la vicomté (V) : de la Triouzoune vers le haut plateau d'Ussel

Millevaches 1

Carte relief vicomte 1

Avec les vallées de la Triouzoune et de la Diège et leurs affluents, se termine la visite du duché. Nous sommes dans le haut pays, non pas en terme d'altitude car les Monédières d'Egletons et les Millevaches meymacoises sont plus élevées, mais en direction. 

Il s'agit des terres du Nord, celles d'Ussel. La vallée de la Triouzoune concerne essentiellement Neuvic et Saint Angel. Celles de la Diège et de la Sarsonne sont d'Ussel.

De la Triouzoune au plateau de Millevaches & Le haut plateau d'Ussel.

à Nou vic - Neuvic,

Très grande paroisse de 7500 ha, dont le nouveau bourg n'est pas si nouveau que cela.

Des implantations gallo-romaines y sont présentes dans les environs et selon toute probabilité la cité abrita un habitat ancien. Son site sur-élevé, à 635m d'altitude, son chemin entre Saint Flour et Limoges croisant celui d'Aurillac à Aubusson ainsi que la proximité des vallées de la Dordogne et de la Triouzoune, plaident en la faveur d'une occupation pré-médiévale. La première impression que l'on a en venant à Neuvic, par la route de Ventadour en particulier, est l'ouverture sur l'Auvergne avec une vue impressionnante sur la Haute Auvergne que l'on semble toucher et dont on ressent presque physiquement faire partie, tant elle est proche. Jusqu'à il n'a pas si longtemps, avant guerre dirons-nous, les neuvicois se disaient gens d'Auvergne, tout comme à Bort, Lapleau, Egletons, et même parfois à Brive. La limousinité était ressentie comme une filiale des peuples des montagnes du centre parmi d'autres. Ce ne fut qu'après 1970 qu'elle fut affirmée comme identité propre avce un succés très relatif. Désormais les technocrates et les politiques nous expliquent tous les avantages de la cause commune Aquitaine, une sorte de retour aux sources médiévales en quelque sorte. C'est justement à cette époque que Neuvic devint ville murée, avec ses trois portes et remparts notés dès le XIIIème siècle, quatre consuls et ses franchises remises par Ebles VII de Ventadour en 1300, confirmées en 1345 par son fils pour Novovicus. C'est une des quatre villes d'origine de la vicomté.

Carte ussel

Neuvic 2

Neuvic

Neuvic était intégrée dans la châtellenie de Ventadour pour partie et dans celle du Peyroux d'autre part. Neuvic egliseBizarrement, l'église Saint Etienne était hors des murs, seule au sud, avec le cimetière, sous la porte Saint Dominique donnant vers Mauriac. Au XIXème siècle elle possédait encore un vitrail avec les armes de Ventadour. Les autres portes étaient au nord, une vers l'est et Bort, l'autre à l'ouest vers Ussel (porte de la Brèche). En face de l'église, sur un rocher, une maison forte certainement, sorte de repaire, fut peut-être celle d'un prieuré ou des seigneurs de Neuvic de Champiers au moins jusqu'au XVème siècle, puis de la cure (ex maison Bayle). Ce châtelet, chastel, repaire, était hors du bourg, plus ou moins intégré dans les remparts ouest ou face à eux. Neuvic conserve quelques vestiges de ses fortifications. Celles-ci courent en contrebas de la maison des Dupuy de Marqué et se prolongent rue Saint Dominique. Trois tours jalonnent le parcours des remparts : la tour de l’Hôtel Saint Maixent - la tour des Cinq Pierres, qui accueille aujourd'hui le siège de l'Office de Tourisme, et qui doit son nom à cinq pierres insérées dans la construction, sans doute toutes issues du château proche maintenant disparu, et représentant un mouton, un chien, un taureau, un oiseau et un troupeau de brebis - la tour Veilhan, enfin, visible depuis la rue du Commerce. Les seigneurs du lieu étaient les Neuvic Champiers, de Palisse. Parents avec les Roger, ils s'allièrent en 1360 avec les d'Ussel (via la fille de Maragde) qui leur apportèrent le Boucheron, en 1377 avec les Valon de Gigouzac puis en 1453 avec les Beynette d'Ambrugeac. Ils vont former plusieurs branches de la noblesse locale dont la maison des Valon d'Ambrugeat va perdurer jusqu'à la fin du XIXème siècle en prenant la préeminence sur les autres rameaux selon la technique des Valon, dite du "coucou étrangleur". On retrouvera cette famille en résidence à Saint Angel et Ussel avant Saint Priest. Ceux de Palisse, a priori en branche cadette, resteront installés à Champiers et devront quitter leur repaire lorsqu'il tombera en ruine, comme beaucoup de petits seigneurs paysans.

Lors du mariage de 1377, les Neuvic transmettent divers biens en dotte de leur fille Florence. Leur maison forte dite de "lo mur mural", ou de "la motte" par l'historien Champeval, devait être on l'a vu dans des murs hors remparts, soit à la place de l'ancienne cure soit à celle de l'ancienne gendarmerie.  Divers domaines furent également transmis à cette occasion : Servaleix, la Malaudie, Fournaud, Loche, Fontloube, Béchefave etc.  

Neuvic avait obtenu le statut de ville en 1300 de la part d'Ebles VII et son petit-fils, Bernart, les confirma en 1345 avec les franchises viscomtales qui imposaient 4 consuls à Novovico

Un peu plus tôt, au XVIème siècle, une autre maison noble, celle des Veilhan de Penacors quitta l'ancien château fort et construisit un hôtel dit de Saint Mexan. Le nom de Veilhan de Penacors reste attaché à une autre maison, dont la tour sur les rempart fut conservée. Les Dupuy de Marquès étaient juges de la sénéchaussée et firent construire à côté de l'hôtel de Saint Mexan. N'étaient-ils point liés à Aymerigot Marchès, routier noble et aventureux de la maison d'Ussel à l'époque de Geoffroy ? 

Les remparts furent mis bas au XVIIIème s. pour permettre l'agrandissement du bourg. Autres maisons nobles : hôtel de Laselve (XVIIIème) et château d'Ussel (détruit et reconstruit) par alliance aux Lacoste de Giraudeix, juges généraux au Duché. visite du par arboretum du château des comtes d'Ussel > http://www.larboretum-neuvicdussel.com/

Neuvic posséda un couvent des Cordeliers lié aux franciscains. Il n'était pas établi dans la cité mais au creux d'un élargissement de la vallée de la Dordogne, au bord de la Neuvic saint projetrivière, à Saint Projet le désert. Ce fut une création de Louis de Ventadour et de son épouse Catherine de Beaufort en commun avec le seigneur de Scorailles de Roussille de Lamazière Basse. Cela se passait en 1481 ou 1488, un 28 avril, et fut acté en 1489. Les témoins étaient le seigneur d'Anglars et de Charlus, Georges d'Ussel, et un damoiseau de arcillac, Charles de la Beyssarie. Le lieu était abrité des fureurs habituelles, bénéficiait d'un climat doux et ressemblait à un val béni, comme Val Beynette au-dessus. Catherine s'y fera enterrer mais sa sépulture retenue comme très belle fut hélas ravagée par les révolutionnaires de 1790. Le couvent possédait une chapelle avec les blasons des fondateurs, un petit cloître et un bâtiment conventuel pour héberger les religieux. Les guerres n'épargnèrent pas le site au XVIème siècle. Les troupes de Coligny père y passèrent en opérant leurs ravages lorsqu'elles remontèrent la Dordogne en 1559 puis en 1574 (certainement l'armée de son fils venant de Bergerac). Le duc de Ventadour y installa un détachement pour surveiller le port et le passage. Il y était toujours en 1579. Le couvent n'était pas très important juste avant la révolution car il ne restait que 3 ou 4 prêtres et 1 ou 2 frères converts assez dénués de richesses. On peut supposer une perte de dynamisme au XVIIIème siècle. Les pillards passent en 1790 et les biens sont vendus. Les derniers moines sont partis en 1791 en refusant de prêter serment de fidélité à la Constitution civile. Les habitants des lieux investissent les bâtiments, en ruinent une bonne part et le tout ou à peu près retombe en état en friche avant 1860. La famille d'Ussel rachète le site et engagent de profondes réparations, menées par le père Serres et les soeurs entre 1861 et 1881. 

La mère supérieure racontera le reste dans un document de 1941 : "En Juillet 1864, elle peut être rendue au Culte. Ensuite, la même famille acheta une partie du Monastère, puis en fit don au bon Père SERRES en 1872. Celui-ci fit acquisition du reste Neuvic saint projet 2 jpgauprès de ses occupants en 1872, et c’est ainsi que ce domaine passa à la Congrégation des "Petites Sœurs des Malades".

Aussitôt commencèrent les réparations, travail énorme qui dura une quinzaine d’années. Presque tout était à l’état de décombres dans lesquels s’enchevêtraient les ronces et les arbustes. Une grande partie des toits gisaient à terre, les poutres étaient brisées, les pierres de taille des portes et des fenêtres avaient été enlevées.

Seule la construction Nord était habitable. On refit d’abord les toits. Le bon Père, aidé de la mère fondatrice et des sœurs prêtèrent un concours actifs aux ouvriers, car la Congrégation était très pauvre, et ne pouvait assurer de trop fortes dépenses de main d’œuvre. Ils s’employaient donc au déblaiement des matériaux, puis à tirer le sable de la rivière, à fondre la chaux, à ramasser la pierre pour les porter aux maçons. Avec une énergie et une constance remarquable et infatigables, la pelle et la pioche à la main du matin au soir ils poursuivirent pendant dix ans ces grands travaux. Tout doucement, l’antique monastère renaissant.  

Illustrations : le site de Saint Projet vers 1900 - rive gauche de la Dordogne © SHAV - le couvent à droite du pont ©André Cormon

On suivit en tous points le plan primitif conservant ou rétablissant les divisions intérieures, de sorte que ce sont les mêmes corridors, les mêmes cellules, le même réfectoire, la même cuisine qu’autrefois. On releva tous les bâtiments, on refit les murs d’enceinte et, à côté du portail d’entrée, on construisit une maisonnette devant servir d’hostellerie. Puis toujours à l’œuvre, le bon Père SERRES et ses religieuses défoncèrent le jardin et le vieux verger, arrachant des arbres et des rochers énormes, transportant la terre pour égaliser le sol, plantant des arbres fruitiers. Tout en procédant à ces réparations, le bon Père faisait l’acquisition de terres, de châtaigneraies, de bois, de prés, qu’il fallait aussi, au prix de grandes peines, remettre en état et il reconstruisait ainsi le domaine démembré.

​Dans la contrée, on s’étonnait du travail que fournissaient les sœurs. Les ouvriers les admiraient, mais les personnes du ​monde ne pouvaient admettre que les religieuses s’adonnassent à de semblables labeurs. On les critiquait beaucoup, néanmoins, ​elles ne se laissèrent pas décourager. La restauration de Saint-Projet était donc accomplie, les bâtiments avaient été refaits selon toutes les exigences de la pauvreté monastique. Seuls, le cloître, d’une valeur artistique, et l’église tranchaient sur le reste, comme on peut le constater. Celle d’un joli gothique, de proportions élégantes, à voûte élancée, se développe sur trois amples travées que flanquent en croix deux chapelles et que termine à l’est un sanctuaire à cinq pans. Le bon Père la fit garnir en 1882 de vingt-quatre stalles de chêne sculpté dont les hauts dossiers lambrissent le chœur, de trois autels, d’une belle chaire, d’une table de communion et d’un confessionnal dans le même style. En 1880, il y avait fait poser des vitraux d’art exécutés par un maître verrier de Rouen. Dans l’ensemble elle produit le plus heureux effet. Du sol au toit elle fut donc réédifiée par le Père SERRES qui y mit tout son cœur et son goût artistique. Il ne recula devant aucune dépense, secondé par de généreux bienfaiteurs. La dernière construction fut celle du Cimetière, en 1881".

