récupère les forteresses et les fera détruire plus tard. En 1589, Anne est confronté à Limoges à la révolte d'un moine excité qui entraîne une foule de pauvres ères, un crucifix dans une main et une épée dans l'autre, vers la maison du Sénéchal. Anne le reçoit puis le fait pendre avec son épée à la main. Les derniers soubresauts de la guerre finissent en convulsions : destruction du château d'Herment par les ligueurs qui sont délogés de Cornil (1592), perte et destruction des châteaux de Gimel et dernier pillage de Saint Angel par les protestants en 1594.  illustration : une représentation de Ventadour faite par Léon Billet dans son ouvrage Ventadour - Orfeuil Tulle 1978

Gilbert devait être bien las de ces guerres lorsqu'il s'éteignit en 1591 à la Voulte où il fut, bien entendu, enseveli. Le Duc de Ventadour restait fidèle à la regrettable tradition des Lévis, vue de Ventadour bien sûr ! Mais Ventadour n'était pas délaissé et la vie ducale s'y déroulait également, telle la naissance en 1596 du fils de Anne, Henri, dont une extraordinaire destinée le conduisit de la lieutenance générale du Languedoc à la suite de son père, de son oncle et de son grand-père, avant son frère Charles, à la vice royauté du Canada puis à Notre Dame de Paris. L'élévation ducale donna un regain de fréquentation entre le milieu du XVIème siècle et le milieu du XVIIème
Ventadour p chareyron lm
Jusque-là Ventadour avait bien été encore régulièrement utilisé et habité plus ou moins épisodiquement. L'épisodique devient plus rare après Anne mort en 1622. Ventadour est au plus haut niveau de sa gloire mais n'en recueille plus beaucoup de fruits. Après la disparition de Charles en 1649, le Duché de Ventadour sera moins fréquenté par ses titulaires. Encore était-ce à cette époque le Peyrou qui les attirait. Le confort des appartements, les espaces fertiles, la riante vue apportaient plus d'avantages que la sauvage mais sévère beauté des ravins de la Soudeillette. Le nom seul permit pourtant à ses successeurs, aux Rohan et aux Bourbon de se flatter de racines illustres et d'un titre élevé qui n'était plus que supplémentaire. Plus d'un siècle durant la forteresse sera grandement méconnue par eux mais non point laissée totalement abandonnée ni oubliée. Elle était encore habitée régulièrement par un lieutenant d'arme et un gouverneur avec sa famille plus des domestiques, tout en se vidant et s'altérant inéluctablement. Quant à la famille des Lévis Ventadour, elle est presque définitivement à Versailles depuis le milieu du XVIIème siècle et même la Voulte est délaissé. Le Limousin reste la province affectée aux Ventadour est le fils de Charles, Louis Charles en est, lui également, nommé Gouverneur   illustration La Montagne (cop. P. Chareyron)

La petite histoire rappelle que ce fort mal-poli Duc Louis Charles rappela avec arrogante à Louis XIV que toute la paille de son royaume ne comblerait pas les fossés de Ventadour... La vantardise le disputait à l'affront. Au moins avait-il vu ces gorges célèbres à l'occasion de ses visites ! Son lieu de résidence n'est pas connu mais devait être Limoges pour sa fonction et Tulle ou Le Peyrou pour son Duché, Ventadour n'étant qu'une étape obligatoire pour rencontrer son propre Gouverneur de place et le lieutenant général de la sénéchaussée. Y vint-il avec son épouse Catherine très en cour à Versailles et sa fille unique Anne Geneviève ? Il disparut en 1717. Il fut le dernier duc à porter le patronyme des chevaliers de l'an 1000. La princesse de Rohan Soubise est notée à Herment venant recevoir les renouvellements d'hommages. Il serait surprenant qu'elle ne passa point chez elle.

VIII - la fin d'une dynastie

En 1727 disparaît Anne Geneviève, la dernière héritière en ligne directe portant le prestigieux nom. Par son époux Hercule Mériadec, les Rohan transmettent les titres faute du patronyme. Leur fils Jules de Rohan meurt prématurement et c'est le petit-fils Charles qui prend le titre de Duc. En 1771, ce dernier, Maréchal Prince de Rohan-Soubise et duc de Ventadour, se préoccupe enfin de l'état de son duché. Le régisseur du vaste domaine vient alors de mourir. Estienne Després du Leyris, ancien conseiller au présidial de Tulle, est mort en fonction. Son successeur est Jean-François Treilhard, seigneur de la Chapelle, avocat au Parlement, 1er consul de Brive et "maire perpétuel" de la ville depuis 1769. Son fils, comte et député du Tiers en 1789, sera le terrible conventionnel qui conduira le procès à charge contre le roi en 1793 ; comte régicide, il sera membre du directoire en 1798, puis comte d'empire en 1808 et ministre d'Etat en 1809. Il repose au Panthéon depuis !... Mais il est cité localement comme une des gloires historiques du bas Limousin (cf La Montagne 13 janvier 2019). Le régisseur est surtout en relation étroite avec l'Intendant du Limousin Turgot. Il reçoit sa charge le 15 septembre 1771 avec le titre de "Receveur et comptable chargé de l'administration des fiefs de Ventadour". Pendant onze années il va parcourir le duché et dresser au début un inventaire de l'état des possessions et coutumes.

