les troubadours à Ventadour : escola del trobar

Ebles lo chantaire

Ebles lo chantaire

Ebles II ou "Ebles lo chantaire" est un mystère poétique à lui seul. Si l'on connait bien sa vie seigneuriale qui Ebles iifut pleine d'actions et de tumulte, son oeuvre littéraire est apparemment totalement perdue. Que devinrent ses chansos ? Elles furent bien notées à l'époque mais les archives furent ensuite perdues lors des guerres et sièges, ou bien brûlées dans quelques batailles comme la prise de la forteresse par Geoffroy Tête Noire ou encore lors du pillage et de l'incendie de Ventadour en 1792. Il n'y a plus aucun texte directement attribué, seul demeure le lot des chansons sans noms d'auteur dans lequel se dissimule peut être l'une d'elles, dont une semble très vraisemblable. Cette immense réputation sans manuscrit est d'autant plus frustrante pour l'amateur de l'art des troubadours. Heureusement Jean Mouzat et notre ami Alain Pons ont procédé par déduction et analyse des structures versicales pour finir par retrouver quelques unes de ses oeuvres. Deux semblent hautement probables, une possible et deux hypothétiques (voir la page sur les textes). Quant au personnage, il est vicomte de Ventadour contrairement à Bernartz qui ne le sera pas. Il est né vers 1083, son père est Ebles 1er et sa mère Almodie de Montbron. Il a un frère ainé Archambaut. En ces temps troubles la famille se déchire et son cousin Ebles de Comborn est assassiné par son oncle ; les Ventadour tentent de régler le problème mais n'y arrivent pas, ne pouvant que conserver leur vicomté plus ou moins autoproclamée. Son père meurt en 1095 année de l'appel à la croisade, sa mère peu de temps après, son frère guère plus âgé semble trop jeune pour partir et doit guerroyer contre l'usurpateur de Comborn sur lequel ils ont des droits. Entre les redoutables épidémies du mal des ardents et les combats familiaux, la vie des Ventadour n'est pas facile. En 1101 Ebles reste seul dans son château car son frère Archambaut est parti avec Guillem comte de Poitiers à la seconde croisade dont il ne reviendra pas. Il disparaît à la bataille d'Héraclée le 5 septembre. Ebles qui n'a pas vingt ans devient vicomte et rend hommage au Duc d'Aquitaine et comte du Poitou qui est rentré avec les rares survivants. A Poitiers il rencontre plus qu'un suzerain, un homme de lettre qui chante et versifie. La vie est de retour, on plaisante avec le jeux des gabs, on célèbre la vie et l'amour en termes délicats et non grossiers comme par le passé. La langue choisie est la plus raffinée des langues d'Oc, celle que chacun comprend, qui ne possède pas les outrances du sud dans les intonations : c'est le limousin ! Des joutes poétiques vont opposer les chevaliers troubadours et celui qui se révèle le seul à pour lutter avec Guillaume est justement Ebles. Une amitié, une rivalité aussi, va unir les deux hommes et Ebles ne cessera de correspondre avec son mentor. Sa renommée devient tellement retentissante qu'une école se crée à Ventadour autour du jeune vicomte, l'escola do Ventadorn. En 1121 Guilhem meurt, en 1146 Archambaut fils de Ebles part à son tour en croisade avec la belle Aliénor, petite fille de Guillaume. Le fils du vicomte ne reviendra pas, victime de la maladie ou de l'ennemi. Ebles qui était resté l'inspirateur de la fin'amor décline vite. Il meurt le 29 décembre 1150. Mais son école ventadorienne continue.

Une chanson d'auteur inconnu, parfois classée comme appartenant à Cercamon, mais refusée comme telle par exemple par l'Institut d'Etudes Catalan, est attribuée à Ebles lo chantador par Jean Mouzat et par notre collègue Amis de Ventadour Alain Pons : "per fin'Amor m'esjauzira". Léon Billet, sentant le "style Ventadorn" l'attribue à Bernartz.

Per fin'Amor m'esjauzira - par bel Amour je me réjouirai - B08

Per fin'Amor m'esjauzira  

I

Per fin'Amor m'esjauzira

Tant quant fai chaut ni s'esfrezis;
Toz tems serai vas lei aclis,
Mas non puosc saber enquera
Si poirai ab joi remaner,
O·m voldra per seu retener
Cella cui mos cor dezira.

II

Seignors e dompnas guerpira
S'a lei plagues qu'eu li servis;
E qui·m diria m'en partis
Faria·m morir desera,
Qu'en autra non ai mon esper,
Nuoit ni jorn ni maitin ni ser,
Ni d'als mos cors no consira.

III

Ges tant leu no l'enqesira
S'eu sabes cant greu s'afranquis.
Anc res no fo no s'umelis
Vas Amor, mas ill n'es fera;
E domna non pot ren valer
Per riquessa ni per poder
Se jois d'amor no l'espira.