Très vite le lieu fut trop exigu pour le nombre de soeurs arrivant. Un second site fut choisi sur la rive auvergnate pour abriter une Thébaïde moderne et vaste (aujourd'hui tristement abandonnée et tombant insensiblement en ruine) et la maison mère s'y transféra. Saint Projet conserva une vocation de maison de retraite sanatorium pour les religieuses âgées. Hélas, le bouleversement des temps dits modernes arriva et un projet de grand barrage fut mis en place à l'Aigle, sur la route d'Egletons à Mauriac. Il entraînait la submersion de la vallée et de ses villages dont le couvent. Le dernier office fut célébré en 1943, des lachés d'eau intempestifs des barrages hâtèrent la destruction et en 1945 tout était fini. Des fenêtres gothiques du coeur et une porte blasonnée furent transportées à la demande de Henri Queuille sur un angle de rue vers le lac de la Triouzoune. A Saint Projet, un pont suspendu surplombe désormais les eaux sombres qui ont envahi le cloître et son clos ainsi que le village. Pour en savoir plus :  http://andre.cormon.fr/le-monastere-de-saint-projet-du-desert/

Pennacorn ou Pénacors est autre seigneurie de Neuvic. Son nom semble celtique selon M. Huot, de Penn (tête) et corn (coin).  Elle est implantée sur une hauteur au-dessus de la cité, à 660 m. d'altitude et 1km du bourg. Pénarcorn semble dater au moins du XIIIème siècle, et l'on trouve ensuite un seigneur Hugues Seguin de Pénacort (décidement toutes les orthographes sont permises) marié avec une demoiselle Gaillarde de Fleurac (Ydes dans la Haute Auvergne). Le château possédait un plan auvergnat avec un corps central et quatre tours rondes. Il devait être très proche de l'architecture de celui de Davignac. Aujourd'hui ne restent hélas les bases de deux d'entre elles à l'Ouest, et une maison sur le corps du logis. Son panorama est remarquable : d'un côté, à l'Est, l'Auvergne apparaît toute proche avec le pays de Mauriac et les sommets, alors qu'à l'Ouest, les Monédières d'Egletons et les Millevaches de Meymac sont bien en vue. La position de surveillance est évidente dans sa fonction. Mais on ne sait s'il surveillait la Luzège ou la Triouzoune ou bien les deux...

Par alliance avec les Séguin, arrivèrent ensuite les Veilhan qui furent rapidement célèbres en Limousin. Rigaud était baron et commandait vers 1550 le ban et l'arrière ban de la noblesse limousine (vassaux directs du Roi et leurs propres vassaux, dits arrières vassaux). Il aurait ensuite été élu député de la noblesse aux Etats généraux d'Orléans en 1560, où mourrut le jeune Roi François II. Rigaud avait épousé Charlotte de Maumont, de Rosiers. Cette belle jeune fille avait été fille d'honneur de la reine Eléonore, 2ème femme de François 1er. Elle était devenue la bien-aimée du jeune dauphin François. Las le dauphin succomba d'une pleureusie ou d'un empoisonnement, nous dit-on dans plusieurs ouvrages, après une nuit fougueuse avec Mademoiselle de L'Estranges, dont les ancêtres étaient à Lapleau et grace aux Roger s'étaient bien élevés en deux siècles. Elle également semblait être demoiselle d'honneur de la Reine. Est-ce la même demoiselle, ou bien deux du pays dans le lit du futur Roi ? Ainsi désolée, Charlotte se serait retirée à Maumont puis mariée avec Rigaud dont elle eut au moins un fils qui devint chevalier de l'ordre du Roi, capitaine d'une compagnie d'hommes d'armes et se maria avec la fille du Président du Parlement de Bordeaux, Mlle de Roffignac. Gabriel de Penacorn, certainement ce fils, mena ses hommes avec les autres seigneurs du secteur pour défendre Ussel contre les troupes protestantes de Gaspard le Loup, selon les directives données par le duc de Ventadour. Vers cette époque, en plein XVIème siècle, ils partirent habiter leur résidence dans Neuvic. Un autre Gabriel, un siècle plus tard, fut plénipotentiaire dans le conflit entre Mazarin et Retz à partir de 1651. Il mit dix ans pour arriver à un accord et fut largement remercié par une charge à Vic le Comte. Curieusement on retrouve deux hommage certainement partiels à la maison de Turenne en 1519 et 1672, certainement en vestige d'une vassalité plus ou moins entière avant Ventadour. Sa fille unique épousa un Cosnac et les Pénacorn fusionnèrent. Leur petite fille devenue Duchesse de Gueldre vendit Penacorn vers 1698. Vers 1850, l'église de Neuvic possédaient encore dans ses vieux vitraux le blason des Ventadour et celui des Veilhan "de gueule à trois croissants montant d'argent". Ils ont disparu depuis et certainement été détruits. Dans la ville les hôtels de Veilhan et de Saint Maixent qui leur succédèrent à Pénacorn, existent toujours. Dès le XVIIIème siècle la forteresse commança à se délabrer.    illustrations : ruines de Pennacorn à Neuvic, ce à quoi il pouvait plus ou moins ressembler avant remaniements (par exemple un château type auvergnat - Auzers) cop SHAV

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Auzers medaillon

Mialaret fut une seigneurie entre Neuvic et Lamazière basse, certainement assez tardive, des de Plaignes puis des Chastagniers. Un joli castel XIXème fut érigé à la place d'un manoir plus ancien, du XVIème siècle, par M. Râoul Calary.  actuellement château hôtel > http://fr.lemialaret.com/

Antiges, ruines d'un ancien manoir des Douhet puis Mérigonde de Saint Maixent, disparue

Aubessanges, ancienne seigneurie d'un Pierre d'Albussangis notée en 1294, disparue

à Sent Ange - Saint Angel,

Saint angel chateau

dessin montrant le prieuré dans son état du XVIIème siècle, avec à droite la résidence fortifiée du prieur et à gauche la château laïc, ci-dessous vue du sud  

Saint Angel est située en bordure de la petite rivière de la Triouzoune au nord de Neuvic, à 650m d'altitude. Un éperon naturel domine d'une vingtaine de mètres la confluence du cour d'eau avec le ruisseau de la Guéride. Il dut y avoir en ce lieu un établissement cultuel plus ancien, un oppidum ou un castrum, en raison de la topographie naturelle du site. Dans la seconde moitié du VIIIème siècle, le comte de Limoges Roger et son épouse Eufrasie auraient fondé l'abbaye de Charroux dépendant de Poitiers. Un monastère situé à Saint Angel aurait été versé à titre de dépendance. C'est au milieu du XIème siècle que le monastère apparait dans une lettre papale. Le prieuré fut élevé, renforcé et modifié au cours du temps, l'essentiel étant du XIIème siècle pour l'église, et du XVème siècle pour le bâtiment conventuel qui jouxte. (voir page du site sur les établissements religieux)

Une seigneurie laïque cohabita avec le prieur, lui même disposant de ses propres droits. Le château se situait face à l'entrée de l'église Saint Michel des Anges, sur sa motte Nord-Ouest. L'ensemble du piton rocheux fait moins d'un hectare et abritait ainsi l'église, le prieuré, la résidence fortifiée du prieur face au monatrère, le château laïc, le cimetière et un jardin potager ! Le tout de bel facture et grande dimension... Le logis du prieur consistait en un donjon carré de trois niveaux avec une tour d'entrée faisant office d'escalier et une échaugette, si l'on en croit la représentation faite à la fin du XVIIème siècle. Une autre aquarelle montre en revanche une double tour ronde, dont une semblable à celle du bâtiment conventuel... Un plan fut dressé.

Le château laïc est plus délicat d'interprétation, les deux dessins n'étant pas fait sous le même angle. Malgré tout, les traits restent semblables : un grand donjon carré, avec deux tours carrées et deux corps de logis liés aux tours dont un, face à l'église, doté d'une échaugette. Le logis et une tour possédaient des fenêtres à meneaux. Une porte fortifiée donnait accès au plateau commun, l'enclos, aux deux seigneuries et le château laïc semble avoir eu lui-même sa porte d'accés interne à la cours. Des murs entouraient le piton. 

Saint Angel sera souvent victime des guerres au titre de son prieuré et de sa seigneurie, bien entendu confondus dans les conflits. Au XIIème siècle un chevalier Lobar au service des anglais prend et pille le lieu ; cela recommence au XIVème siècle mais ils y restent et le Duc Louis II de Bourbon vient d'Auvergne en 1375 pour extirper les occupants. Il négocia une journée durant puis mit le feu au toit de bardeau du prieuré qui brûla avec l'église entièrement. Chevaux et valets périrent. Les anglais se replièrent en une tour forte (celle du prieur ou du château) et l'on ne put les déloger tant elle était délicate à prendre. Une tentative vit mourrir un proche ami du Duc, Jehan de Digouin. Il fallut promettre la vie sauve pour que les occupants s'en aillent, "bâton à la main", c'est à dire délestés de leurs épées et peut-être fait prisonniers. Le fanion du Duc fut hisser sur la tour. En 1412 les anglais revinrent et ruinèrent le château, hormis la tour donjon. Un de leurs routiers, Rodrigue de Villandrando, survivant des équipes de Geoffroy et Aymerigot, s'empara et pilla une fois de plus le château de la paroisse qui s'appelait encore Saint Fréjoux le Mineur. Rodrigue travaillera ensuite pour le roi de France, non loin à Saint Exupéry...

Les anglais à peine partis, les luttes religieuse commencèrent entre catholiques et réformés dès la fin du XVème siècle. Saint Angel est au centre des convoitises des deux camps, les seigneurs du lieu étant souvent opposés aux gardiens du prieuré dont l'état déplorable se dégradait toujours Saint angel 2plus. Il fallut attendre 1657 pour que 7 religieux de Saint Maur reviennent et remettent de l'ordre comme à Meymac. Ils restèrent jusqu'en 1789. Les grandes peurs amenèrent confusion et excitation à un point maximum et les religieux s'enfuirent. Le prieuré devint pendant la Terreur une prison pour les malheureuses femmes de la noblesse de haute Corrèze. 

De son côté, le château laïc était à l'origine remis aux défenseurs du prieuré choisis par l'abbé de Charroux qui recevait hommage, ce dont les Ventadour s'offusquaient et qui leur permis de justifier quelques attaques sournoises. Les seigneurs de Mirabel furent choisis et qualifiés de Comtors, sorte de seigneurs importants titulaires d'une châtellenie mais gratifiés d'un titre inférieur à celui de viscomtal (vicomtal en français actuel) comme nous subodorons pour Ebles 1er. Ils étaient en place au XIème siècle. Alliés aux Comborn dès le XIIème s. ce fut un gendre du seigneur de Rochefort en Auvergne qui reprit la châtellenie vers 1300. Ils choisirent semble t'il le parti de la Réforme, participèrent aux combats et finirent ruinés et dessaisis de leurs biens restant peu après 1630. Les Champiers, de Palisse, furent un temps co-seigneurs et un des leurs, Bernard avait été prieur au XIIIème siècle et créé une vicairie. Mais ce furent les Clary qui rachetèrent le tout au début du XVIIème s. Ils venaient de Clermont, n'habitèrent que très peu le château et furent en démélés constants avec les prieurs. Le château tombait en mauvais état dès cette époque et la révolution attisa la fin après la confiscation des biens. En 1789 déjà la grande peur avait provoqué des rassemblements et les seigneurs de Lavaux et de Roussille venus en renfort avaient failli être exécutés. Mirabeau "tonneau" les sauva auprès de la constituante. Ce qui restait (était-ce déjà des vestiges ?) fut mis à bas après le pillage du 10 brumaire an III, son saccage et la vente des débris. Il ne reste aucune trace du château, sinon deux gravures bien utiles pour se représenter l'ensemble extraordinaire du site de Saint Michel des Anges qui reste un des plus remarquables du bas-Limousin. Img 20181030 0002Saint angel 2

les vallées de la Diège et de la Sarsonne du pays d'Ussel.

Saint Angel est la porte d'entrée du pays d'Ussel lorsque l'on vient par le sud de Tulle et de d'Egletons, donc de Ventadour. Le relief s'applatit, Millevaches semblant succéder aux monts des Monédières et aux encaissements des affluents de la Dordogne. Les  rivières deviennent presque paresseuses, les collines se modèrent, nous sommes dans la marche de la basse Auvergne et des Combrailles. La Diège est l'armature avec ses affluents de ce pays du nord de la vicomté.

La vallée de la Diège justement méritait une attention toute particulière, aujourd'hui bien oubliée, avec une suite de fortifications serrées.​

à Saint Pardoux le Vieux

Confolent à la confluence de la Liège et de la Diège, véritable point de limite de la vicomté de Ventadour , car malgré l'expansionnisme Ventadorien de l'excellent chanoine Billet on passait au delà dans la vicomté des Comborn et Rochefort en gardait la limite… mais de l'autre côté pour les Comborn qui avaient conservé la frange nordique du territoire de Sornac, les seigneurs de la Marche étant juste au-dessus.

Dans un paysage initialement de landes et de bruyères aujourd'hui très boisé, à 700m d'altitude, le château de Confolent se situe en réalité 700m au sud de la confluence de la Diège et de la Liège. Il y avait deux chastels, l'un supérieur et l'autre inférieur, selon J.B. Poulbrière. La première châtellenie domina et fut titrée baronnie par les Ventadour qui recevaient hommage. L'enclos comprenait une tour carrée et un corps de logis avec une cave voûtée, une salle et une cuisine, à l'étage une salle haute dite "de Ventadour", un escalier, une chambre de laquais, au troisième niveau une grande salle dite "de Rochefort", une petite tour à deux pièces, une autre tour... La famille de Confolent laissa place au XVème siècle aux Saint Aignan de la Gastine (de Saint Rémi) puis par mariage aux Roquefeuille vers 1628 d'où une succession de propiétaires qui laissèrent le chastel tomber en ruine insensiblement. Il restait visible, il y a peu encore, une entrée d'enclos, la base d'une tour carrée et quelques fondations. Ne se visite pas

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illustration : photo Léon Billet © SHAV

Le repaire de Chavange aujourd'hui disparu, de Saint-Pardoux-le-Vieux, aurait appartenu à la famille de La Farge de 1473 à 1519.