Forteresse de ventadour

Le résultat est assez affligeant. On apprend ainsi qu'au Peyrou "toute la couverture du château est dans le plus mauvais état… la charpente et les planchers pourriront si l'on n'y remédie pas promptement. C'est la faute de M. Lacombe qui en est fermier depuis 18 ans ; il n'y a fait aucune réparation d'entretien et n'a donné aucun avis de celles qui étaient à la charge du Prince". Ce ne sont que bâtiments aux toitures qui lâchent, droits non recouvrés, bois coupés sans autorisation, familles nobles parties et gardes prévaricateurs. Le pire est pour Ventadour.

Le château forteresse est occupé par un personnage important par ses titres de "Sénéchal du Duché de Ventadour, Lieutenant des Maréchaux de France et Capitaine Gouverneur de Ventadour". Le baron Louis-Charles de Combarel du Gibanel de Sartiges occupe Ventadour avec ses domestiques et valets ainsi qu'un (très) petit détachement d'hommes d'armes, tous entretenus par le Maréchal Prince. Depuis longtemps la famille y vit, sa mère y est morte en 1725. J.F. Treilhard note que le Gouverneur n'est plus très jeune (il mourra le 10 novembre 1774 à l'âge de 82 ans) et demande de nombreuses réparations pour un château en mauvais état. Il ajoute ces terribles propos : "n'en faire que très peu, seulement celles qu'on ne pourra lui refuser par honnêteté " ! La sentence tombe ensuite avec fermeté et sans pitié aucune pour l'illustre forteresse : "le château est condamné à être laissé tomber en ruines après lui ". D'un régisseur administrant son domaine avec cœur et passion, on pourrait attendre plus d'ambition et d'actions positives. A-t-il écrit cela sur ordre ou volontairement ? Connaissant les opinions révolutionnaires et sanguinaires du fils, on peut imaginer celles du père peu enclin au service de la haute noblesse mais beaucoup plus à la prévarication. L'époque est celle des gens de robe, plus celle de la noblesse d'épée. On peut ainsi suspecter Treilhard d'aller bien au-delà des directives données et de ne rien faire pour épargner Ventadour en lisant ce qu'il envisage pour l'avenir de la fonction de gouverneur : "après M. de Sartiges, il sera bon de proposer au Prince d'indemniser M. de Combarel (son fils) qui a la surveillance du gouvernement du château pour le faire renoncer aux objets dont son père jouit en cette qualité ". On apprend ainsi que le fils du Sénéchal s'occupe de la gestion du château. Ce curieux régisseur envisage bien de lui-même la suppression des droits et coutumes, si ce n'est de la fonction elle-même. Ainsi le fils, François, ne succédera à son père comme "Grand Sénéchal et Capitaine Gouverneur de Ventadour" qu'en 1782, soit 8 ans après le décès du premier et surtout l'année exacte de la fin de mission du régisseur Treilhard, sur ordre personnel du Maréchal de Rohan Soubise. Mieux encore, le régisseur s'arrangera pendant cette période, en 1775, avec son collègue Egletonnais d'Ambert de Cérilhac, officier de justice de la Sénéchaussée, pour faire autoriser par le Prince le prélèvement des deux girouettes ducales installées vers 1579 sur les toits du logis seigneurial. Elles étaient le symbole de la puissance et de la dignité des Lévis Ventadour. Le toit tient pourtant debout ! La méthode est curieuse. Le dépeçage et la cupidité de ceux qui sont en charge de son administration ne font que commencer. En 1783, les mêmes arrangent l'enlèvement des deux frontons sculptés qui ornent deux portes à Ventadour. Dans la demande figure l'expression "débris du château" pourtant encore habité et pas si en ruine que cela, façon bien habile de noircir une situation pas encore irrémédiable. Le tympan dit de "Samson terrassant le lion" et celui portant les armoiries seigneuriales, le blason en damier connu comme "échiqueté d'Or et de Gueules", rejoignent un mauvais mur d'enceinte du jardin des d'Ambert à Egletons. Il s'agit, pour le premier, "d'un personnage coiffé d'une sorte de mitre, imberbe (! - selon l'auteur de la fiche moderne), jambes nues, épaules couvertes d'un petit manteau. Il est à califourchon sur un lion qu'il cherche à maîtriser. Selon la tradition, cette porte était celle de la prison du château", dixit l'inventaire Mérimée. Il s'agirait donc de la porte de la tour St George ? Cela nous semble assez bizarre car nous n'avons jamais entendu parler d'une telle "tradition" pour cette porte et la tour ronde est largement antérieure au XVème siècle, sans décors en tout cas. Une telle porte sculptée, la plus belle de Ventadour, semble saugrenue sur la tour la moins sophistiquée du château. Les organisateurs de la chose ne prennent même pas la peine de répertorier l'endroit où ils se trouvaient. L'un devait orner, selon nous, l'entrée de la forteresse, au-dessus de la porte avec assommoir conduisant à la salle dite de "la souricière", l'autre devait surmonter la porte d'accès au logis par la tour à vis à moins que ce ne soit celle de la grande salle d'honneur du rez-de-chaussée. Il sera très difficile de reconstituer cet emplacement. En raison de la différence de taille, on nous permettra de suggérer que les armes seigneuriales ornaient une porte intérieure ou celle de la tour d'entrée. En revanche nous ne croyons guère à l'hypothèse récemment soulevée du Samson sur la porte de la chapelle Saint Georges. Le Prince avait simplement imposé de ne pas abîmer les murs et de les reboucher. On ne sait si cela fut fait et comment. L'époque est mauvaise et ceux qui devraient se comporter en magistrats honorables semblent ne l'être guère. En 1784, un an après (est-ce lié ?), le Parlement de Bordeaux rend un arrêt mettant en interdit pour concussion le lieutenant général Delmas de la Rebière, le lieutenant particulier et d’autres officiers du siège de Ventadour, et ordonnant « que toutes et une chacune les causes, instances et procès pendants audit siège d’Ussel soient et demeurent évoqués et iceux renvoyés au sénéchal de Tulle pour y être instruits et jugés..., le tout provisoirement et sans préjudice des droits du seigneur de Ventadour ». La concussion dont il est fait mention concerne la perception indue d'argent par abus de son autorité, on peut imaginer ce que cela représentait sur l'ensemble du duché quand on voit ce qui se trâmait sur le seul château. Le principal personnage visé est Jean-Baptiste Delmas, dit de la Rebière, ancien avocat au parlement de Bordeaux, qui acquit l’office de lieutenant particulier en 1766. Il prêta serment le 4 février 1767, puis se porta acquéreur de la charge de lieutenant général et s’installa en novembre 1772. Il acheta château à la Rebière d'Ussel. De nombreuses affaires lui furent reprochées jusqu'à cet acte du Parlement. On ne sait s'il fut démis de sa charge. Il fut emprisonné sous la Révolution à Tulle, puis à Limoges et enfin à Ussel au printemps 1794. Le ci-devant Lieutenant Général ne fut pas guillotiné. Remis en liberté sous la convention thermidorienne, ses biens lui furent restitués, ce qui est assez inhabituel en ces temps expéditifs. Le 3 mars 1795, il obtint même une nouvelle place au conseil général de la commune en se déclarant fidèle révolutionnaire républicain tandis que son fils était nommé président du tribunal de district de la Convention où il condamna les royalistes !... Jean-Baptiste Delmas est décédé le 21 juillet 1810.