IV

Ja de dos pes no·m partira
S'il plagues ni m'o consentis,
E sivals d'aitant m'enrequis
Que disses que ma domna era,
E del plus fos al seu plaçer,
De la menzonja o del ver,
C'ab sol son dig m'enrequira.

V

Entre joi remaing et ira
Ades quant de lei mi partis,
Qu'anc pois no la vi qu'ela·m dis
Que si l'ames ill m'amera;
Al re no sai de son voler;
Mas ben pot ma domna saber
Qu'eu morrai si ganre·m tira.

VI

Genser domn' el mon no·s mira,
Bell'e blancha plus c'us hermis,
Plus fresca que rosa ne lis;
Ren als no m'en desespera,
Dieus! si poirai l'ora veder
Qu'eu puosca pres de lei jazer!
Eu non, quar vas mi no·s vira.

VII

Toz mos talenz m'aemplira
Ma domna, sol d'un bais m'aizis,
Qu'en guerrejera mos vezis,
Et fora larcs e donera,
E·m fera grazir e temer
E mos enemics bas chader
E tengra·l meu e·l garnira.

Tenso

E pot ben ma domna saber
Que ja nulz hom de mon poder
De meillor cor no·ill servira.

Tenso

E si·m fezes tant de plazer
Que·m laisses pres de si jaser,
Ja d'aquest mal non morira.

Bernartz de Ventadorn

Bernartz lo trobaire

Bernartz detoure

Bernartz (ou Bernart) voit le jour entre 1130-1135 certainement à la petite Champselve, juste au pied des remparts de Ventadour, et non au moulin du pont Roudal comme on a pu le penser. Ses  parents  sont  domestiques attachés au château, sa mère s'occupe probablement des fours et son père de la chasse, selon Peire d'Avernhe. Il est élevé dans un monde bercé par les mélodies de son seigneur Ebles II. De lui ou de sa femme Agnès de Montluçon, il devra certainement d'être éduqué, peut être remarqué pour sa voix, sa capacité à jouer d'un instrument ou pour sa beauté innocente, à moins que ce ne soit pour ces trois raisons. Certains ont vu en lui un enfant adultérin d'Ebles II ou même de Guillem de Poitiers, ce qui expliquerait la faveur de son éducation car il sait lire et écrire, il voyagera, autant de choses rares en ce temps. Rapidement il compose et ravit la cour qui s'est constituée à Ventadour. On sait qu'il était beau garçon et s'exprimait fort délicatement. L'histoire de sa vie n'est pas facile à démêler et de nombreux événements sont imprécis car aucun document direct ne subsiste, sinon une réputation, une légende et la vida, texte postérieur destiné à un auditoir italien. Deux hypothèses peuvent être retenues. La première, selon la vida, c'est à dire largement remaniée, le laisse tendre jeune homme face à de belles jeunes femmes dont la vicomtesse considérée comme Marguerita de Turenne, épouse de Ebles III, peut être parti à la croisade entre 1147 et 1150. Il se trouve que Ebles III ne resta pas longtemps marié avec Marguerita, veuve d'une première union avec Aymard de Limoges depuis fin 1148. Elle est répudiée après deux ans de mariage seulement (vers 1151) et la naissance de leur fille Matabrune (vers 1150). Bernartz fut-il responsable de cette rupture en raison d'un amour plus que courtois qui alla trop loin dans l'affection ? Aurait il ravi le coeur de sa bien-aimée sensible à son charme juvénile ? La belle s'éprend t'elle ? Le seigneur est-il jaloux ? C'est la version retenue par nombre d'analystes et donc la plus répandue. Le troubadour aurait ainsi été éloigné à cette époque non pas pour ses qualités artistiques mais pour son sens poétique trop poussé. En 1155 il aurait alors rejoint Aliénor d'Aquitaine à Poitiers et l'aurait suivi en Angleterre avant de revenir en France après 1174 lors de l'emprisonnement de l'épouse d'Henri Plantagenêt.