Enfin, Lignareix, paroisse aujourd'hui fusionnée mais commune encore existante, avait une seigneurie du même nom au XVIème siècle qui passa aux Mirambel de Saint Rémi.

à Senc Remi - Saint Rémy

un seigneur de Saint Rémi existe en 1062 puis un Eymeric du même nom en 1181. La seigneurie est-elle au bourg ? Dans un des repaires voisins ? Nul ne sait. En 1326 Robert 1er de Charlus rend hommage à Ventadour au nom d'elle, puis les Saint Aignan de la Gastine s'en attribue le titre, enfin les Dupuy de Mirambel.

la Gastine, siège de seigneurie défendue par un étang, appartint aux Saint Aignan dont certains passèrent à Herment en Auvergne. Ne s'agirait-il pas des Saint Aignan qui rachetèrent l'hôtel de Ventadour à Paris vers 1713 ?

à Mirambel le château dominait avec ses puissantes fortifications la Liège, non loin de Sornac, en surplomb d'une petite confluence. Des ruines défaîtes de la baronnie qui finit en marquisat en 1789, le dernier vestige debout était la tour qui s'effondra avant 1880. Il ne reste que la pierre blasonnée de la porte principale, un écu incliné d'argent à trois miroirs au naturel de gueules, soutenu par deux angelos et couvet d'une curieuse coiffe. Un Mirambel emprisonna Ebles IV après un de ses méfaits et le relacha contre amende. Il appartint à ces puissants seigneurs éponyme vus à Saint Angel puis aux La Chassagne au XIVème. On retrouvera les La Chassagne à Champagnac d'Egletons (la Noaille) plus tard, avec leur blason. Au XVIIème siècle le fief passa à une famille qui se ruina et le revendit aux Ventadour, ne pouvant plus payer l'hommage. Les Du Puy rachetèrent ensuite. Le dernier gentilhomme de Mirambel en ligne directe (Jean Louis), né à Saint Rémi, fut exécuté Place de Grève le 19 octobre 1792 pour avoir voulu émigrer. Il avait 19 ans. Saluons sa mémoire.

MirambelBlason des barons de La Chassagne de Mirambel à Saint-Rémy, dernier vestige d'une puissante seigneurie

Madiolet fut un fief des Du Puy, tout comme La Chassagne, berceau de la famille éponyme.

Notons l'influence des Roger des Beaufort possesseurs de fiefs via Herment et qui prirent premier hommage pour Mirambel par acte royal de 1351. 

Enfin, aux sources de la Sarsonne, Châteauvert contrôlait en altitude le nord de la vicomté, dans l'actuelle Creuse, à Saint Martial le vieux. Une tour largement remaniée subsiste.

à Usse - Ussel 

d'origine celtique vraisemblablement, Ussel fut romanisée comme tous les lieux environnants lors de la conquête de la Gaule. Elle possédait son cardo et son décumanus qui la structuraient. Le petit bourg fut intégré avec son territoire dans le duché d'Aquitaine puis à la vicomté de Comborn au Xème siècle. L'éloignement de la boucle de la Ussel aerienVézère ne dut pas lui valoir les faveurs des vicomtes plus intéressés par Tulle et les vallées de la Vézère et de la Corrèze. L'établissement du repaire de Ventadour rapprocha un peu plus leur autorité d'autant que de nombreux autres castrii se renforceaient autour de la cité. Elle même possédait sa propre motte au sommet de la petite butte qui domine à 640m d'altitude la confluence de la Sarsonne et de la Diège, au-dessus des près abrités au creux d'un vallon et bien protégés des frimas hivernaux. Le croisement des chemins venant de Mauriac et de Tulle vers Aubusson et Clermont renforçait son activité économique. La présence d'un point fort rassurait la population. La scission de la vicomté de Comborn ne dut pas trop marquer les esprits car un Comborn restait à Ventadour. Tout au plus un sentiment de jalousie consulaire se mit en place vis à vis de Tulle, la cité des moines et d'Egletons, celle des vicomtes. On commença vite à chercher à discuter et à négocier. Les remparts s'étaient transformé de palissade en bois en mur avec fossés et, dit Froissard, en douves pleines d'eau. Une miniature des chroniques de Jean Froissard conservée jusqu’à la dernière guerre fut hélas perdue lors des bombardement sur l'Allemagne à Breslau, elle représentait le château avec l’ensemble de la ville. Peut-être fut elle copiée ou photographiée ? Dans l'enclos, la cité pouvait prospérer. Cinq portes existaient, comme en bien des lieux : de Séclide au Nord (ferrée), des vicomtes au Nord-Ouest (de Masset), du Thuel à l'Ouest, du Ché au Sud et de Bourbounoux (du faubourg) à l'Est. Un château remplaça vite la motte de l'actuelle place du marché. Les immeubles devenaient plus cossus et les faubourgs s'agrandissaient hors des remparts. Il y eu même quelques bâtisses fortifiés comme au Charlar "le Barry" ou peut-être au gué sur la Sarsonne. Illustration : le centre ancien d'Ussel avec la maison sénéchale en haut à gauche. © Chareyron LM

Le problème était qu'Ussel subissait une co-seigneurie en raison d'influences et de droits anciens partagés entre plusieurs dignitaires : déjà les Comborn n'étaient qu'à 24/36ème de droits. Les Ventadour reprennent alors ces droits et partagent la mouvance avec Herment pour le reste jusqu'au XIVème siècle, puis avec le Roi ensuite. Par héritage, les Ventadour d'Ussel reçoivent 7/12ème lorsqu'ils héritent du fief de la ville, mais les Anglard prennent presque autant ce qui oblige les Ventadour à racheter leurs droits en 1612. Pour l'impôt sur le sel s'ajoutent diverses familles et l'abbaye de Bonnaigue, celle de Meymac et le prieuré de Saint Angel. Cela énerva les Usselois jusqu'à la révolution.

La ville devint la proie des tourments de l'époque médiévale : invasion anglaise de 1339 à 1372, siège infructueux par les armées du Roi de France en 1371 puis victoire l'année d'après. Les lettres patentes se suivent aux XIVème et XVème siècles. Les sièges se succèdent mais la ville ne cesse de se construire. Les habitants avaient pris l'habitude de se plaindre auprès des vicomtes puis comtes et ducs de Ventadour tantôt pour réclamer leurs franchises, tantôt la diminution de taxes ou des dons et privilèges. En 1598 ils déclenchèrent une lutte contre la cité ducale d'Egletons pour récupérer le siège sénéchal à grand frais. Ils réussirent en 1599 et en 1612 le transfert était complètement terminé. Puis, en 1662, le séminaire installé à Egletons était provisoirement de retour à Moustier. Ussel le réclamait, comme d'habitude, et l'on peut penser que le déménagement d'Egletons en fut la conséquence. En 1664, le 16 février, avec l'accord des consuls (ou bien à leur demande) le collège fut installé à Ussel sur ordre de Marie, duchesse de Ventadour, épouse de feu Charles de Lévis Ventadour, régente de Louis Charles. La cité se développait certes par coups bas mais avec efficacité... Egletons s'était cru installée à perpétuité et ne vit pas arriver son malheur bien longtemps. Ussel put, après cette inversion, se réclamer cité des Ventadour en toute impunité, malgré son éloignement et son effacement depuis 5 siècles, et dirons-nous ses récriminations perpétuelles contre l'autorité de Ventadour. Cette différence des mentalités s'explique parfaitement d'ailleurs : Ussel, contrairement à Egletons, était en situation de co-seigneurie, dont moins soumise à une seule autorité comme Egletons, avec les possibilités de négociations que cela implique. Ses co-seigneurs n'étaient pas que Ventadour en premier mais les Ussel, Anglard et divers autres d'Herment et autres lieux. La relation  féodale y fut lâche dès le début et même après les rachats tardifs de droits par les Ussel plan 2Ventadour, ce furent les seigneurs qui venaient également jurer libertés aux Usselois. Egletons était dans une situation différente de bien moindre indépendance face à son suzerain.

Un document exceptionnel, ou plutôt sa copie retrace ces démélés entre bourgeois et famille seigneuriale. Ce précieux document, conservé dans les archives communales d’Ussel sous la cote AA 20, est un registre de trente-sept feuillets de parchemin, qui s’ouvre avec une grande initiale "I" surmontée des armes de France et des armes de la ville d’Ussel, dans une splendide figuration italianisante. Œuvre d’un seul copiste, le notaire Jean du Puy, ce registre – qui n’est pas à proprement parler un cartulaire municipal – renferme le texte de la transaction passée le 2 février 1533 (n. st.) entre les procureurs de dame Jacqueline du Mas, administratrice du comté de Ventadour, et de son fils Gilbert de Ventadour, seigneur d’Ussel, et les consuls de la ville d’Ussel. Cette transaction d’un autre temps réglait les droits et les devoirs respectifs de la ville et de ses seigneurs et mettait un terme à un procès engagé à la fin du XVème siècle par Louis de Ventadour. Elle renferme le relevé des droits et privilèges acquis depuis le début du XIIIème siècle par les consuls d’Ussel face à leurs seigneurs, Ventadour et accessoirement Ussel. Elle reproduit, parfois à plusieurs reprises, douze actes antérieurs, allant de 1264, confirmation des coutumes par Ebles de Ventadour, à 1526, arrêt du parlement de Paris mettant fin, en faveur des Ussellois, au litige les opposant aux Ventadour. Les archives communales d’Ussel conservent certes les originaux de sept de ces actes, mais cinq d’entre eux, dont le plus ancien, ne sont plus connus que par elle. Et surtout, les originaux conservés ne sont plus guère utilisables pour avoir été en partie passés au réactif au milieu du XIXe siècle. L’édition moderne est précédée d’une ample introduction traitant des origines du consulat, des confirmations des coutumes et de la transaction de 1533. 

Le château tombait en ruine depuis son abandon au XVème siècle. Par temps de paix, il fut rasé au XVIIème siècle, et le marché aux blés ussel5(actuelle place de la république) fut édifié sur son emplacement. La chapelle castrale, placée sous le vocable de Saint-Jean, ne fut démolie qu’en 1637. Le seul vestige visible de cette période est la tour Soubise datant du XVème siècle.

Le château avait probablement été reconstruit au milieu du XIIème siècle, lorsque Ebles II, vicomte de Ventadour, fit don à son fils puîné Guillaume de la terre d’ Ussel, dont il prit le nom. Ce même Guillaume, et son frère Pierre, donnèrent ensuite en 1157 à Etienne d’ Obazine la terre où celui-ci avait établi en 1143 l’abbaye de Bonnaigue, à 6 kilomètres au nord-est d’ Ussel. Rapidement les d'Ussel cherchèrent à prendre leur distance et allèrent chercher calme et sécurité à Charlus le Pailloux, alors paroisse de Mestes.

L’hommage de 1493 parle de motte et de donjon. Le château occupait la plus élevée de la ville, et ses versants nord-est sud-est offraient un surplomb naturel. L’ensemble castral, tel qu’on peut le saisir a travers le parcellement de 1811, offrait une superficie d’environ 5 000 mètres carrés, un cercle d’environ 80 mètres de diamètre, situé à une cinquantaine de mètres seulement du chevet de l’ église Saint-Martial. Cette église n’apparaît dans aucun pouillé ancien. Il en est question pour la première fois lors de l’enquête faite en 1499 à l’occasion de l’agrandissement de l’église Saint-Martin, où il est dit d’elle qu’elle n’était pas paroissiale. La chapelle castrale était certainement paroissiale.

En 1269, le bourgeois Adémar aus Praetz avait fondé un hôpital à l’usage des pauvres de la ville et des pauvres de passage, hôpital confié à la gestion du consulat. Il restera en ce lieu jusqu’au XXème siècle. 

Dès avant le transfert du siège sénéchal, Ussel s'embellie avec de nouvelles maisons de marchands et consuls, des tours, le tribunal, le couvent des Ursulines et le siège ducal...

Ussel maison ducaleLes fossées des remparts furent comblés dès le XVIIème siècle et transformés en jardins, surtout au bénéfice des maisons contiguës. Le plan du presbytère, dressé en 1763, qui est le seul plan ancien d’un groupe de maisons de la ville, en fournit un excellent exemple. 