Les petits ou grands magistrats locaux donnant le signal, l'hallali ne devait pas tarder. Pourtant Ventadour est toujours habité même si le nouveau Gouverneur se partage entre d'autres logements, dont sa résidence privée à Sarran. Ainsi le 30 janvier 1787 était célébré un mariage au Moustier. Les parents du marié résident au château, selon les termes de l'acte.

IX - La révolution et les saccagesVentadour

illustration : de l'intérieur du logis vers la tour St Georges et la salle de garde (cop.CDT) 

Arriva le temps des malheurs. Les sévères crises agricoles suites aux sécheresses de 1785, un hiver exceptionnel en 1788, la pénurie de retour, une cour royale qui ne comprend plus son époque et s'arqueboute sur des privilèges d'un autre temps, un brave homme de roi (certainement le plus compréhensif depuis longtemps) affublé d'une reine honnie qui ne méritait pas autant sa réputation, une réforme politique repoussée depuis trop de temps, partout une bourgeoisie impatiente de ne pas voir arriver son tour, le refus d'une constitution qui eut sauvé le régime, des parlements hostiles toujours, des agents révolutionnaires parfois, la misère du peuple souvent et plus encore la plèbe de Paris.

Le régime féodal, déjà mis à bas sans que cela soit officiel, fut un prétexte facile. Les révolutions commencent par principe avec les modérés mais se poursuivent toujours avec les excités. En 1789 rien de particulier ne se passe à Ventadour. Il y a bien entendu les grandes peurs et les faux bruits d'armées qui sont vues mais jamais n'arrivent, les agitateurs, les peureux, les progressistes, les lâches, les idéalistes et les esprits sereins. Mais rien de plus qu'ailleurs.