Selon une autre hypothèse, plus analytique et mise en lumière par notre condisciple Alain Pons, spécialiste des troubadours d'expression limousine, Bernartz ne serait pas responsable du départ de Marguerita. Une analyse précise de ses chansos, mise en relation avec les évènements probables, mène à une solution assez différente des propos convenus. Il serait resté à Ventadour après 1151 pour chanter Alaïz (Alix) de Montpellier devenue la nouvelle épouse d'Ebles III (vers 1152). Ils ont à peu près un  âge semblable, approximativement 15 ans seulement, l'âge des émois. Mais la "bonna domna" (bonne dame) dont  il  souhaite  "que  ma  bocha,  que  jeona,  d'un  douz baizar dejeo" (que ma bouche qui jeûne, d'un doux baiser déjeune) se refuse et "me chamja ma razo"  (me change mon affaire ! dit-il). Désespéré car repoussé par la belle et tendre Alaïz, Bernartz semble perdre son protecteur le vicomte Ebles II lo chantador qui meurt sur ces entrefaites en 1150. Il aurait quitté alors seulement Ventadour pour suivre Henri Plantagenêt vers 1154 et fréquenté Aliénor en Aquitaine et à Londres où elle partira. Entre 1155 et 1157 il ne semble d'ailleurs plus composer. Il revient peut-être voir sa belle domna en Limousin avant le Noël de 1157 mais la période est triste. Pourtant il se réjouit d'un baiser obtenu après que la Dame lui ai promi son amour courtois. Alaïz aura un fils nommé curieusement Bernart vers 1158... Mais le couple viscomtal s'est rapproché du très strict Etienne, abbé d'Obazine. L'homme de foi qui est assez fanatique meurt un an plus tard à Bonnaigue près d'Ussel, en pleine terre et abbaye ventadorienne. Alaïs devient-elle plus distante sous son influence et celle de la société, plus religieuse en ce temps de profonde croyance, parfois frénétique et furieuse comme lors du transfert du corps de l'abbé ? Bernart, de fait, repart très vite suivre le convoi qui escorte la fille d'Aliénor pour son mariage dans l'été 1170 en Espagne. Une nouvelle fois il n'a plus de protecteurs : Ebles III est mort en 1169 à son retour de croisade, Ebles IV nouveau vicomte, fils d'Alaïs, est assez loin de l'esprit courtois, c'est une plutôt une brute batailleuse. Aliénor est emprisonnée à Londres en 1174. Bernartz lo trobaire s'en va selon plusieurs éléments évoqués dans ses chansons, en Provence, à Roman et à Vienne où il trouve une "bonne dame" qu'il chante ; mais sans la nommer. Il bénéficie de nouveaux soutiens dans les cours provençales et y poursuit sa recherche éperdue de courtoisie, souvent mal récompensée. Après une période d'absence (on peut penser qu'il est revenu à Ventadour ?), il est définitivement oublié par sa nouvelle protectrice. Fatigué certainement, chassé peut-être, il retourne dans son pays limousin mais sans grand succés non plus. C'est pourtant dans ce pays qu'il se retire en devenant soit clerc pensionnaire, soit abbé d'un prieuré ou d'une abbaye. Est-ce un hazard si l'abbé responsable de Bonnaigue près d'Ussel est un certain Bernart entre 1179 et 1185 ? Bonnaigue est dotée par les Ventadour, il ne faut pas l'oublier. Cette hypothèse plutôt que celle de Dalon est probable car elle semble plus réaliste. Dalon est citée par la Vida certainement suite à une confusion avec Bertran de Born qui s'y retira. Bonnaigue est proche de Ventadour qui fut le lieu de sa vie.  Il s'éteindra assez âgé paraît-il, à la charnière avec le nouveau siècle, on parle de 1195. Faut-il préciser qu'il n'a rien à voir avec l'abbé Bernard de Ventadour enterré à Tulle, malgré les confusions récurrentes dans plusieurs livres et sur internet ?

Il avait été  le meilleur de tous les troubadours et sa réputation fut considérable. La qualité de ses chansons, la pureté de sa langue et son sens de l'art ont tellement marqué ses contemporains que son souvenir a traversé les siècles malgré la perte de beaucoup de ses textes et l'essentiel de ses faits et gestes. Son souvenir a traversé le millénaire avec une image d'honneur, de vertu et de lyrisme du chant limousin. 

Avec lui on a plus de chance qu'avec Ebles II. On a retrouvé quelques copies ! Le problème est que le nombre est discuté et que seule une étude minutieuse permet de trier les textes qui sont certains de ceux attribuables. Notre excellent Léon BILLET avait ainsi un peu exagéré les attributions avec 69+2 ! D'autres évoquent une quarantaine, une trentaine... Alain PONS s'en tient pour l'instant à 25 chansos, 2 Tensos et 16 vers. (voir page sur les chansons de Bernartz).

Can la verz folha s'espan

I

Can la verz folha s'espan

E par flors blanch'el ramel,

Per lo douz chan del auzel

Se vai mos cors alegran.

Lancan ve-ls arbres florir

Et au-l rossinhol chantar,

Adonc deu-s ben alegrar

Qui bon'amor saup chauzir.

Mas eu n'ai una chauzida

Per qu'eu sui cortes e gais.

II

E se tuih el mon garan

Desos la chapa del cel

Eron en un sol tropel,

For d'una non ai talan.

Mai d'aquesta no-m cossir,

Que-l jorn me fai sospirar

E la noih no posc pauzar

Ni-m pren talans de dormir :

Tan es grail' et eschafida,

Ab cor franc et dihz verais.