Le plan de l’enceinte dressé en 1793 montre que la totalité des fossées a été transformée en jardin. Sur le plan de 1811, les jardins bordant la route de Clermont ont laissé entrevoir un début de lotissement des jardins. Une occupation intermittente des fossés par des activités horticoles, entre deux remises en état des fortifications, a probablement laissé la place à une occupation permanente dès la que la sécurité a été assez longtemps assurée. Ussel ne perd vraiment sont caractère de ville murée de façon irréversible qu’au milieu du XVIIIème siècle, lorsque le consulat décide la démolition des portes qui tombaient en ruine. Aprés la tour de Bourbounoux, les consuls décident aussi la mise à bas de la tour du Thuel, en 1769. En fait, les opérations furent longues. Il fallut dix ans pour que la démolition de la tour du Thuel soit effective ( 1779). Les pierres qui en provenaient furent affectées en 1780 aux travaux d’ urbanisme de la bourgeoisie pelaude : réparation du pavé de la rue Séclide, réparation de la fontaine de Bourbounoux, construction d’un aqueduc dont il ne subsiste rien. Ainsi, la ville a lentement assimilé ses murailles, comme elle l’avait fait du château.

Le XXème siècle fut ici comme ailleurs bien moins respectueux et des atteintes irrémédiables furent hélas commises au nom de la modernité.

illustrations : la maison sénéchale de Ventadour - le porche de l'église - carte postale ancienne

Ussel porche eglise

 

 

 

 

 

 


 

 


Ussel cp 1

Ussel possède également de très nombreux châteaux répartis autour de la cité :

les Salles, ancien repaire transformé en manoir gentilhommière, non loin de la
Diège. Noté dès le XIVème siècle comme hommageant à la famille d'Ussel, son dernier propriétaire avant révolution fut exécuté pour avoir cupidement amassé des grains en période de famine en 1789. 

Charlusset, fut un repaire établi au dessus de la Diège qu'il domine de plus de 30 mètres. Il appartenait à Jacques de Neuvic Champiers en 1470 puis se transmit aux gendres Beynette du Boucheron puis aux Valon qui y résidaient jusqu'en 1775 avec interruption entre car les Valon du Boucheron avaient racheté la demeure, enfin les Chassaing de Fontmartin y furent jusqu'en 1789 au moins. Aujourd'hui belle ferme.

Sarsou, châtellenie au sud d'Ussel, 100m en altitude au dessus de la confluence voisine Sarsonne Diège, notée en 1339 pour un Guillaume éponyme puis annexée en 1602 à celle d'Ussel au bénéfice des Ventadour jusqu'en 1792. Château détruit semble-t'il au XIXème siècle et remplacé par une demeure plus moderne.

Mareille, 40 mètres au dessus de la Diège, à l'Ouest de la cité, un repaire devenu manoir surveillait la vallée. Noté au XVème s. mais certainement un peu plus ancien, il participait à la sécurité de la vicomté. Aux Laborde jusqu'au XVIIème, il passe aux Beynette du Boucheron d'Ambrugeac, seigneurs des lieux et de Neuvic Champiers en 1662 puis aux Montlouis jusqu'à la révolution.

Teil, les origines du château du Theil remonteraient à 1120. Il appartient alors à Albert de Charlus, seigneur de La Borde. La famille Charlus de Laborde va rester en place jusqu’en 1468. Il passe aux Andrieu qui y demeurent peu avant la révolution. Il devient petit séminaire et une aile est ajoutée vers 1886. Le séminaire est transféré en 1898, le château devient annexe d'hôpital durant la 1ère guerre mondiale puis héberge des classes du collège détruit en1944. Primitivement il possédait une tour carrée et une circulaire reliant deux ailes en équerre. Sa position domine le ville au Nord Est. Il est en vente en 2019 et en ruine très avancée.

la Mothe, ce château à trois tours et corps central dont un ancien donjon largement remanié est au bord de la Sarsonne qui coule devant une douve dans un écrin de verdure. Méconnu, c'est une grande maison d'origine ancienne : attesté dès le XIIème siècle, il appartint aux de la Mothe encore présents en 1314, puis aux la Brosse notés entre 1434 et 1689, les Lacroix de Castrie d'Anglard y établissent une branche en 1739. Passé après révolution de Meynard  il devint par don la colonie de vacances d'une banque (Comptoir d'Escompte) mais contrairement à nombre de ces maisons il a pu en rechapper. Il a été récemment sauvé mais ne se visite pas. C'est un des rares châteaux de gué ventadorien encore debout et bien entretenu. Il rendait hommage partie Ventadour, partie prieur de Saint Angel. Blasonné de sable noir au lion d'argent armé (toutes griffes dehors), lampessé (qui tire la langue) et couronné d'or.

de l'Espinasse, à la Tourette, ancien repaire dans un méandre de la Sarsonne, au Nord de la ville, route de Saint Pardoux le Neuf, noté château en 1437 avec fossés et donjon de cinq étages. Aux Andrieu, Malengue de Lespinasse, Soudeilles puis Fontmartin. Les Lespinasse de Bournazel en descendent (Seilhac). Un grand donjon écrêté par un toit à plusieurs pans saugrenu, avec un porche d'entrée donnant sur deux corps de logis avec tourelle et jardin enclos constituent un ensemble assez sévère ayant encore une image de site de défense aux portes d'Ussel. Le tout semble en attente de revitalisation. L'espinasse est l'aubépine en langue limousine.

de la Borde, ​

Etabli au moins depuis le XIIIème siècle dans la vallée de la Sarsonne au Nord-Est de la ville, il est mentionné en 1255 et 1344 comme appartenant aux Chassagne puis aux de la Gane de la Borde en 1354, puis aux Charlus de la Borde semble-t'il jusqu'en 1791 et après, avec des gendres qui reprirent le nom. Confisqué en 1793, il est ensuite racheté par ses propriétaires anciens. Des Tournemire de Bort y furent au début XXème s. Il fut ensuite salle de fêtes, night club, bar et restaurant de nos jours. 

à Chava Ròcha - Chaveroche

la Rebière est un castel plus ou moins dépendant de Saint Angel (prieur). Il possède deux tours rondes et un corps central, assez pour constituer une maison forte.  Il appartenait à un Estève puis fut racheté en 1744 par le lieutenant général de la Sénéchaussée, Delmas dit de la Rebière, noble mal assuré et prévaricateur condamné qui commença le premier le dépeçage de Ventadour, avant la révolution.

à Sent Dezere - Saint Dezery

l'Ebraly, établi au Nord Est d'Ussel, non loin de l'Espinasse, le castel est noté déjà en 1255 pour Robert d'Ussel, il passe au XVIIIème s. aux Andrieu et par voie d'alliance au Ebraly  qui le possèdent toujours. Un corps avec tour et échaugettes provirnt du XVème s.

à Senc Frejo - Saint Fréjoux,

le Bazaneix est un vieux château féodal style XIIIème siècle, certainement un peu plus ancien, avec tours, fossé encore en eau ou plutôt lac et dépendance. Il était aux seigneurs d'Aix au XIVème s. puis par voie de gendres aux Peyssarie et aux Ligneyrac puis aux Soudeilles entre 1691 et 1777. Il se situe 1000m en dessous de l'abbaye de Bonnaigue, sur la Dozanne (également appelée la Gane un peu plus bas ou le ruisseau d'Ozange) à 710m d'altitude. Ancienne colonie de vacances du Crédit Lyonnais il fut offert 1franc il y a quelques années.

Bonnaigue n'était pas un repaire ni un château mais la seule abbaye de la vicomté par ailleurs dôtée de plusieurs prieurés. Bonnaigue fut érigée en abbaye par saint Etienne de Vielzot, abbé fondateur d’Obazine, sensiblement à la même période que l’abbaye-mère d’Aubazine en 1142. Elle entre, avec elle, dans l’ordre cistercien, en 1147. En 1157 Guillaume et Pierre d'Ussel rédigent l'acte de création en présence d'Etienne d’Obazine. Ce dernier aimait tout particulièrement la fondation ; il y meurt en 1159 sans jamais en avoir été l'abbé commandeur. Les familles seigneuriales d'Ussel et de Ventadour furent donnateurs pour son établissement et continuèrent plusieurs siècles. Près de l’abbaye, Etienne fît aménager un ermitage devenu plus tard la paroisse de Saint Etienne-au-Clos. Les bâtiments conventuels construits au 12ème siècle ont ensuite été l’objet d’importants remaniements aux 17ème et 18ème siècles.

Selon nos recherches et en raison de l'attachement que manifestaient les vicomtes de Ventadour et leurs proches à cette abbaye, il est vraisemblable que Bernartz le trobaire mieux connu sous nom de Bernart de Ventadour se retira dans cette abbaye après 1170 et aurait pu devenir l'abbé responsable en 1179, site plus plausible que Dalon en Périgord cité par la vida. Il y serait mort en 1185. En 1502 et 1509 les deux frères Charles et François de Lévis Ventadour y sont abbés protonotaires. On peut supposer que certains vicomtes, comtes ou ducs s'y firent ensevelir lorsque ce n'était pas au Moustier ou au cloître de Tulle. Une dizaine d'abbés y vivent, mais le nombre tombe à 5 ou 6 avant 1789. En 1792 le dernier abbé prête serment ce qui n'empêche pas le pillage et la fermeture du lieu. L’abbaye est ensuite vendue comme bien national. Dans le courant du 19ème siècle, de nombreux propriétaires se succèdent et les bâtiments sont transformés en exploitation agricole. Des éléments sont cependant toujours visibles tels que la sacristie, les vestiges enfouis, l’église, la vasque en granit du cloître ou encore le logis abbatial. ne se visite pas

Ussel bonnaigue3​Abbaye de Bonnaigue : la fontaine et l'église - le site

Ussel bonnaigue2

Chateau des salles ussel 1les Salles

Ussel le teil

le Teil

Ussel la mothe 3

la Mothe : vue aérienne années 1960 et façade années 2010

Chateau de la mothe 19 b

Ussel lespinasse

plan de situation de L'Espinasse dans la boucle de la Sarsonne

Ussel la bordesLa Borde ​​Ussel chaveroche la rebiere

la RebièreUssel chateau de l ebraly

l'Ebraly

Ussel bazaneix 1

le Bazaneix

Ussel bazaneix cp 1900

à Sent Exupere - Saint Exupéry les Roches

cette paroisse de plateau élevé dépassant les 700m au bourg est au Sud-Ouest d'Ussel et a pour limite Ouest la Diège qui s'enfonce alors dans la faille qui l'amène vers la Dordogne où elle conflue entre Sarroux et Roche le Peyroux. Ebles 1er de Ventadour y fonda un monastère bénédictin vers 1085. Son frère Comborn avait fondé Meymac et Bonnaigue n'existait pas encore. L'abbaye cistercienne située sur la commune de Saint-Fréjoux, sera fondée en 1143 selon la tradition, par Étienne de Vielzot et les moines cisterciens de l'abbaye d'Obazine. Les terres, qui appartenaient aux seigneurs d'Ussel, ont fait l'objet d'une donation en 1157. Le couvent de Saint Exupéry se serait fondu dans l'abbaye avec un moine Pierre, témoin à l'acte de 1157.

Saint Exupéry eut son château au flanc sud de l'église avec deux tours, deux corps de bâtiments dont un central, une cour, une terrasse, une grange et une écurie avec Ussel st exuperyune chènevière (un petit champ de chanvre, un terrain semé de chènevis qui est la graine du chanvre). Du chanvre, on tire la filasse qui sert à fabriquer du tissu. La chènevière est généralement de dimensions réduites (autour de 200 m2) et est située près des maisons. En effet, cette culture nécessite des soins quotidiens et une surveillance constante car les oiseaux sont très friands de chènevis. On peut s'amuser à tenter de reconstituer l'enclos seigneurial que l'on devine en superposant cadastre et vue satellite du centre bourg avec son église et son castel actuel sensiblement au même emplacement.  Le château eut des seigneurs prestigieux : les Saint Exupéry  jusqu'au XIIIème s. Un des plus illustre descendant de l'alliance au XIXème s. de cette famille avec celle des Lestrange de Lapleau sera Antoine, l'aviateur écrivain. Avant 1342 le frère du futur pape Clément VI, Guillaume II de Roger, l'achète ; son fils Guillaume III devient vicomte de Turenne et nomme un gouverneur pour ses possessions en Ventadour. En 1384, le Roi de France Charles VI rédige des lettres patentes aux usselois où il parle de la proximité des Anglais, les ennemis, qui tiennent Charlus le Pailloux et Saint Exupéry. A cette époque Perrot le Béarnais s'est emparé de Saint Exupéry qu'il occupe 4 ans et d'où il organise ses expéditions, puis, après son départ vers Charlucet en haut Limousin Aymerigot Marchés l'incorpore dans ses repaires pour stocker ses pillages. En 1390, assiègé à la Roche Vendeix au-dessus de la Bourboule, Aymerigot y envoie sa femme Mariote et ses chevaux. Perrot refuse de le secourir. Froissard ne savait pas ce qu'il advint de la malheureuse épouse. C'est ensuite Rodrigue de Villandrando, ancien mercenaire qui est mandaté en 1430 par le dauphin de France et le vicomte de Turenne, propriétaire, moyennant 4000 écus. Mais deux ans plus tard, Jean Delaporte, ancien lieutenant de Villandrando, s'empare de Saint Exupéry pour son compte et il faut le chasser, donc encore payer et toujours lever des taxes. Par mariage de la petite fille devenue vicomtesse de Turenne (sa soeur est vicomtesse de Ventadour avec Louis II) la seigneurie passe aux la Tour en 1445. Cependant il faut reconstruire le château largement abimé par toutes ces vicissitudes d'autant que la population tyrannisée aurait elle-même continué la démolition en 1454 pour ne plus subir un sort malheureux. Le seigneur de Montal époux de Blanche de Gimel fut momentanément titulaire de Saint Exupéry en 1460 pour cause d'excommunication de Raymond de Turenne. Plus tard, l'unique héritière du lieu, Claude de la Tour, fut assassinée en 1627 par les châtelains voisins de la Gane lors d'un traquenard dans un bois où elle chevauchait. Ses cousins la Tour héritèrent et lèguèrent aux Apcher de Châteauneuf de Randon en Gévaudan (déjà liés aux Ventadour). Racheté avant 1787 par des nobles locaux (Antoine de la Chabanne puis Lignareix de Bonnefond) le château reste désormais inhabité pendant quelques décennies. La révolution le pille et le mutile. Il ne s'en remettra pas. Ainsi disparaît une fois de plus un symbole fort de l'histoire du bas-Limousin. Un scénario de cinéma se ferait sur cette histoire en Amérique...