Le gouverneur Combarel du Gibanel (François, le petit-fils) ne fait pas agir ses quelques hommes en armes dont on peut imaginer aisément la fidélité douteuse et la solde aléatoire. Plus aucun n'est en poste permanent, il faut payer leur service si l'on veut des soldats mercenaires. Il aurait pu sinon s'appuyer sur les quelques servants du château, les paysans et métayers des propriétés ducales, sur des voisins fidèles et faire appel au soutien de la noblesse locale prète à se mobiliser comme elle le fit en bien des endroits du duché. Mais rien ne se passe, aucune attaque n'a lieu et seules les rumeurs de la grande peur se brisent sur la citadelle. Il est vrai qu'elle impressionne certainement encore et qu'y entrer ne doit pas être chose facile. Depuis longtemps le pouvoir ne réside cependant plus dans le duché de Ventadour et maintenant la forteresse semble vide, hormis un simple concierge qui restera peut-être encore présent après 1789. Ainsi que le notait le chanoine Billet, les Ventadour n'avaient pas du laisser de mauvais souvenirs et leur éloignement contribuait à l'absence de récriminations (même à Ussel !). Au moins, le Sénéchal Gouverneur sauvera sa vie dans la tourmente de la convention qui va suivre et ne disparaîtra qu'après 1798. 

Les Etats Généraux entraînent bien quelques agitations mais les juges et officiers de la Sénéchaussée ducale en profitent surtout pour batailler une nouvelle (et dernière) fois contre Tulle et ses magistrats et se plaignent d'être moins considérés que la simple vicomté de Turenne. Il est vrai que la Sénéchaussée du duché n'a pas été associée à la rédaction, ni même nommée, signe d'un effacement préoccupant. Mais  eux-mêmes  n'y  sont  certes  pas  pour rien !

"Cette inexcusable omission n'a cependant pas eu lieu pour la vicomté de Turenne, si inférieure en toute sorte de titres au duché de Ventadour…" écrit son lieutenant général Delmas. Hormis une rapide évocation de l'état d'abandon de la route de Bordeaux à Lyon (les politiques en reparleront encore deux siècles après avec les mêmes mots !), l'essentiel est pour ces magistrats de prêcher vainement pour leurs propres intérêts, c'est à dire obtenir un Présidial, un tribunal royal, à Ussel. Ils seraient ainsi les premiers à profiter de ces charges et des juteux frais de justice demandés. Visiblement ils ne comprennent pas les événements qui se mettent en place. Il est de toute façon trop tard pour revenir sur un siècle d'abandon par les puissants seigneurs mais également d'endormissement des autorités locales, géniardes et plus promptes en leur temps à tirer avantage qu'à œuvrer efficacement. La révolution est en route. L'acte de rédaction de ce cahier complémentaire est daté du 6 mai 1789 et signé en principal par Delmas de la Rebière, Lieutenant général du Duché. Le Gouverneur Combarel n'a pu ou voulu être présent... Depuis deux ans plus rien ne va à Ventadour ! Plus aucune consigne ne semble arriver du nouveau Duc Prince en 1789. Le Gouverneur est livré à lui-même.

Charles de Rohan, prince de Soubise, est décédé en 1787. Ses deux filles sont Charlotte, née en 1737, qui a épousé au château de Versailles le 3 Mai 1753 Louis V Joseph de Bourbon, prince de Condé, auquel elle transmet le duché. Elle a donné naissance à Louis VI Henri de Bourbon prince de Condé. Victoire Armande sa soeur sera elle aussi gouvernante des enfants royaux de 1778 à 1782, mais sera démise après la banqueroute retentissante de son mari, le richissime prince Henri de Rohan Guéméné. Le fils de Charlotte, le prince Louis VI Henri de Bourbon Condé est en exil dès juillet 1789, comme son père héritier du duché. Son fils unique est Louis Antoine, duc d'Enghien. Les trois hommes, père, fils et petit fils, derniers de leur race, sont partis dès le début de la Révolution pour monter une armée de 20 000 hommes qui portera leur nom et se battra de 1792 à 1801 sans obtenir grands résultats sinon de les ruiner. Ils apparaîtront comme des ennemis implacables de l'usurpateur autant que de la terreur républicaine. Le jeune prince Louis est sans descendance lorsque Napoléon le fait enlever dans le duché de Bade sous les yeux de sa bien-aimée Charlotte de Rohan. Il est fusillé dans les fossés de Vincennes après un simulacre de procés, le 21 mars 1804. Son souvenir est toujours vif chez les monarchistes, car il représentait une image moderne et pour certains une alternative dynastique face au désespérant Louis XVIII. Le dernier des Ventadour en titre, son père, s'éteignit tristement au matin du 27 août 1830, peu après l'avènement de la monarchie de Juillet. Le prince de Condé et Duc de Ventadour, même s'il n'en portait plus le titre, noyé dans d'autres encore plus prestigieux, fut retrouvé « pendu » par le cou par un double mouchoir noué mais les pieds touchant le sol, à l'espagnolette de la fenêtre de sa chambre du château de Saint-Leu, qu'il avait acquis en 1816. Cette énigme oppose encore les historiens entre partisans du crime d'Etat, de l'assassinat crapuleux ou du drame intime.

Leur départ a laissé le duché et la forteresse en état de vacuité.