III

S'eu fos a lei destinan,

E for'eu dins d'un chastel,

Que-l jorn manges un morsel,

Lai viuria sens afan,

Se-m don'aisso qu'eu dezir !

De be far se deu penar,

Car se-m ten en lonc pensar,

No posc viure ni morir.

Ar eslonh en breu ma vida,

Si com ja de mort me trais !

Quand s'épanouit la verte feuille

I

Quand s'épanouit la verte feuille

Et parait la fleur blanche au rameau,

Par le doux chant de l'oiseau

Mon cœur devient allègre.

Lorsque je vois les arbres fleurir

Et j'entends le rossignol chanter,

Alors doit être bien allègre

Celui qui le bon amour sait choisir.

Mais j'en ai choisi une

Par qui je suis gracieux et gai.

II

Et si tous ceux du monde

Sous la chape du ciel

Etaient en un seul troupeau

Seulement d'une j'aurai le désir.

A nulle autre qu'elle je ne pense,

Le jour elle me fait soupirer

Et la nuit je ne peux reposer

Nulle envie me prend de dormir:

Tant elle est gracile et mince,

Avec un cœur  franc et une expression sincère.

III

Si j'étais à elle destiné,

Et que je sois dans un château,

Que le jour je mange un morceau,

Là je vivrais sans peine,

Si elle me donnait ce que je désire.

De bien faire elle doit se soucier,

Car elle me tient en longue attente,

Je ne peux ni vivre ni mourir.

Maintenant s'en accroît ma vie,

Comme avant de la mort elle m'a tiré.

Maria de Turena

La belle et bonne Maria

Maria de ventadourA  Ventadour  la  belle  époque  des  troubadours  s'achevait doucement et Maria de Turenne, épouse d'Ebles V, fut avant 1220 la dernière grande animatrice de l'art courtois. Le début du siècle se rattache encore un peu au XIIème par l'art du trobar. Ainsi Ebles V a-t-il une cour (on dit alors court ) prestigieuse grâce à son épouse, fille de Raymon II de Turenne. Nommée Maria en limousin, elle restera Maria pour la postérité. Elle fut décrite comme "la plus belle dame et la plus prisée qu'il y eut en Limousin, celle qui fit le plus de bien et se garda le plus du mal…". Cette femme exceptionnelle cultivait l'art des troubadours avec talent et alliait sa poésie à son élégance. "Dieu l'orna d'un beau corps plaisant et gracieux, sans  aucun  artifice" (Razo du chant P-C 295 , 1). Maria fut l'égérie de Gaucelm Faidit auquel la dame apporta joie et allégresse autant que déception et douleur pendant au moins 10 années. Elle  entretiendra  des échanges poétiques avec son cousin Guy d'Ussel qui fréquentait Ventadour. Maria et Ebles V se séparèrent après la Pentecôte en juin 1221. Ebles désirait terminer sa vie en entrant dans les ordres en l'abbaye de Grandmont, ce qu'il fit. Maria en fut fort peinée et semble ne pas avoir survécu car elle disparut le 1er janvier 1222. Un magnifique gisant dans le style de la fondation fut édifié vers 1250 en l'église de Soudeilles. Une scène représente l'émouvante séparation des deux époux et la mort d'Ebles devenu moine. Quatre personnages sont représentés. Lors d'une ouverture du gisant, il y a déjà longtemps, on trouva quatre crânes, un gros, deux moyens et un petit. Certainement ceux d'Ebles, de Marie de Limoges sa première femme décédée sans postérité, de Maria de Turenne et d'un enfant mort précocement. Ils reposent encore tous quatre à Soudeilles. 

Gui d'Uissel be˙m pesa de vos

 