la Gane : est le seul ouvrage conservé (et, en plus, bien entretenu) de cette liste Ussel chateau de la ganedes seigneuries de Senc Exuper. Aux la Gane, noté dès le XIIIème siècle, il appartient aux Ventadour qui le revendent à un damoiseau de la famille éponyme en 1344. Saisie, protection d'un mineur, droit de suzeraineté ? On ignore les causes de l'acte de ce qui apparaît assez comme une rétrocession vu l'âge mineur du bénéficiaire. En 1432 La Gane passe par don au Brosse de Laval, de St Pardoux. Bien entendu l'hommage à Ventadour reste dû . Un bourgeois, Andrieu, rachète en 1510 puis est élevé noble. Une chapelle est construite, des réparations engagées. Ses successeurs directs sont en 1627 cinq frères à l'âme criminelle. Rencontrant Claude de Latour, dame de Murat le Caire et de Saint Exupéry, chevauchant hardiment avec son suivant dans les bois de la Jarrige, ils l'attaquent en raison d'un différent ancien. La dame était loin d'être apeurée et voulut combattre. Elle fut tuée par les vilains. Ils s'enfuirent, se cachèrent après leur forfait et terrorisèrent le pays quelques temps. La Gane est saisi et confisqué au profit du gouverneur du Limousin, Monsieur de Pompadour. L'illustre famille limousine était régulièrement dans la gêne que le caractère dépensier du marquis induisait. La Gane vut revendu par sa femme à une famille allié, les Soudeilles qui le gardèrent jusqu'en 1772 et leur propre ruine. Après la révolution les de Selve de Bity l'achetèrent en 1804 et y sont toujours. Aujourd'hui, le château présente plusieurs époques : une tour ronde qui abrite une chapelle couverte d'une voûte à nervures rayonnantes dâtée du début du XVIème siècle. Elle est flanquée d'une tourelle enfermant un escalier à vis. Le logis rectangulaire de trois étages est flanqué d'une tourelle d'escalier carrée. L'aile plus basse a été construite au XVIIIème siècle. Une autre aile plus récente, décorée de tourelles et de fenêtres néo-gothiques, relie la tour et le corps de logis et date du XIXème siècle. Se visite selon les périodes.

la Chalm - Lachau : situé au Nord de la paroisse sur un haut collinaire à 700m. d'altitude et déjà en mauvais état en Ussel sejat1691 car qualifié de masure, le château tombait en ruine et n'avait plus que sa tour carrée en ruine et ses fossés abandonnés vers 1750. La famille du Cros l'avait au XIIème siècle. Elle était bien en cours auprès des Ventadour et liée à la Ussel motte de lachaud​famille puissante rosiéroise du XIVème siècle. Trois cardinaux en sortirent en effet entre 1350 et  1374 grâce aux papes ventadoriens. La Chau ou la Chalm passa aux Ventadour, peut être par les Roger de Beaufort et le dernier possesseur fut le Duc de Ventadour Charles de Rohan, Prince de Soubise puis son petit fils Louis de Bourbon Condet. La motte semble visible sur le cadastre.​ Des reste de murs et machicoulis se voyaient fin XIXème s.

Setzac - Séjat : au sud de la Chalm (la Chau) et à l'ouest du bourg, elle fut seigneurie avant les croisades. Un Guillaume est noté en 1085 comme témoin d'Archambaud de Comborn pour la fondation de l'abbaye de Meymac. Le château fut démoli au XIXème siècle et devint maison de maître. On voit encore la forme de la motte et l'enclos sur le cadastre.

les Charlus : il y eu plusieurs Charlus. Ce sont Charlus le Pailloux et Charlus Chabannes (ou Chabanais - Chabanin) auquel on joint souvent un Charlus le Rocher.  Situés tout à fait au Sud de la paroisse, au-dessus de la vallée de la Diège qui se creuse profondément, Img 20181104 3les Charlus sont sur un promontoire, une fois encore, 90m en élévation sur la rivière à 661 m. d'altitude. C'est un ensemble défensif complet avec deux points fortifiés auxquels il convient d'ajouter sur l'autre rive, en face côté Mestes, celui de la Forsse dit Charlus le rocher.  Il n'est pas étonnant que la surveillance de ce site stratégique échue à une co-seigneurie, importante et disputée. Il s'agissait de contrôler l'accès à Ussel et au haut pays de la vicomté depuis la Dordogne et l'Auvergne, à l'endroit où le passage ravineux est le plus proche et donc dangereux pour la cité.

C'est l'un des sites les plus méconnu de l'apanage mais l'une des trois plus importantes seigneuries avec Ussel et Soudeilles. Sur la face Nord, l’accès était de plain-pied. Un système défensif fait de palissades ou pieux fixés en terre et reliés par des chaînes de fer ou de tresses de bois le renforçait, d’où le qualificatif de « pailloux ». Un fossé complétait le dispositif. Au cours des siècles suivants Charlus devint mieux défendu est plus confortable. Il ressemblait certainement à un repaire accolé à un donjon primitif avec enceinte murée. La vue était certainement totalement dégagée et pas boisée comme de nos jours. La verticalité et la nudité du site devait être impressionnantes. Lorsque les trois châteaux furent établis vers le XIIIème siècle, il devait être décourageant de tenter de passer en force !

Les vicomtes de Ventadour et certainement leurs ancêtres Comborn devaient seuls tenir la place. Mais le féodal du haut moyen-âge reste dans le système de partage des terres pour ses enfants et ses vassaux. En 1157 apparaît un (co) seigneur de Charlus le Pailloux en la personne de Guilhem (Guillaume 1er d'Ussel). Il transmet le Pailloux. Est il un vassal simplement ou un enfant ? Léon Billet a montré et publié (in les quatre troubadours - la maison d'Ussel - Orfeuil 1982) que la thèse de la parenté entre Ebles II et son fils Guillaume est hautement vraisemblable, plus que celle de Ebles III ayant eu pour fils Guillaume (thèse indiquée par J.B. Poulbrière). Les deux semblent être frères. Guilhem serait né après 1150. Apparaît une seconde seigneurie sur le site, les Chabannes (Chabanais)-Ventadour, suite au mariage de Matabruna, née vers 1151 et fille de Ebles III et de Marguerite de Turenne,  avec Eschivat de Chabannes. Elle est dôtée de la co-seigneurie, signe que Charlus n'était pas aux Ussel en entier. D'eux naîtra la famille des Chabannes seigneurs de Madic, illustres descendants prouvés des Ventadour et Ussel. Lorsque Charles de Lévis Mirepoix rachète le site de Ventadour en 1895, son épouse n'est autre que la descendante d'une branche, Catherine de Chabannes Lapalisse. illustrations : dessus : vestiges du donjon de Charlus Pailloux vers 1970 photo Léon Billet © SHAV - dessous : Génélogie de descendance du Matabrune de Ventadour et Eschivat de Chabanais selon Jacques Chanis © Généanet

                                                                                    _____| 16_ sosa Eschivat De ChabanaisSeigneur de Chabanais et Confolens ca 1135-ca 1200
                                                        _____| 8_ sosa Ebles De Chabannes ca 1175-1226/
                                                       /                            ¯¯¯¯¯| 17_ sosa Matabrune De Ventadour 1145-
                           _____| 4_ sosa Ebles De Chabannes ca 1210-/1255
                          /                           \
                         /                             ¯¯¯¯¯| 9_ sosa X D'Albret ca 1190
                        /
|2_ sosa Hugues De Charlus-le-Pailloux 1290 - 1315
|                         \
|                          ¯¯¯¯¯| 5_ sosa Jeanne De Périgord
|--1_ sosa Hugues De Charlus-le-Pailloux 1290-1315
|3_ sosa ? ?

Logiquement ils érigent dans les décennies ou le siècle suivant un autre repaire, celui connu comme Charlus-Chabannes, juste en dessous du premier. L'hommage est rendu en premier à Saint Exupéry et en principal à Ventadour comme il se doit. Le château est noté en 1289. Le fief est dédoublé. Cela ne va pas toujours aisément entre cousins et vers 1390 Hughes d'Ussel fait détruire la chapelle commune aux deux seigneuries. Un arbitrage a eu lieu en 1395 pour reconstruire à la demande de Hugues de Chabannes. Les Chabannes commencent une carrière exceptionnelle sous la tutelle des Ventadour dont ils vont vite s'affranchirent. La vie des frères Jacques et Antoine de Chabannes entre 1400 et 1490 est un condensé du XVème siècle. Ils accèdent aux plus hautes fonctions avec leur courage, leur ambition et pas mal de chance aussi (Voir page sous le menu "la vicomté I Madic"). La période des guerres contre l'anglais voit les Charlus pris par l'ennemi, assiégés par les comtes d'Auvergne, puis par Rodrigues de Villandrando toujours en 1432 comme pour Saint Exupéry. Ensuite ce sont les protestants de Maligny qui s'y retranchent avec une nombreuse troupe. Le duc de Gilbert III de Ventadour vient les déloger en pleine réunion des états de province, vers 1588 il remet le site sous l'autorité du Roi mais décide de démanteler les deux positions ainsi que Charlus le Rocher situé en face semble t'il. Tout n'est pas complètement détruit car les Ussel gardent la seigneurie jusqu'en 1789 mais les Chabannes la cède rapidement, au moins pour partie, pour aller à Madic. Elle passe ainsi aux Lestranges au XVème siècle. Le tout disparaît progessivement après 1789. En 1900 les sites sont bien visibles, encore repérables vers 1950, quasi anéantis aujourd'hui.

Ussel charlusà Mestas - Mestes

le Mont Roux, élevé au dessus d'un ruisseau affluent de la Diège, possédait son château de la famille des la Villatte, branches des Tinières, qui rendait 1er hommage à Charlus le Pailloux voisin appartenant aux Ussel, puis aux Chabannes. Après le XVIIème il passa à diverses familles dont de Boussac, de Mirat, Boyer du Mont, Lignareix de Bonnefond etc. Le château tomba en ruine dès le XIXème siècle et il n'existe plus rien. 

Les hameaux de la Force et de Charlus dépendaient de Mestes mais furent abandonnés lors de garande pestes par leur vicaire et Charlus passa à la paroisse voisine de Saint Exupéry selon J.B. Poulbrière. Le château de Charlus-Rocher se situait à la Force basse de Mestes, de l'autre côté du profond ravin que forme la Diège, alors qu'à la force haute un autre castel existait possiblement. Les seigneurs de la Forsse durent en sortir. Un élèvation située un plus au Nord Est porte le nom de puy chastel... Y aurait il eu une autre fortification ?

à Senc Victor - Saint Victour

juste un peu plus loin de Margerides la micro-paroisse ne possède plus en son bourg que Saint victourle château et l'église. Il n'est pas avéré qu'il n'y ait jamais rien eu de plus. 

Son prieuré co-seigneurie a disparu, il était consacré à Victor et dépendait du monastère de Mauriac. Les deux châteaux sont côte à côte et reliés, deux tour écrêtées dans l'un et une base de donjon ou de tour ronde dans l'autre. Les Saint Victor transmirent aux d'Anglard vers 1331. Ceux-ci se convertissent plus tard au protestantisme et un temple apparaît même avant 1575. Les Fénis de Tulle et Sédières rachètent en 1726 (ou 1737 ?) avec le marquisat attaché. La dernière survivante épousa bien après la révolution un de Bargues de Salers. Le château avait perdu ses étangs puis été pillé lors de la Terreur.

fief avec château à la Vialatte appartenant aux Tinières, aux Ussel, aux Beynette d'Ambrugeac au XVème s. puis aux Senecterre etc.

à Margerides

la Diège s'enfonce profondément vers la Dordogne et devenait torrent avant le barrage du XXème siècle. Le bourg de la paroisse domine cet enfoncement et naturellement un réseau médiéval de châtellenies surveillait la vallée.