En 1790 l'ambiance change à Ventadour livré aux évènements et le curé de la paroisse de Moustier, Lassaigne, s'enfuit, signe d'une population désormais agitée et devenue peu sûre. Il faut attendre 1792 et 1793 pour assister à des événements encore plus sérieux. Le Comité de Salut Public d'Egletons, aux mains de quelques enragés aux ordres des conventionnels de Tulle, exige la destruction du "ci devant château de Ventadour". Ses propriétaires ayant émigré, il sera déclaré bien national et saisi. Un paysan, François Chassaing, est requis par le maire du Moustier, Mas, pour emporter à Tulle avec une charrette et une paire de bœufs "une partie des grillages". Il doit s'agir des herses et systèmes de fermeture des entrées et bastions. Une meute de fanatiques excités vient d'Egletons ensuite pour saccager la forteresse. Le Gouverneur Combarel du Gibanel ne fait rien et sauve ainsi sa tête (est-il encore à la Rebeyrotte de Sarran, sa résidence privée ?), mais selon la tradition il fut décidé vers cette époque de faire sauter les accès habituels du château pour les obstruer et rendre plus difficile le passage des pilleurs. Ne serait-ce lui le donneur d'ordre ? L'auteur de la décision, en tous cas, ne semble pas avoir traîné dans les lieux non plus que l'artificier. On peut subodorer que c'est à ce moment que s'écroule l'accès après l'assomoir, par la poterne inclinée donnant sur la salle d'arme et les couloirs de défense arrière (toujours obstrués au demeurant 230 ans après, malgré nos demandes permanentes de fouilles). Les émeutiers croient pouvoir détruire facilement Ventadour. Ils doivent cependant se contenter de dégrader et piller ce qu'ils peuvent. Les appartements sont dévastés, tous les meubles volés, les toitures dévêtues, les ouvertures brisées, la chapelle profanée, un feu est vu depuis le Moustier trois jours durant. Les anciennes familles en parlaient encore après 1914. Les précieuses chartes et archives durent l'alimenter. Les révolutionnaires s'acharnent à mutiler un site castral majeur de leur province, qui fut le seul porteur de renommée positive. Le maire Léger Mas, qui habite au pied de Ventadour à la Champselve, écrit au procureur du district de Tulle le 29 Avril 1793. Le personnage, certainement pas aussi généreux que le décrit l'excellent chanoine Billet, informe Tulle de ses préoccupations : "nous vous avons fait passer avant le mois d'avril le tableau des biens des héritiers du ci devant Prince de Soubise situés en notre commune sous le nom de Ventadour. Pour ce qui regarde la démolition du vieux château, celle du château sud, Ventadour paraît bien difficile à cause du danger menaçant qui décourage les plus hardis dans l'art de l'architecture. Les commissaires du département qui en ont fait la visite en conviennent ". Le maire de Moustier, rebaptisé "la Luzège", décrit son programme : "On fera cependant ce qu'on pourra pour en venir à bout…" Les révolutionnaires d'Egletons, du Moustier la Luzège ou de Tulle ne prenaient guère d'autres risques qu'une mauvaise chute dans ces actes de démolition d'un château à l'abandon et vide de ses occupants depuis longtemps. Ailleurs, parfois, on conserva comme en Auvergne ou même en Dordogne. Ici, en bas Limousin, on détruisit à peu près tout…

Au Peyrou il en ira de même. Le château qui possédait encore en 1747 ses quatre tours, est saisi et les restes assez ruinés seront vendus 5481 francs. Partout les châteaux, domaines, prieurés et abbayes sont pillés comme Meymac en 1791 ou Bonnaigue, Margerides et Saint Angel en 1792 puis le 10 Brumaire an III.

Pendant ce temps, le prieuré du Moustier, déjà certainement mal en point, tombait en état de délabrement. Les éminents prieurs dont la liste à peu près complète depuis le XIVème siècle nous est parvenue, sont alors souvent éloignés et les abbés de simples curés de la région. Depuis quelques temps les nobles lignages n'en portent plus guère le titre et ne dotent plus Moustier. L'un des derniers prieurs présent est dans la misère en 1730. Il s'en ira peu après. Le tout dernier en titre sera un évêque lointain. Tout va Vent dig19 deux toursêtre rapidement démoli et pillé, le clocher de l'église s'effondrera au début du XIXème siècle, les derniers vestiges du prieuré seront emportés dans les années 1920, puis les pierres tombales des illustres vicomtes, comtes, ducs et prieurs profanées et arrachées quelques décennies plus tard (dans l'indifférence générale) pour servir à construire plus "moderne" au Moustier. Léon Billet et Robert Joudoux s'en désespérèrent maintes fois devant notre amicale.