I,

Gui d'Uissel beֹm pesa de vos 

Car vos etz laissatz de chantar  

E car vos i volgra tornar

Per que sabetz d'aitals razos

Vuelh queֹm digatz si deu far egalmen 

Domna per drut quan lo quier francamen

Com el per leis tot quan tanh ad amor

Segon los dreitz que tenon  l'amador

II,

Domna Na Maria tensos

E tot cant cujava laissar

Mas aoras non puosc estar

Qu'ieu non chant als vostres somos

E respon vos de la domna breumen

Que per son drut deu far comunalmen

Com el per lieis ses garda de ricor

Qu'en dos amics non deu aver major

III,

Gui tot so don es cobeitos

Deu drutz ab merce demandar

E domna pot o comandar

Mas be deu esgardar sazos

Eֹl drutz deu far precs e comandamen

Com per amiga e per domna eissamen

Eֹil domna deu a son drut far honor

Com ad amic mas non com a senhor

IV,

Domna sai dizon de mest nos

Que pois que domna vol amar

Engalmen deu son drut onrar

Pois engalmen son amoros

E s'esdeven que l'am plus finamen

Els faichs els dichs en deu far aparen

E si ell'a fals cor ni trichador

Ab bel semblan deu cobrir sa folor

V,

Gui d'Uissel ges d'aitals razos

Non son li drut al comensar

Anz ditz chascus quan vol prejar

Mans jonhtas e de genolhos

Domna volhatz queֹus serva humilmen

Com lo vostr'om et el'enaissֹl pren

Eu voֹl jutge per dreich a trahitor

Siֹs rend pariers eֹs det per servidor

VI,

Domna so es plaitz vergonhos

Ad ops de domn'a razonar

Que cellui non tenha per par

Ab cui a faich un cor de dos

O vos diretz e noֹus estara gen

Queֹl drutz la deu amar plus leialmen

O vos diretz qu'il son par entre lor

Que ren noֹil deu lo drutz mas per amor

Gui d'Ussel vous me peinez bien

I

Gui d'Ussel vous me peinez bien

Car vous avez cessé de chanter

Et parce que je voudrais vous y ramener

Puisque vous êtes savant sur ce sujet

Je veux que vous me disiez si elle doit faire à égalité

La dame envers l'amant quant elle le requiert franchement

Comme lui pour elle en tout ce qui  touche à l'amour

Selon les droits qu'observent les amoureux.

II

Dame Marie les tensons

Et tout autre chant je pensais abandonner

Mais maintenant je ne puis demeurer

Sans que je ne chante sur votre invitation

Et je vous réponds sur la dame brièvement

Qu'envers son amant elle doit faire de même

Que lui envers elle sans égard de rang

Car entre deux amis il ne doit y avoir de supérieur.

III

Gui tout ce dont il désire

L'amant doit le demander avec grâce

Et la dame peut l'accorder

Mais en choisissant bien le moment

Et l'amant doit faire prières et commandements

A une amie comme à une dame pareillement

Et la dame doit à son amant faire honneur

Comme à un ami mais non comme à un seigneur.

IV

Dame on dit ici parmi nous

Que si la dame veut aimer

Elle doit honorer son amant de même

Puisqu'ils sont également amoureux

Et s'il advient qu'elle l'aime plus finement

En actes et en paroles elle doit le montrer

Et si elle a un cœur faux et trompeur

Avec un beau semblant elle doit couvrir sa folie.

V

Gui d'Ussel de tels raisonnements

N'ont guère au début les amants

Au contraire chacun dit quand il veut courtiser

Mains jointes et à genoux

Dame veuillez que je vous serve humblement

Comme votre homme-lige et elle le prend ainsi

Moi par droit je le juge comme traître

S'il se fait l'égal après s'être donné pour serviteur.

VI

Dame c'est un jugement honteux

A défendre pour une dame

De ne pas tenir pour pair

Celui avec qui elle a fait de deux cœurs un seul

Ou bien vous direz et cela ne vous fera pas honneur

Que l'amant doit l'aimer plus loyalement

Ou bien vous direz qu'ils sont égaux

Car l'amant ne lui doit rien sinon par amour.

Gui, Elias, Peire et Ebles d'Ussel

Les co-seigneurs d'Ussel sont trois frères et un cousin. Gui d ussel 2

La copie effectuée en 1766 par le marquis d'Ussel sur le cartulaire perdu de l'abbaye de Bonnaigue (actuelle commune de Saint-Fréjoux, canton d'Ussel), permet d'établir la filiation de la famille d'Ussel.

Ils descendraient directement de Guillem de Ventadorn, fils d'Ebles II lo chantador et frère de Ebles III. 

L'abbaye de Bonnaigue a été officiellement fondée en 1157 par les deux frères Guilhem et Peire d'Ussel.

Les quatre troubadours sont Elias fils de Guilhem et Ebles, Gui, Peire, enfants de Johanna d'Ussel qui doit être une sœur des deux autres fondateurs.

Le plus lyrique des quatre est Gui qui nous a légué 7 chansos, 1 vers, 1 cobla, 3 pastorelas et 5 partimen ou jeux-partis. Les manuscrits ont transmis la mélodie de quatre chansons. Par le jeu des contrafacta plus ou moins irréguliers, nous pouvons rendre aussi la musique de la cobla et de quatre partimen. Gui est partenaire du jeu-parti initié par la vicomtesse Maria de Ventadour et il lui envoie trois chansons : P-C 194,1 ; 6 et 11 , ainsi que le partimen P-C 194,18 à la demande de son interlocuteur Elias. P-C 194,6 :

 

"…Na Maria soven                      

M'agratz a ben disen                

                 Mas d'altres n'i a tans                                     

Que noֹi es ops mos chans "         

 

En dehors de Ventadour, Gui fréquente la cour d'Aubusson où vit sa tante à laquelle il envoie les chansons : P-C 194,3 et 19. Rappelons que Matabruna, fille de Ebles III avait épousé un vicomte d'Aubusson une génération auparavant.