Le château de Margeride datait au moins du XIIème siècle selon M. Huot et fut remanié au XVème. Le donjon éventré possédait encore trois murs élevés avec leurs fenêtres à la fin du XIXème s. Il n'est plus aujourd'hui qu'un tas informe de pierres. Les Margerides étaient encore en place en 1311 mais vendirent peu à peu aux Anglard voisins dès 1331. La châtellenie passa aux Ventadour puis à Guillaume Roger de Beaufort, frère du Pape Clément VI, via Marie de Flandre comtesse d'Auvergne. Elle revint aux Ventadour par alliance via Jean de Lévis Ventadour fils cadet de Louis, à la charnière des XVème/XVIème siècles. Les Ventadour y résideront assez souvent. Elle fut ensuite à diverses familles dont celle de la Bachellerie et finit en marquisat avant la révolution. Plusieurs château (repaires) semblent en avoir dépendu.  (à explorer).

la Bachellerie, de la paroisse, était une terre bien particulière car elle ne relevait que du Roi et ne devait pas hommage aux ducs de Ventadour ! Une particularité rare, unique même en terre de Ventadour. La famille avant d'être de la Bachellerie se nommait de Vernéjoux. Ils se lièrent aux d'Anglard. En ruine absolue.

à Veyrières

la Mauriange. La petite paroisse semble avoir posséder une seigneurie peut-etre annexe d'une autre, celle de la Mauriange. Aux Chalus de Couzan en Auvergne avant le XVIIème siècle, elle passa ensuite aux Lavez de Villemonteix (vers Eymoutiers certainement) puis aux Chassaing de Fontmartin de Darnetz qui firent hommage alors à la Gane de Saint Exupéry et Saint Victour en premier.

à Monestier Port Dieu

seigneurie appartenant aux Murat de la Serre. Ils commirent un crime en 1536 sur la personne de leur voisin et beau-frère, Maurice de Chalus, seigneur de Couzan paroisse de Vebret en haute Auvergne, non loin de là. Le seigneur de Monestier alla chez lui, demanda la retirance (l'hospitalité pour la nuit) fit entrer ses hommes et se fit remettre 10 000 écus en menaçant de mort le couple seigneurial. Au même moment leur fils avait été attiré au château de Monestier et mis en prison. L'affaire leur valu d'être poursuivis par la justice royale. château disparu 

à Port Diu - Port Dieu :

Port dieu village

Cette petite paroisse aujourd’hui disparue car rattachée à celle de Confolent, a vu son bourg englouti par les eaux de la Dordogne barrées à Bort en 1951. Il était blottie au creux d'un single au bord du fleuve et en constituait le premier port et l’ultime partie navigable. De l’autre côté était l’Auvergne. Les hautes collines le protégeaient des vents et frimas et la douceur de vivre n’y était pas un vain mot. Un seigneur troubadour auvergnat, Raoul Passeron de Saint Sauvain, fut touché par les prêches de Robert, chanoine de Brioude qui créa en 1043 un monastère dans le lieu qui allait devenir l’abbaye de la Chaise Dieu. Raoul offrit ses possessions dont celle de Portus Dei sur Dordogne. Ils vinrent tous deux sur le site et ils décidèrent d’y créer un cloître. Ce fut probablement en 1060. A Vedrenne d’Egletons et à Saint Robert eurent lieu des implantations de maisons dépendant également de la Chaise Dieu et dédiées à Saint Benoit. Saint Robert sera rapidement rattaché à Port Dieu. Le prieuré fut installé sur un promontoire largement aplani qui surplombait superbement le village et la rivière et donnait une position dominante et gracieuse. Des habitants vinrent autour du lieu qui s'appela Trappes.

Une ceinture de remparts plus ou moins triangulaire délimitait un enclos où furent édifiés les bâtiments claustraux, une grande église avec deux chapelles, un château seigneurial pour le prieur, un presbytère intérieur aux murs, deux jardins au moins, un cimetière et trois tours de défense intégrées aux remparts. C’était bien un vaste établissement, édifié pour 16 moines plus le prieur, quatre officiers et un prêtre. Quelques maisons s’établirent autour. De 1200 à 1300, l'église des « Manents » (Manants) est construite à l'extérieur de l'enceinte du prieuré avce son cimetière et son presbytère pour le service des habitants attirés par le lieu.

Port dieu 1

illustrations : le village et son prieuré élevé au-dessus, vers 1930 - le site noyé, vers 1960 - le plan du prieuré fortifié. ©SHAV

Port dieu planIl est normal de penser que cette installation se fit plus ou moins sous l’hospice des Comborn, au moment même de la scission de la vicomté et de l’arrivée d’Ebles de Ventadorn. Bien entendu ce fûrent ensuite des terres ventadoriennes dès la fin du XIème siècle, même si le cloître possédait haute et basse justice et si sa juridiction s'étendait sur 31 paroisses situées en Limousin et en Auvergne. Le titre de prieur de Port Dieu fut suffisament prestigieux pour intéresser les nobles maisons, dès la mort de Raoul venu s’y retiré. Au XVIème siècle il devient recherché : le célèbre cardinal François de Tournon, allié des Montmorençy et Ventadour, en est titulaire en même temps que de plusieurs abbayes en 1561, en 1624 François de Lévis Ventadour abbé de Meymac et évêque de Lodève, Anne de Lévis Ventadour son frère, archevêque de Bourgogne en 1651, qui offre une croix d’argent de tabernacle écussonnée à ses armes, Henri de Lévis Ventadour en 1662, autre frère. Mais la fondation n’est déjà plus qu’une ombre.

Un chef huguenot nommé Laforêt conduisit ses hommes peu avant 1597 au pied du château et prit l’ensemble qu’il pilla, n’omettant pas de brûler les archives et de démolir ce qu’il put, à commencer par l’église prieurale Notre Dame. Lorsqu’ils partirent, tout n’était que désolation. Une décision devait être prise en ces temps troublés : reconstruire ou détruire.

Anne de Levis-Ventadour, gouverneur du Limousin et père des futurs prieurs, donna l’ordre de destruction pour que le site ne tombe pas aux mains des Huguenots et devienne une petite forteresse protestante contrôlant le passage par la vallée de la haute Dordogne. C’était en 1597. Puis en 1607, le 23 juin, il dota sur ses propres fonds une somme de 6000 livres pour reconstruire l’église. Hélas, les différents abbés, dont ses fils, ne firent pas reconstruire le reste du prieuré, on ne sait pourquoi et les lieux restèrent en triste sort. L’état d’esprit des moines devait certainement les décourager. Une partie du prieuré était toujours habitable, des moines durent cependant aller loger chez des laïcs. Ils utilisèrent l’église paroissiale voisine et finirent plus tard par en chasser le curé. Les visiteurs venus de la Chaise Dieu pressaient à la reconstruction et tentaient de remettre les moines en discipline, des fonds furent affectés. C’était chose impossible ; le comportement des moines était devenu désordonné et erratique. Leur nombre diminua de 16 à 6 puis 4 pour finir à un seul.

En 1695, il n'y avait plus, d'après Gilles le Duc, l'envoyé épouvanté de l'évêque de Limoges, que « cinq ou six religieux qui ne sont plus en communauté mais vivent et sont habillés comme des sauvages, et le pays où ils sont l'est aussi tout à fait ».

Des procédures judiciaires, conséquences d'une mauvaise situation financière, opposent alors au XVIIIème siècle les quelques moines bénédictins au curé qui avait fini par quitter la chapelle Saint-Martin (ou chapelle des Manants) en mauvais état et était venu se fixer dans le bourg en 1667. Cette situation, canoniquement irrégulière pour les religieux, amène la suppression du couvent de Port-Dieu par brevet royal du 16 mars 1746. L’opposition du dernier prieur, de celui de l’abbaye de la Chaise Dieu et de la maison mère de Saint Maur n’y put rien : elle fut rejetée en Grand Conseil le 5 février 1749.

C'est ensuite une ordonnance de l'évêque de Limoges qui unit Port-Dieu au chapitre Saint-Martin de Brive, le 16 janvier 1753. Brive y gagne 2000 livres de revenus. Un seul religieux persiste à demeurer sur place malgré les ordres donnés, Dom Feuzillac. Il y est assassiné en janvier 1777 par un ancien soldat, Rouly, auquel il venait de reprendre des calices et ciboires volés. Ce dernier eut la tête tranchée par la hache du bourreau de Tulle, sur la place publique de Port-Dieu, le 15 septembre 1777. Le souvenir de cette exécution capitale était encore vivace en 1889 lorsque le chanoine J.B. Poulbrière publia son dictionnaire des paroisses.

Le couvent abandonné fut vendu comme bien national en 1791. Il servit ensuite de carrière de pierres aux habitants pour bâtir leurs maisons et leurs granges. A la fin du XIXème siècle quelques pans de tours existaient encore.

La construction du barrage de Bort-les-Orgues et la mise en eau du lac de retenue ont tourné la dernière page de cette longue histoire. Le bourg est alors enseveli sous 70 mètres d'eau. Son nom même est transformé en Confolent-Port-Dieu, par décret du 22 décembre 1950. Ses habitants se réfugient en partie sur le plateau, abandonnant la vallée. Cinq villages seulement subsistent dont Confolent (le nouveau chef-lieu). La vallée tranquille est désormais un lac d'eau noire. Illustration : l'église des "Manents" désormais au-dessus de l'eau du lac ©ShavPort dieu

Restaient les terres en forme de haut plateau, au nord et à l'est d'Ussel, dont les petits cours d'eau ne peuvent rivaliser avec les profonds torrents et grands ravins du reste de l'apanage. Eparses ou rassemblées, ces seigneuries maillaient le territoire au sud de la haute vallée de la Dordogne. 

à Saint Bonnet près Bort

paroisse limitée au Nord par la Dordogne et au sud-Ouest par la Diège, soit un large plateau bordé de ravins. 

Betsenghans​ - le Bech Changeant - en réalité  Betsenghans, venant certainement du Bech Saint Jean : paroisse de relief plat avec le Lys qui coule paresseusement avant de tomber en torrent puis en Cascade dans la Dordogne, un petit repaire dont seule une simple tour de gué circulaire et une porte avec tympan XVème restent visibles accolés à une bâtisse qui en fit peut-être partie. Les seigneurs éponymes sont notés du XIVème au XVIème siècles avant l'arrivée des suzerains d'Ussel jusqu'avant 1787. Vestiges

à Saint Julien près Bort 

Vaux : seigneurie remontant certainement aux XIVème/XVème siècles dont le siège fut détruit au XIXème siècle et reconstruit dans un très bel ensemble moderne. Cette seigneurie dépendait au moins en dernier hommage de Ventadour et certainement en Ussel vauxpremier à Margerides et peut-être Ussel pour partie. Le chatelain fut auteur d'un meurtre contre son voisin de Margerides à une date inconnue ! Vendu au XIVème par les Fleurac aux Lestranges qui y résident jusqu'au XVIème s. puis vendent aux Vernéjoux qui transmettent aux la Bachellerie certainement en même temps que la seignerie éponyme. Aux Langlade ensuite puis actuellement semble-t'il à une branche de Tournemire. Ne se visite pas. Illustration : la façade de Vaux

la Grange : seigneurie disparue dela famille des Laguildon puis Tournemire. A noter : une dépendance dans ce village du prieuré féminin, au moins dès le XIIIème siècle, installé à Peshadoire  (Piscatoria), uni à Bonnesaigne en 1473.

Jeux : ancien château des Cholvy puis de Selve. Disparu

Saunac : ancienne seigneurie des de Bort avec chevaliers maltais, Octavien sera le dernier de l'ordre. Disparue

à Bort

Bort generaleCité blottie au creux d'un élargissement de la Dordogne, au pied des montagnes de haute Auvergne et d'une coulée de basalte très typique, Bort 1 couventBort fut ville de prieuré dès avant l'an Mille. Elle se situait primitivement uniquement sur la rive droite et constituait le meilleur point de passage entre haute Auvergne et bas Limousin, en dehors d'Argentat. Les échanges économiques y étaient denses, les Auvergnats apportant la nourriture et les Limousins vendant les objets manufacturés. Bort était rivale commerciale de Clermont et Aurillac pour les populations des montagnes vivant en dessous de Tauves et de Riom la froide. Il y eu fortifications avec tours et trois portes de défense établies entre les XIIIème et XVème siècles. Le monastère d'installation très ancienne est disputé vers 1095 entre Cluny et la Chaise Dieu. Cluny l'emporte. Il y a 2 moines et un prieur à Notre Dame à cette époque.  Les seigneurs locaux de Bort, de Saint Julien et les vicomtes de Ventadour abondent la dotation. Le prieur avait la justice temporelle et religieuse sur la ville et ses environs, les Ventadour restant de discrets suzerains des seigneurs laïcs nommés de Bort qui, faute d'espace local, entrèrent dans l'ordre du Temple et figurèrent au procès de 1309, les suivants allant à l'ordre souverain de Malte. Ils firent fortune et s'installèrent à Pierrefite. Le dernier disparut dans la seconde partie du XIXème siècle. En 1437 Charles VII donna autorisation de clore la cité (ne l'était-elle pas déjà ?). Le seigneur de Madic, descendant des Ventadour, Gilbert de Chabannes tenta de s'arroger les foires et droits de péage d'un nouveau pont à construire. Le prieur et Charles, seigneur de Bort de Pierrefitte s'y opposèrent et le temps leur donna raison. Un peu plus tard, entre 1569 et 1574 les gens de Coligny remontent la Dordogne depuis Argentat. Il assiègent une 1ère fois Bort qui s'en tire en payant 2000 écus, mais les traîtres rentrent quand même, pillent le couvent et le démolissent. Ils avaient la Loüe et Chouppes à leur tête. L'établissement sera reconstruit et agrandi. Jean François Marmontel sera un encyclopédiste célèbre né à Bort (1723-1799).