L'agonie de Ventadour commença également en 1793. On ne sait plus dans quel état exact il était. Certainement une vaste carapace vide, encore impressionnante de loin mais bien dégradée à l'intérieur, livrée aux ultimes rapines et devenue un lieu de visite pour se convaincre que c'était un vaisseau abandonné. Tristement abîmé par les émeutiers, Ventadour est qualifié de masure et préclôture lors de sa vente comme "Bien National" confisqué le 23 messidor an IV (11 juillet 1796) pour 12090 francs à Antoine Estrade d'Egletons. N'en faisant rien, il le revend 14000 francs à Ignace Perthuis du Gay, de Laval sur Luzège. Perclu de dettes, celui-ci transforma Ventadour en une impressionante carrière où vinrent s'approvisionner des années durant les acheteurs de la région, en linteaux de portes et fenêtres, cheminées, pierres de taille, dalles et récupérations. Les destructions furent massives et bien des immeubles d'Egletons et des fermes de plusieurs communes voisines s'édifièrent avec les décombres de ce qui fut "un des plus forts château du monde" selon Froissard. Des granges abritent encore des figures sculptées du XIIème siècle provenant de la chapelle St Georges et des salles romanes du logis. Perthuis vécut de ce démantèlement pendant une trentaine d'années. Il mit en vente ce qui n'était plus que ruines défaites et déjà bruyères à moutons.

X - L'époque romantique : entre désagrégation et renaissance

Madame de Lamazière se porta acquéreur du site enchanteur en 1829. Dès 1824, le Prince Louis-Henri-Joseph de Bourbon Condé, dernier descendant vivant des Lévis Ventadour Rohan depuis la mort de son fils le Duc d'Enghien, avait vendu le peu qu'il restait des terres de Ventadour rendues à la restauration. Il ne restait d'ailleurs plus grand chose à vrai dire. Les énormes possessions foncières avaient toutes été liquidées par l'Etat après leur confiscation et accaparées à vil prix par de nombreuses bonnes familles, certes cupides mais non dénuées du sens des opportunités. Il serait interressant qu'un étudiant notaire ou historien du Droit et de l'Economie se lance un jour sur l'analyse des biens fonciers de la famille ducale et des étapes de son incroyable liquidation.

Les 350 ha de forêts qui portent encore le nom de Ventadour à Darnetz furent alors cédés par Louis Henri prince de Condé, Duc de Bourbon, et sa soeur à la famille Treich Laplène de Meymac. Il vendaient ainsi tout ce qui restait des biens de l'illustre famille de Ventadour. Que firent-ils de leurs dernières archives ?

La nouvelle propriétaire des vestiges organisa des fêtes champêtres et des goûters romantiques dans les nobles ruines fleuries dominant alors un paysage rocheux et dénudé. Des cèdres poussèrent rendant le site charmant.

Vent dig10 panoramiqueEn 1895 Ventadour, ou ce qu'il en reste, passa aux mains des Lévis Mirepoix, cousins des Lévis Ventadour. C'est Charles François de Lévis, né en 1849 (+1915) qui racheta le site. Beaucoup se guaussent localement de la ligne indirecte sans lien avec la 1ère race, ce en quoi ils se trompent car son alliance avec Henriette Catherine de Chabannes Lapalice (1861-1931) le rattachait directement aux Ventadour. Le bien et le nom revenaient dans la famille, même s'ils n'étaient plus porteurs du patronyme de Ventadour.

Cinq années plus tard, y seront organisées les fêtes félibréennes de l'Eglantine le 2 septembre 1900. En plein mouvement de sauvegarde des cultures et langues d'Oc, la fête se fit en langue limousine et le maire du Moustier, M. Bordas, sut accueillir ses invités par un beau texte. Bernartz le troubadour fut au centre des célébrations. En 1903, le cantonnier communal fit tomber quelques pans de remparts qui menaçaient le chemin du pont Roudal. C'était plus commode que de consolider... Les ultimes murs du logis s'effondrèrent côté Vigne peu après. Il n'en reste que deux ou trois photographies.

Après 1930, alors que les dégradations continuaient, chacun faisant rouler sa pierre ou l'amenant pour une construction, Clément Chausson instituteur et militant du parti communiste français, dont le Moustier allait devenir pour longtemps une place forte, organisa des fêtes républicaines un peu insolites en ce lieu, mais non dénuées de signification idéologique.

En 1944, Ventadour est le siège d'un combat militaire, le premier depuis longtemps. Repliées à Egletons qui sera très durement bombardée et détruite, les troupes nazies opèrent une tentative de reconnaissance au mois d'août sur la route de Neuvic. Arrivées en vue du rocher Servières, elles sont durement accrochées par les maquisards des FFI depuis les hauteurs de Ventadour. Une voiture militaire allemande tombe dans le ravin. L'ennemi est contraint de faire demi-tour et ne s'aventure pas dans les ruines. Même en triste état, Ventadour avec ses vaillants soldats patriotes fait encore fuir l'assaillant.