Elias, le cousin, est l'auteur d'un partimen avec Gui d'Uissel : P-C 136,1a et d'une tenson : P-C 136,3 avec Gaucelm Faidit, datable entre 1193 et 1198. On y apprend qu'Elias est seigneur de Charlus et qu'il lésine sur la nourriture et les présents. Elias est le partenaire d'un certain Bernart et d'Aimeric de Péguilhan dans les partimen P-C 52,4 et P-C 10,37.

Peire d'Ussel se voit accorder une cobla contre Gui d'Ussel. Sa mélodie, conservée, est empruntée à la chanson : "Se beֹm partetz mala domna de vos" (P-C 194,19) de Gui que Peire commente avec raillerie.

Ebles d'Ussel est l'initiateur de 2 partimen avec Gui d'Ussel (P-C 129,2 et 3). Ebles est le partenaire de Guilhem Guaysmar dans P-C 218,1. D'après une charte datée du 30 mars 1225 (C.Bon.n°51), Ebles a fait enlever du cimetière et transporter dans le cloître où ils ont été enterrés : son père, sa mère, ses frères et son fils Ebles.

Gui de Glotos

Égletons vit naître aussi un troubadour du nom de Gui de Glotos. Trovadores

Nul ne sait s'il fréquenta Ventadour avec ses chansons mais il y alla probablement avec ses marchandises...

Il n'est connu seulement que par un tenson avec Diode de Carlus vers 1207. Aucun autre élément de son oeuvre ne nous est parvenu.

Diode de Carlus (NB : ou de Caylus en Quercy, plutôt que de Charlus-le-Pailloux, près Ussel comme noté en 1904), s'adresse à Gui de Glotos, dans une tenson en forme de question malicieuse sur la nature réelle de son art et Gui lui répond sur un ton badin mais plein de d'esprit.

On nous permettra en revanche de beaucoup modifier la traduction assez rapide faite à l'époque et donnée dans l'article cité qui était :

«Glotos [l'avide), vous me paraissez plutôt un marchand qu'un jongleur. Ne me trompez pas, dites moi franchement votre nom et votre profession.»

«Oui, Diode, je sais acheter et vendre, mais je suis plus empressé de vendre et je suis venu' ici à vous pour vous vendre du mérite, si vous en voulez.acheter.»

par : Diode de Carlus :

En rien vous ne me semblez jongleur

Ce que vous avez fait Gui d'Egletons

Et ne sais pas que penser de vous

Mais dites-moi votre affaire

Quel est votre autre nom véritable

Car vous me semblez marchand

Et si vous l'êtes, ne me laissez pas ainsi pour rien

Soyez sincère et rassurez-moi

et : Gui de Glotos :

Diode, je suis bien marchand

Pour vous vendre je suis plus doué

Pour cela je suis venu à vous

Vendre du mêrite si vous voulez en acheter en revanche

Si vous faite l'affaire

Vous paierez plus ou moins, blanc ou noir

Et si le marché nous convient bien

Autant j'aurais de vous, vous aurez de moi

 

Soit en langue limousine, 

 

DIODE DE CARLUS

En re no me semblaz joglar

Vos que us faiz, en Gi de Glotos,

E nos sia ja schirnilz per vos,

Mas digaz mi lot vostr' afar,

O'I vostr' autre nom verladier,

C'al mal me semblaz merchadier

E si vos es, no'l me celaz per re,

Que us assegur et asseguraz me.

 

GUI DE GLOTOS

Diode, ben sai mercandeiar,

Mas del vendre sui plus coitos, 

Per qu'eu soi sa vengutz a vos

Vendre pretz si'n volelz comprar Pero,

si vos faillon dinier,

Penrai ronzin o blanc o nier,

El s'el mercat nous agrada be,

Tal com aura de vos,aurez de me.

 

in Bulletin Société Scientifique, Historique et Archéologique de la Corrèze - janvier/mars 1902 - page 11 - correction & traduction 2018  Denis et Mariana F. pour SHAV

Gaucelms Faiditz

Gaucelm est prétendument né à Uzerche, en bas Limousin dans l'actuelle Corrèze, à la fin du XIIème ou au début du XIIIème siècle. Selon les sources, ilGaucelm lo faidit vécut entre 1150 et 1205, jusqu'en 1230 dans certains articles fantaisistes, même si l'on peut penser raisonnablement qu'il disparut vers 1205 peu après son retour de la 4ème croisade, car nous n'avons plus de traces de lui après cette date. Certains le voient naître vers 1170, ce qui est bien trop tard car il n'aurait pu faire de tenso avec Bernartz lo trobaire. Plutôt que d'Uzerche, il semble être originaire d'un petit hameau de Donzenac (la Bacalerie) selon une étude de Robert Joudoux, né en conséquence en  terre Ventadorienne. C'était un jongleur à l'origine selon la vida, mais selon Jean Mouzat il était cadet d'une famille noble, cette activité est donc hypothétique s'il est vraiment nait dans une telle famille; il aimait faire bonne chère et bonne compagnie si l'on croit le même texte. Il est spécialiste du partimen, de l'échange poétique avec une bonne dame de cours. Il fréquente Ventadour et Aubusson où il semble être apprécié. Sa réputation en fait un auteur reconnu de son vivant. Son agilité et sa vivacité dans l'art de la fin'amor sont sa marque. Il voyage à travers l'Europe et part en croisade dont il semble revenir en 1205. Il est allé au tombeau du Christ, il a fait son pélerinage et il retourne parmi les premiers, probablement après le massacre d'Andrinople et la capture de l'Empereur Baudouin. Il était accompagnée par une femme nommée Guillelma qui participait à ses créations, belle d'esprit et intelligente. Hélas, la vida qui lui est consacrée, arrange les choses selon la détestable habitude et en fait un portrait moqueur voir méchant.