Enfin, au nord-est, plus ou moins dépendant d'Herment,

à Eiguranda - Eygurande

la paroisse était en infime partie du comté de la Marche dans le bourg, la maison du notaire et sa tour Choriol, le presbytère et quelques terrains en enclave, le reste soit la quasi totalité était du Limousin. C'est la limite extrême au Nord Est des terres ducales (plus que vicomtales peut-être) et son nom vient certainement de cette position. Elle possédait une série de repaires.

Dans le bourg, le château possédait châtellenie qui rendait hommage aux seigneurs du Chavanon et d'Herment en premier, de Ventadour au principal. Elle fut celle des Ussel dès 1150 avec Guilhem, fils d'Ebles II de Ventadour et d'Agnès de Montluçon.  En 1262 son descendant Hugonet reconnait tenir Eygurande du Dauphin d'Auvergne qui l'aurair reçu du frère du Roi Saint Louis, Alphonse... Voilà qui nous éloigne des Ventadour suzerains ! L'explication vient après : il apparaît qu'Eygurande était co-seigneurie partagée avec les Rochefort. En 1466 et 1469 Antoine de Bohenc rend hommage aux Rochefort de Châteauvert et aux baron d'Herment pour le "Chastel et repaire". Puis Jean Grasdepain apparaît après 1601 et Jean de Coureteix dès 1590 etc. Le 24 septembre 1611 Anne Louis de Lévis Ventadour, Duc et Gouverneur Sénéchal du Limousin rachète la seigneurie. Son descendant Charles de Rohan Soubise revend à Nicolas d'Autier, marquis de Rochebriant et seigneur de Barmontet d'Herment avec la moitié de la terre du Chavanon, le 6 août 1784. Mauvaise affaire pour l'acheteur car cinq ans plus tard il perd ses biens.

Combeix, repaire ancien avec tour et logis, au Sud-Ouest de la paroisse. Aux du Bosc de Combeix en 1340, d'où changements de propriétaires fréquents, aux d'Ussel Chateauvert vers 1580, aux Segonzat de 1678 à 1770 etc. Détruit - nouvelle maison sur castrum

Bigoulette (en réalité Bigoutelle - petite goutte), au nord du bourg, complétait les deux autres seigneuries d'Eygurande avec son repaire fait d'une tour qui surveillait les Monts d'Auvergne à l'Est et le plateau limousin du sud de la Creuse actuelle, depuis son éminence collinaire à 784m d'altitude au dessus du ruisseau du Feyt. Il y eu peut-être également un logis accolé ou à côté de la Tour, en tout cas le cadastre mentionne toujours les parcelles "sous la tour". Il appartenait aux d'Ussel primitivement puis à partir de 1500 apparaîssent divers noms (les Gorsso, Loudouse, Rebeyrie, du Bois de Bigoulette en 1744 par exemple). Ruines éparses au sommet d'une colline de taillis.

à Lamazière Haute

Charboudèche est une seigneurie voisine de celle d'Eygurande, notée au XIIIème siècle comme relevant de Chirouze puis Chateauvert. Aux Brochard en 1280 pour 1 siècle, divers autres puis les Ventadour entre 1698 et 1784, puis vente à un Autier de la Rochebriant. Ruines 

à Paris

On ne saurait terminer ces quelques lignes consacrées aux Ventadour et à leurs possessions sans évoquer celles de Paris. Les Ventadour furent-ils installés dans la capitale avant Louis XIV et le transfert à Versailles le 6 mai 1682 ? Rien ne permettait de l'affirmer mais cela semblait hautement probable lorsque nous commençâmes cette étude. Il eut été bien étonnant qu'une aussi illustre maison n'y soit pas installée. Habitèrent-ils une maison en propre ou bien partagèrent-ils celle d'un allié déjà en place comme cela fut souvent la cas par location d'étage ou partage d'immeuble ? Restèrent-ils au même endroit ou bien suivirent-ils les résidences de leurs alliances. Nous avons mené l'enquête. 

On sait qu'ils furent à Paris assez tôt, certainement au temps des Lévis Ventadour, mais probablement avant, dès la 1ère race, au moins de manière épisodique. Gilbert II de Lévis, fut enfant d'honneur de François Ier en 1524 et son panetier en 1531 ce qui entraîne sa présence au Louvre, résidence royale. Son fils Gilbert III de Lévis, épousa Catherine de Montmorency (fille d'Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie), dont il eut plusieurs enfants, entre lesquels Anne de Lévis (1569-1622). Gentilhomme de la chambre du roi depuis 1555, il devint gouverneur du Limousin. Il fut fait chevalier de l'ordre du Saint-Esprit par le roi Henri III lors de la première promotion, en 1578, mais ne fut pas reçu. La même année il devenait gouverneur du Lyonnais, Forez et Beaujolais et sa terre de Ventadour était érigée en duché, puis, en 1589, en duché-pairie. Il fut certainement très présent à Paris à la Cour et chez les Montmorency, ses beau-parents et cousins, même s'il fut également très présent dans les provinces de Limousin et de Languedoc qu'il gouverna, à la Voulte et à Ventadour qu'il habita et où naquit son fils ainé Henri en 1622 et peut-être son second, Charles vers 1631. Tous deux se partagèrent encore entre leur duché, leurs gouvernorats et Paris.

Madame de ventadour et le roiEn revanche, on est certain que le fils de Charles né en 1647, vécut principalement à Versailles et Paris. Son épouse, la duchesse Charlotte-Éléonore de la Mothe-Houdancourt (1654 - ) surnommée « Madame de Ventadour » fut gouvernante des enfants royaux et en particulier de l'infant Louis XV. Elle était ainsi obligée de résider à Versailles. elle obtint cette charge par sa mère. La maréchale de La Motte Houdancourt, née Louise de Prie, était en effet Gouvernante en titre. Elle avait élevé tous les petits fils de Louis XIV à la suite de la duchesse de Montausier mais était devenue fort âgée (80 ans !) pour exercer une telle charge et responsabilité. C'est sa fille, Anne Geneviève, duchesse de Ventadour  (février 1673 - †20 mars 1727 - 53 ans ), qui lui succéda et élèvera réellement les arrières petits fils de Louis XIV, dont le futur Louis XV. Par la suite, elle en aura en charge tous les 10 enfants de Louis XV et de Marie Leczinska, jusqu'au départ d'un certain nombre de filles de France pour l'abbaye de Frontevrault en 1738 et restera à la Cour jusqu’à sa mort en 1744 auprès des filles ainées du roi : Madame Henriette et Madame Adelaîde, élevées par sa survivancière et nièce, la duchesse de TallardAnne Geneviève fera deux mariages prestigieux, au sein de deux des plus grandes familles aristocratiques de l'époque, les La Tour d'Auvergne et les Rohan. Bien entendu elle se partagea entre Versailles et Paris. Elle fut la dernière de la 2ème race, celle des Lévis Ventadour. Sa petite fille Marie Isabelle duchesse de la Baume Tallard lui succéda et appelera à son tour sa nièce Victoire-Armande-Josèphe de Rohan, Princesse de Guéménée (1743-1807), fille du Maréchal de Soubise et de la princesse de Carignan. Illustration : Anne Geneviève de Lévis Ventadour avec le Dauphin et Louis XIV

La charge de Gouvernante des Enfants de France, resta ainsi dans la famille de Ventadour Rohan, de tantes en nièces, depuis la maréchale de La Motte sous Louis XIV jusqu’à la princesse Victoire Armande de Guéménée sous Louis XVI; elles prirent soin ainsi de plus de 25 enfants de France sur plus d'un siècle ! Cela s'acheva en 1782 dans le scandale de la banqueroute du Prince de Guéméné. À la veille de la Révolution française, Henri-Louis-Marie de Rohan-Guéméné duc de Montbazon, l'ainé de cette branche, réalise une colossale faillite qui ruina bien des gens en 1782 mais qui fut épongée, en partie, par le cardinal de Strasbourg Louis René Édouard de Rohan qui sera en 1785 victime de l'escroquerie de l'affaire du collier de la reine. L'historienne britannique Antonia Fraser, biographe de Marie Antoinette raconte l'affaire "L'annonce de la banque-route aussi inattendue qu'horrifiante qui frappa une famille aristocratique à l'automne 1782 l'inquiéta particulièrement parce qu'elle touchait la gouvernante de ses enfants, la princesse de Guéméné, si heureuse l'année précédente de parader avec le dauphin nouveau-né devant les courtisans enthousiastes...".

A Paris deux pistes nous permettent de retrouver leurs installations.  

La première nous conduit rue de Tournon. La rue de Tournon est une rue du sixième arrondissement. Elle commence rue Saint-Sulpice et rue de Seine et se termine sur celle de Vaugirard. Elle mesure 233 mètres. Orientée pratiquement Nord-Sud, dans l'axe du Palais du Luxembourg, elle constitue l'une des rues les plus prestigieuses de Paris dans le quartier latin. Elle possède également une physionomie très particulière ; elle s'évase en effet vers le sud à proximité de la rue de Vaugirard. Traditionnellement, elle se compose de nombreuses librairies de livres anciens. Il en subsiste toujours aujourd'hui, mais elles sont désormais complétées par quelques enseignes haut de gamme (coiffure, mode). Au numéro 8 de cette rue très proche du palais de Marie de Médicis, se situe un immeuble classé aux monuments historiques. C'est à cet emplacement, entre l'Académie équestre et l'hôtel des Ambassadeurs, que Monseigneur Guy Chartraire de Saint-Aignan, conseiller au Parlement de Bourgogne à Dijon, (Marquis de Ragny en 1735) avait fait construire Ventadour 8 rue de tournonson hôtel de Saint-Aignan en 1716, à la place de l'hôtel de Ventadour que lui avait donné, en 1713, sa sœur, épouse de David, lieutenant particulier au bailliage de Semur. Elle avait elle-même acquis ce lot de Nicolas de Jassaud, président à la Chambre des comptes. Ce dernier le tenait du prince de Rohan-Soubise et de son épouse, Anne Geneviéve de Ventadour. C'est le duc Anne de Ventadour qui en fit l'acquisition en 1607 auprès de Pierre de Beringhen, premier valet de chambre du roi, qui lui l'avait acquis vers 1600. Ces Saint Aignan, ne venaient-ils point de Saint Rémy et Herment ? La propriété était louée à Langlois, fermier général, lorsque M. de Saint-Aignan légua ses biens à Chartraire, marquis de Ragny, qui fut suivi par Garnier, bourgeois, puis Mlle d'Orsan, fille majeure, puis Jean Marie du Lau d'Allemans, curé de Saint-Sulpice, archevêque d'Arles et député de la Constituante en 1789, né en 1738 et assassiné le 2 septembre 1792. Théroigne de Méricourt, locataire dans cette maison, avait formé une sorte de club, où elle recevait entre autres personnes : Danton, Camille Desmoulins et Fabre d'Églantine. Sous l'Empire, le sénateur Dyzès, comte d'Arène, en fit sa résidence. Brillat-Savarin, célèbre gastronome, habitait, sous Louis-Philippe, l'appartement de Théroigne. Jules Janin, en 1830, s'en servait de garçonnière. Il y resta quarante ans avant d'aller s'installer au 20 rue de Vaugirard. Octave Feuillet et le comte Eugène de Vogüé logent ici en 1880. Domicile de Gabriel Pierné, compositeur de musique. En 1909, la revue "Le Magasin pittoresque", fondée en 1835, s'y installe ; en 1910, domicile de Maurice Renard, à deux pas de celui de son ami Adolphe van Bever, de Paul Léautaud et du Mercure de France.
Ce serait ainsi Anne de Lévis Ventadour, fils du duc Gilbert et de Catherine de Montmorency, marié en 1593 avec sa cousine Marguerite de Montmorency qui en aurait fait acquisition. Ou bien reçu dot de son épouse car, fait troublant, une des résidences de Montmorency se trouve à quelques mètres de là aux n°2 et n°4, l'Hôtel de Concini étant au n°10. Autre élément très révélateur : le nom de la rue. Tournon est ville et château du Vivarais, en bordure du Rhône. On retient de cette famille le cardinal François de Tournon qui était très proche de Marie de Médicis, des Montmorençy, des La Tour d'Auvergne Turenne... et des Lévis Ventadour. Il fut même prieur de Port Dieu. Les Lévis, voisins en Vivarais des Tournon, étaient liés à eux au moins depuis un mariage entre Jacques de Lévis et Louise de Tournon en 1484. Son frère, Louis de Lévis, épousa en 1492 Blanche de Ventadour, fille de Louis de Ventadour et de Catherine de Beaufort, ce qui créa la branche des Lévis Ventadour de la 2ème race. Plus tard, le cinquième fils de Just Ier, seigneur de Tournon, Just II, eut de Claudine de La Tour-Turenne (donc famille des Beaufort) un fils, Just-Louis Ier, comte de Roussillon, baron de Chalancon, sénéchal d'Auvergne, qui épousa en 1583 Madeleine de La Rochefoucauld. Leur fils, Just-Henri, comte de Tournon, maréchal de camp, fut marié en 1616 à Charlotte de Lévis-Ventadour, fille du Duc Anne de Ventadour. La malheureuse décéda peu après en 1620. Un autre mariage fut organisé en 1620 avec Louise de Montmorençy, qui donna Just-Louis II, comte de Tournon et de Roussillon, sénéchal d'Auvergne, maréchal de camp. Ce dernier fut tué en 1644 au siège de Philipsbourg, sans postérité. Avec lui s'éteignit la branche aînée des Tournon. Les seigneuries de Just-Louis passèrent à Marguerite de Montmorency, duchesse de Ventadour, grand-mère maternelle de Just-Louis, puis aux Lévis Ventadour. On peut ainsi subodorer l'installation parisienne des Ventadour par et grâce à leurs puissants alliés Tournon. Les Tournon étaient ils propriétaires de terrains ou d'immeubles dans cet endroit qui porte leur nom, étaient-ce les Montmorency ? En tout cas, les Ventadour y résidèrent jusqu'à la vente faîte par le Prince de Rohan Soubise, Duc de Ventadour, avant 1713. Il s'était marié avec Anne Geneviève de Lévis Ventadour le 15 février 1694. Elle mourut à Paris, rue de Paradis dans la nuit du Ventadour hotel de soubisevendredi 20 au 21 mars 1727 à l'âge de 54 ans. Son mari, Hercule Mériadec, se remaria en 1732 à Marie-Sophie de Courcillon et disparut en 1749. La vente aurait donc eu lieu entre 1694 et 1713, date de la transmission entre soeur et frère Saint Aignan. Les époux ont en effet déjà déménagé rue de Paradis, où décédera plus tard Anne Geneviève, dans l'Hôtel de Soubise. Le prince Hercule Mériadec de Rohan-Soubise avait hérité en 1712 du superbe palais de son père et l'occupa jusqu'à son décès en 1749. Son petit-fils, Charles de Rohan-Soubise, maréchal de France, lui succèda et jouit des lieux jusqu'à sa mort, en 1787. En 1761, il avait donné la nue-propriété du palais à sa seconde fille, Victoire de Rohan et à l'époux de celle-ci, son cousin, Henri-Louis Marie de Rohanprince de Guéméné, auteur de la retentissante banqueroute qui mit fin à la charge de son épouse. Après le départ pour l'émigration de ces derniers, à la Révolution, l'hôtel de Soubise fut saisi.