En 1965, avec l'accord du Duc de Lévis Mirepoix, des jeunes bénévoles d'Egletons et un groupe de scouts commencent une série de travaux deJoudoux chantier ventadour consolidations et de fouilles sous l'égide de la Société Historique et Régionaliste du Bas Limousin et la direction de M. Robert Joudoux, en présence du chanoine Léon Billet. Plusieurs campagnes eurent lieu jusqu'en 1972, permettant de redécouvrir bien des structures et des décombres oubliés. Le récit de ces campagnes est publié dans plusieurs numéros de la revue "Lemouzi", en particulier dans sa 101ème livraison en 1987, à laquelle les Amis de Ventadour collaborèrent. Il fait un point précis de l'état des connaissances de l'époque, aujourd'hui confirmées par des cabinets institutionnels. Les plans furents dressés, les accés déblayés et sécurisés, la végétation nettoyée et les écroulements évacués après filtration par niveau de tranches de substrat, le logis dégagé et repéré dans son organisation, des structures et fondations renforcées, les vestiges enfouis collectés et sécurisés dans le local sur site, des sondages opérés dans les substructures. Des critiques furent certes parfois émises sur ces fouilles, mais bien après leur réalisation. Aucune ne fut précise mais on reprocha essentiellement la démarche associative qui n'aurait pas été assez rigoureuse, critique entendue ici comme ailleurs. Cela se fit lorsque l'époque fut venue de payer des cabinets d'études privés onéreux pour faire ce qui était gratuit auparavant... S'il est toujours possible de trouver à redire, force est de constater qu'à l'époque et jusqu'à ce jour, ni l'Etat et ses nombreux services richement dotés, ni les multiples collectivités locales, ni les délicats contempteurs et redresseurs de torts n'ont fait guère mieux que ne fit, à l'époque, une poignée de scouts et d'étudiants menés par un prof lettré... Depuis, quelques exercices de nettoyage, de déblayage et de consolidations ont récemment été menés par commande soustraitée, pas assez mis en valeur et hélas trop limités selon notre opinion, en omettant de dégager certains éléments visibles et de "gratter le probable", comme par exemple les accés et pièces situées derrière la salle de garde et la poterne d'entrée ! Bien entendu, on peut regretter, et notre Société Historique au premier plan, que personne à l'extérieur ne se préoccupa à l'époque associative de protéger encore plus durablement dans le temps les structures et artefacts mis en évidence, en prenant la charge des travaux couteux de préservation.

Les découvertes archéologiques furent par la suite presque toutes dégradées ou volées, par effraction du local fermé où elles étaient entreposées provisoirement en attente d'être exposées sur place dans la salle d'arme refaîte ou dans celle de la tour Est. Robert Joudoux en reparla dans le no 101 de Lemouzi. Leur garantie et leur mise à l'abri en réserve extérieure à Ventadour auraient été indispensables. Mais les crédits publics et les bonnes volontés manquaient, les services de l'Etat s'en désintéressèrent comme les collectivités locales et les découvreurs furent bien seuls face aux pilleurs et aux dégradations qui continuaient. Les appels à l'aide et à l'engagement des Monuments Historiques restèrent sans réponse après l'arrêt des travaux de la SHRBL en 1972. Dans les années 1980, un voleur local tenta de faire rouler la clef de voute de la chapelle par le chemin. Il l'abandonna ne pouvant la charger. Il fut vu et reconnu mais ne fut pas inquiété. Elle est depuis mise en sécurité, comme la clef d'entrée de la porte du château.

Il n'y avait alors plus grand chose à nettoyer au début des années 1970, mais il fallait engager des investissements très onéreux pour consolider les parements et les murs déparés, relever et reconstruire ce qui était écroulé. Une tache gigantesque. Ni le Duc de Lévis Mirepoix, ni la Société Historique et Régionaliste du Bas Limousin et encore moins les quelques "Amis de Ventadour" ne disposaient du temps et des moyens nécessaires. Il eut fallu une intervention de l'Etat qui ne vint jamais ou bien un propriétaire consacrant sa vie entière à remonter les ruines pierre par pierre avec des compagnons solides et courageux. C'est ce que fit Pierre Pottier à la même époque à Meyras Ventadour en Ardèche, lorsqu'il eut acheté le site abandonné. (Voir la page sur Meyras). Il ne s'en trouva pas à Ventadorn pour quantité de raisons qu'il est certainement préférable de ne pas évoquer.  illustration : le premier chantier dans l'été 1965 avec de jeunes scouts et étudiants autour de R. Joudoux.

Entre 1974 et 1982, le chanoine Léon Billet qui avait participé à l'épopée de la consolidation et avait suscité Billet 3autour de lui l'amicale des Amis, publia plusieurs ouvrages de qualité sur Ventadour et sur les troubadours (primé par l'Académie française). En 1982 et 1983 il enregistra une série d'entretiens radiophoniques largement écoutés par un auditoire de haute Corrèze et du Cantal car il avait compris l'utilisation des médias modernes; il relança au même moment la SHAV. Il fut le premier de tous, l'inspirateur de bien des passions Ventadoriennes regroupées dès 1979 en Société Historique que le Duc Antoine de Lévis Mirepoix accepta d'honorer de sa présidence. Ses ouvrages permirent à nombre de lecteurs de découvrir l'importance des "ruines" et la haute qualité historique du site. Il faisait partie de ces rares hommes dont le contact est bénéfique et qui laissent un délicieux souvenir bien après leur disparition. (voir l'évocation de sa vie en page de découverte de la SHAV, dans ce site internet)