"Gaucelm Faidit était d'un bourg qui a nom Uzerche et se trouve dans l'évêché de Limousin ; il était fils d'un bourgeois. Il chantait plus mal qu'aucun homme au monde, mais il fit beaucoup de bonnes mélodies et de bonnes paroles. Il se fit jongleur, parce qu'il avait perdu tout son avoir au jeu de dés. C'était un homme très généreux, et il était très glouton pour manger et boire ; aussi devint-il gros outre mesure. Il fut très longtemps malchanceux, ne recevant ni présents ni honneurs ; si bien qu'il alla plus de vingt ans à pied à travers le monde, car ni lui-même ni ses chansons n'étaient bien accueillis ni appréciés. Il épousa une femme de mauvaise vie, nom Guillelma Monja. Elle était très belle et fort instruite, et devint aussi grosse et grasse qu'il l'était. Elle était d'un riche bourg qui a nom Alès de la marche de Provence et de la seigneurie de Bernard d'Anduze".

Gaucelm fréquenta les dames de Ventadour dont Maria de Torena Ventadorn qui fut son égérie un dizaine d'années entre 1195 et 1206. Il laissa un souvenir de troubadour de grande qualité, à l'égal de Bernartz. Se cotoyèrent-ils ? Certainement car Gaucelm était un peu plus jeune mais ils vécurent 30 années communes. Ils auraient même fait une tenso commune AP 70, 19a. De même il dut rencontrer les 4 d'Ussel car il fait un partimen avec Elias d'Ussel, seigneur de Charlus le Pailloux, dont il moque la pingrerie, peu avant 1200.

Gaucelms Faiditz a généralisé l'emploi du décasyllabe copié par les troubadours postérieurs. Sa versification est très raffinée. On sent une excellent culture historique chez lui, rare en son temps chez les troubadours. Il est l'auteur de 10 Vers, 47 Chansos, 2 Partimens, 1 Plaing, 1 Rotrouenge (en langue d'oïl); il fut partenaire d'Elias d'Uisel, de Bernart de Ventadorn, de Geoffrey comte de Bretagne, d'Aimeric de Peguillan, d'Albertet de Sisteron, de Peirol, de Raimbaut de Vaqueiras, de Savary de Mauleon et de Dalfi d'Alvergne. Gaucelm est partenaire de Geoffrey comte de Bretagne (1181 - 1186), dans le plus ancien partimen recensé (ca 1181). Il écrit ce plaing (hommage) après le décès de Richard à Chalus.

Fortz chausa es que tot lo major dan

 

I,

Fortz chausa es que tot lo major dan

E . l major dol las qu'ieu anc mais agues

E so don dei totztemps plaigner ploran

M'aven a dir en chantan e retraire

Car cel qu'era de valor caps e paire

Lo rics valens Richartz reis dels Engles

Es mortz Ai Dieus cals perd'e cals dans es

Cant estrains motz e cant greus ad auzir

Ben a dur cor totz hom qu'o pot sofrir

 

II,

Mortz es lo reis e son passat mil an

C'anc tant pros hom non fo ni no . l vi res

Ni mais non er nulls hom del sieu semblan

Tant larcs tant rics tant arditz tals donaire

Qu'Alixandres lo reis qui venquet Daire

Non cre que tant dones ni tant meses

Ni anc Karles ni Artus plus valgues

C'a tot lo mon si fetz qui . n vol ver dir

Als us doptar et als autres grazir

 

III,

Meravill me del fals segle truan

Co . i pot estar savis hom ni cortes

Puois re no . i val beill dich ni faich prezan

E doncs per que s'esfors om pauc ni gaire

Qu'eras nos a mostrat Mortz que pot faire

Qu'a un sol colp a . l meillor del mon pres

Tota l'onor totz los gaugs totz los bes

E pos vezem que res no . i pot gandir

Ben deuri'hom meins doptar a morir

 

IV,

Ai  valens reis seigner e que faran

Oimais armas ni fort tornei espes

Ni richas cortz ni beill don aut e gran

Pois vos no . i etz qui n'eratz capdelaire

Ni que faran li liurat a maltraire

Cill que s'eran en vostre servir mes

C'atendion que . l guizerdos vengues

Ni que faran cill que . is degran aucir

C'aviatz faitz en grand ricor venir

 

V,

Longa ira et avol vid'auran

E totztemps dol qu'enaissi lor es pres

E Sarrazin Turc Paian e Persan

Que us doptavon mais c'ome nat de maire

Creisseran tant en orguoil lor afaire

Que . l Sepulcres n'er trop plus tart conques

Mais Dieus o vol que s'el non o volgues

E vos seigner visquessetz ses faillir

De Suria los avengr'a fugir

 

VI,

Oimais no . i a esperanssa que . i an

Reis ni princeps que cobrar lo saubes

Pero tuich cill qu'en luoc de vos seran

Devon gardar cum fotz de pretz amaire

Ni cal foron vostre dui valen fraire

Lo Joves Reis e . l cortes coms Jaufres

Et qui en luoc remanra de vos tres

Ben deu aver aut cor e ferm cossir

De far bos faitz e de socors chausir

 

Tornada

Ai Seigner Dieus vos qu'etz vers perdonaire

Vers Dieus vers hom vera vida merces

Perdonatz li que ops e cocha l'es

E no gardetz Seigner al sieu faillir

E membre vos cum vos anet servir 

C'est chose fort cruelle et pire que le plus grand malheur

I

C'est chose fort cruelle et pire que le plus grand malheur

Et le plus grand deuil hélas que j'aie jamais éprouvé

Et ce dont je devrai toujours déplorer en pleurant

Qu'il m'advient à dire et retracer en chantant

Car celui qui de Valeur était le chef et le père

Le puissant et vaillant Richard roi des Anglais

Est mort Hélas Dieu quelle perte et quel dommage

Quel mot terrible et qu'il est cruel à entendre

Il a le coeur bien dur celui qui peut le supporter

 

II

Mort est le Roi et mille ans ont passé

Depuis qu'il y eut et qu'on vit un homme aussi preux

Et il n'y aura jamais homme pareil à lui

Si libéral si puissant si hardi si prodigue

Que même Alexandre le roi qui vainquit Darius

Je crois qu'il ne donna ni ne dépensa pas autant que lui

Et jamais Charlemagne ni Arthur n'eurent plus de valeur

Car pour dire la vérité il sut de par le monde

Se faire craindre des uns et aimer des autres

 

III

Je m'émerveille fort en voyant ce siècle faux et trompeur

Qu'il puisse y avoir un homme sage et courtois

Puisque les belles paroles et les glorieux exploits n'y servent de rien

Et pourquoi s'y efforce-t-on peu ou prou

Maintenant que la Mort nous a montré de quoi elle est capable

En prenant d'un seul coup au meilleur du monde

Tout l'honneur toutes les joies tous les biens

Et puisque nous voyons que rien n'en peut préserver

On devrait bien moins redouter de mourir

 

IV

Hélas vaillant seigneur roi qu'adviendra-t-il

Désormais des armes et des tournois rudes et épais

Des riches cours et des beaux dons magnifiques et grands

Puisque vous n'y êtes plus vous qui en étiez le chef

Et que feront ceux qui livrés à la disgrâce

S'étaient mis à votre service

Et en attendaient que vînt la récompense

Et que feront ceux qui devraient se tuer

Que vous aviez fait parvenir au plus haut rang

 

V

Long chagrin et piètre vie ils auront

Et toujours deuil ce sera là leur sort

Et les Sarrazins les Turcs les Païens et les Persans

Qui vous craignaient plus que tout homme né de mère

Verront tant s'accroître leur orgueil et leur entreprise

Que le Saint Sépulcre n'en sera conquis que bien plus tard

Mais Dieu le veut ainsi car s'il ne l'avait pas voulu

Et que vous seigneur eussiez vécu il est hors de doute

Qu'il leur eût fallu s'enfuir de Syrie

 

VI

Désormais il n'y a plus d'espérance qu'y aille jamais

Roi ou prince qui puisse le reconquérir

Cependant tous ceux qui seront à votre place

Doivent considérer combien vous aimiez la gloire

Et ce que furent vos deux vaillants frères

Le Jeune Roi et le courtois comte Geoffrey

Et celui qui restera à la place de vous trois

Bien doit avoir  le coeur haut placé et le ferme soucis

D'accomplir de hauts faits et de porter secours

 

Envoi

Ah Seigneur Dieu vous qui êtes vraiment miséricordieux

Vrai Dieu vrai Homme vraie Vie pitié

Pardonnez-lui car il en a besoin dans sa détresse

Et ne considérez pas Seigneur ses fautes

Mais qu'il vous souvienne comment il alla vous servir