En 1988, après quelques péripéties originales et parfois assez surréalistes visant à forcer de facto une vente, Ventadour fut très généreusement remis à la commune du Moustier par son légitime propriétaire, le Duc Antoine de Lévis Mirepoix, avec notre trés active contribution. Nous hésitâmes préalablement entre leg à une fondation présidée par le Duc et menant une réhabilitation la plus complète possible, comme à Meyras, ou bien à la collectivité. La première solution, préférée par plusieurs partenaires, ne semblait pas tenable dans le contexte du lieu et du moment... La donation, comportant à la demande du propriétaire la légitime préservation des Droits moraux de la noble maison de Lévis et l'association trés spéciale de la Société des Amis de Ventadour, ainsi que la participation garantie de la SHRBL de Robert Joudoux, fut donc entérinée par contrat et officialisée par signature par devant notre Ami ventadorien Me Claude Vignal, notaire en la ville de Neuvic. De vastes crédits avaient été préalablement accordés suite à notre demande en 1986 et à nos entretiens auprès de M. Jacques Chirac, 1er Ministre, et du ministre de l'intérieur Charles Pasqua qui affecta ensuite des fonds spéciaux, de nombreux élus locaux et fonctionnaires promirent leur aide, chacun put se réjouir d'une renaissance imminente. Une belle fête eut lieu le 8 octobre 1988.  (voire page spéciale sur ce site).

Une plaque en bronze, dont nous transmîmes le texte choisi par le Duc, fut Ventadour plaque origineapposée pour rappeler le geste.

"Le Duc de Lévis Mirepoix et de San Fernando Luis a fait don du château de Ventadour à la commune de Moustier Ventadour le 29 juin 1988.

Les actes de ses ancêtres Ventadour comme la renommée de Bernard de Ventadour appartiennent à l'Histoire de France.

Ainsi le chef de la Maison de Lévis, en confiant ce patrimoine familial à la Corrèze toute entière, a voulu qu'il devienne patrimoine national."

 

Elle fut dévoilée lors de la cérémonie d'octobre. Une main anonyme gratta plus tard les "s" de Lévis, certainement pour colporter localement une fois encore la baliverne de la judaïté supposée du nom de Lévi (Lévy). Ce fut entrepris, entre autres tentatives, pour discréditer et minorer aux yeux d'irréductibles opposants, dation et donateur. 

Certainement ne savaient-ils pas que les Lévis, jouant avec le mythe de la tribu d'Israël, aimaient eux-mêmes à se dire au Moyen-Age cousins de la Vierge Marie.

Bien entendu, la fable moderne véhiculée autour de Ventadorn par quelques artistes de l'amalgame douteux depuis des années n'est pas celle de la référence chrétienne, mais reste purement antisémite. Le blason émaillé était hélas à l'envers en "Gueule et Or", probablement mal conseillé par un acteur local extérieur à la dation ne connaissant guère l'ordre originel des émaux de la première race comme de la seconde, et nous n'eûmes droit à le découvrir qu'au dernier moment.

Il fut ensuite arraché par haine ou pour le voler, puis les vis furent progressivement enlevées, un acide jeté et le texte rayé. La plaque disparut avant la "vitrification".

Depuis, on lit encore régulièrement un peu partout dans des publications ou sur internet que la commune acheta le site en omettant vérité et honnêteté. Est-ce donc si dur à accepter, qu'il faille transformer et manipuler réalité et récit pour justifier oubli et exclusion du geste ? Cela permet d'effacer les évènements antérieurs, la donation, le donateur Antoine Duc de Lévis Mirepoix, l'action centrale de la SHAV, les conditions posées par contrat et tout le reste...

Ainsi sont les hommes.

Ventadorn plaque commemorative 1

 illustration : la plaque commémorative telle que dévoilée lors de la cérémonie (au-dessus) - la même plaque, peu après, mutilée par une main "anonyme" et en partie dévissée, juste avant son enlèvement © SHAV

Des travaux de stabilisation eurent bien lieu après quelques purges de pierres supplémentaires mais, hélas, beaucoup plus tard que prévu et sans ambition de relèvement partiel ou complet comme ce fut le cas à Meyras Ventadour en Ardèche. La voute de la salle de garde ne fut pas remontée, la salle de la tour Est resta dans son triste éat, les couloirs et éventuelles salles derrière la poterne ne furent ni cherchés ni fouillés, l'escalier avec la plateforme en bois tel que réalisé en de nombreux sites pour donner accés à la tour ronde ne fut pas édifié, aucune de nos demandes adressées aux administrations et architectes ne fut entendue. Nous n'eûmes aucune réponse à nos courriers. D'autres que nous furent choisis pour donner leur avis et choix de gestion. Une "cristallisation" eut uniquement lieu, à grand frais selon nous. Chacun sait que cela n'est cependant que provisoire pour 2 ou 3 décennies.

Depuis Ventadour attend et espère…

Donation public tour

​illustration : lorsque les habitants du duché reviennent pour un hommage à Ventadour,  en présence du Duc de Lévis, pour la première fois depuis le XVIIème siècle - 

© Société Historique des Amis de Ventadour

Blason ventadour