Sous la Révolution, l'hôtel de Soubise est détourné de ses usages princiers, et utilisé, durant une quinzaine d'années, pour diverses activités, casernement, administrations, logement, fabriques, qui le mettent dans un triste état. Les créanciers souhaitant éviter la confiscation du domaine par l’État, parviennent à faire radier la princesse de Guéménée de la liste des émigrés, le 16 prairial an VIII. Le 7 fructidor an XII, un arrêté préfectoral lui reconnaît formellement la propriété des hôtels de Soubise et de Rohan, qui sont vendus à un spéculateur le 13 août 1807, un mois avant la mort de la princesse. En 1808, les deux hôtels sont acquis par l’État. Napoléon 1er affecte l'hôtel de Soubise aux Archives impériales et l'hôtel de Rohan à l'Imprimerie impériale. Le musée des Archives nationales occupe certaines salles de l'hôtel de Soubise depuis sa création, en 1867. C’est ici qu’aurait dû voir le jour le projet de Maison de l'Histoire de France, voulu par le président Nicolas Sarkozy et abandonné par ses successeurs, dont en premier lieu par le Président Hollande, élu des terres de l'ancien duché de Ventadour, par un singulier retour de l'histoire.

La deuxième piste nous conduit à la rue en leur nom. Une rue Ventadour existe en effet dans le coeur de Paris, dans le second arrondissement. Elle se trouve entre le Palais Royal et l'Opéra Garnier, à droite en remontant l'Avenue de l'Opéra depuis la rue de Rivoli. Ventadour salle parisC'est une petite rue et non un boulevard, elle abrite aujourd'hui la maison de la Nouvelle Calédonie et l'Office de Tourisme du Japon. Elle est juste "de Ventadour", sans autre intitulé ducal ou viscomtal. A son extrémité, en perspective se dresse la Salle Ventadour, construite sous les ordres de Louis XVIII entre 1826 et 1829 pour l’Opéra Comique au moment de la Restauration. Elle fut le siège du Théâtre des Italiens de 1838 à 1870 mais en 1879 les représentations théâtrales sont définitivement terminées et l'’immeuble est repris par ce qui deviendra ensuite la Banque de France. Cet immeuble prestigieux mais assez défraichi sert de nos jours de cantines en self service, d'une salle de restaurant classique, de salle de sport, salle de spectacle et du magasin du comité d'entreprise à prix réduits pour les employés de la Banque... une boucherie de l'établissement ayant été fermée peu après l'an 2000 ! Sic gloria transit.

Selon Jacques Hillairet, sa dénomination est due au fait qu'elle traversait la propriété de Louis Charles de Lévisduc de VentadourPour Félix et Louis Lazare, son nom lui vient de Charlotte de La Mothe-Houdancourt, dite Madame de Ventadour, gouvernante de Louis XVJean de La Tynna indique qu'elle doit son nom "à la famille Ventadour qui s'est illustrée sous la royauté".

Cette rue a été ouverte sur une largeur de 7,79 mètres vers 1654, après l'arasement de la butte des Moulins. Elle débutait à cette époque rue des Moineaux et se terminait au-delà de la rue Neuve-des-Petits-ChampsAprès avoir porté les noms de « rue Saint-Victor », puis de « rue de Lionne », en raison qu'elle séparait l'hôtel Langlée de l'hôtel de Lionne, elle prend son nom actuel en 1673. En 1720, elle perdit sa section comprise entre la rue Thérèse et la rue des Moineaux qui formera, par la suite, la rue Méhul donnant sur la salle de l'Opéra comiqueUne décision ministérielle, du 3 frimaire an X (), signée Chaptal, maintient la largeur primitive de cette voie publique à 7,79 mètres. Cette largeur est portée à 9,74 mètres, en vertu d'une ordonnance royale du . Rien ne prouve que les Ventadour habitèrent dans ce secteur, mais son profond renouvellement peut avoir effacé les traces des possessions. On notera l'absence d'une rue parisienne en hommage à "Bernartz de Ventadorn".

 

In fine

Ventadorn illumine

 

Le tour de la vicomté puis du duché de Ventadour est accompli. La logique des emplacements au long des rivières et vallées apparaît tout autant que celle des improbables chemins. Ainsi se met en place la carte des fiefs de Ventadour selon un schéma jusqu'à présent inconnu. Le guerrier se souvient alors encore que les invasions suivent toujours les rivières !

Il y aurait certes encore bien d'autres fiefs à considérer allant du simple repaire fait d'un unique donjon médiéval parfois tôt abandonné, jusqu'au véritable château fortifié et souvent transformé au fil des siècles. Peu nombreux sont ceux qui subsistent. Beaucoup furent simplement abandonnés par inutilité et manque de confort, victimes des Anglais et pire encore des Routiers ou des troupes royales lors de la guerre de cent ans ou des guerres de religion. Certains furent vendus (souvent) ou démolis (volontairement). D'autres seront détruits à la Révolution (avec assez peu d'effets) ou par les revendeurs et pilleurs de pierres (qui commirent des ravages autrement plus définitifs). Les quelques-uns qui survécurent furent souvent transformés et modernisés au 19ème siècle, virent se succéder rapidement divers propriétaires et subirent parfois la pire des calamités, c'est-à-dire d'être transformés au 20ème siècle en colonies et autres camps collectifs de vacances de comités d'entreprises, ce dont certains qui avaient tout vu ne se relevèrent pas. Une infime minorité de ces châteaux aura pu survivre et conserver sur plusieurs siècles ses légitimes propriétaires rescapés miraculeux des guerres, des épidémies, de la guillotine, de la ruine ou du fisc…

Quant à leurs propriétés agricoles et forestières mieux vaut ne pas en parler. Elles firent le bonheur pendant un siècle et demi de quelques accapareurs post révolutionnaires ou plus heureusement parfois de quelques petits paysans luttant contre la misère. Beaucoup retournèrent à la friche après la guerre et chaque jour qui passe hâte un peu plus l'abandon des parcelles défrichées au Moyen Age, faute de bras (souvent) ou de bonne volonté (parfois).

Ainsi disparaissent définitivement les paysages et la flore (la faune suivra d'ici peu) qui furent mis en place à force d'homme il y a mille ans.

Jamais on n'insistera assez sur l'extraordinaire changement du paysage qui s'est opéré en moins de cent ans. Les Monédières ont disparu telles qu'elles furent connues par nos grands parents comme reliefs ouverts seulement couverts de bruyères et de troupeaux de moutons, les fonds de vallées se sont fermés avec la disparition des prés herbeux, leurs pentes et ravins abruptes et rocheux sont désormais noyés par des lacs artificiels ou dans la prolifération anarchique d'une végétation qui n'est plus broutée par les animaux ni exploitée en petit bois de chauffe des fours, les ruisseaux et ruisselets ouverts pleins de poissons sont couverts, invisibles, obstrués par les troncs et branches mortes, l'eau vive est devenue sans vie, les perspectives lointaines se sont bouchées et l'oeil ne porte plus vers les horizons ce qui, avec la limitation à la vue des écrans, n'est pas un bon signe pour l'étendue de la pensée. Les cartes postales anciennes, celles de Ventadour en particulier, montrent ce bouleversement paysager et environnemental phénoménal. Il ne peut être sans conséquences sur notre existence et notre perception spatiale. Nous ne voyons plus les mêmes choses comme nos ancêtres.

Bien entendu le lecteur pourra mieux se retrouver dans les villes capitales qui gardent un peu plus leurs souvenirs (mais avec parfois des collapsi fulgurantes).

Ainsi Egletons a su préserver en partie sa ceinture de remparts et les remonter lorsqu'ils s'écroulent, mais sans pouvoir s'empêcher d'écraser chacune de ses cinq portes fortifiées (la dernière le fut dans la seconde moitié du 19ème s.), de laisser construire quelques immeubles récents à leur place ou de les éventrer pour aménager un escalier raide et contemporain il y a peu. A la fin du 19ème siècle furent heureusement installées à l'ancienne porte de Tulle les armes de Ventadour arrachées au 18ème. Le clocher fortifié du 12ème s. veille toujours sur la croisée du cardo et du decumanus, sur quelques décors de Ventadour intégrés à plusieurs maisons (dont le presbytère avec une porte et une fenêtre du logis), ainsi que sur l'hôtel sénéchal des d'Ambert orné du fronton d'entrée "Samson terrassant le lion" et des deux flèches ducales sur le toit, hélas bien ignorées. 

A Ussel, des vestiges de la vieille ville ducale sont encore présents mais hélas noyés dans les dégats du XXème siècle qui ne fut pas respectueux ici comme ailleurs. 

A  Donzenac, le caractère médiéval est encore bien palpable même si le souvenir de Ventadour s'estompe loin du coeur du duché. C'est bien une ville à découvrir.

A Meymac l'abbaye et les vieux quartiers restituent encore assez bien l'atmosphère des temps ventadoriens. Son abbaye mérite le détour et son ensemble conventuel est remarquable.

Corrèze de son côté a mieux su conserver son caractère de petite ville viscomtale que Neuvic, largement modernisée, (mais c'est la destinée de son nom ?).

Tulle, enfin, a su conserver la résidence seigneuriale qui fut plus occupée que celle d'Ussel, preuve s'il en est que Tulle ville épiscopale fut également ventadorienne. Son agréable quartier du Trech resserré autour de la cathédrale et des bords de Corrèze mérite le label de ville des Ventadour.

Il convient de noter un fait curieux propre au Limousin : cette terre si riche en châteaux forts du Moyen Age et en châteaux d'agréments des époques ultérieures n'en a gardé que très peu en bon état, contrairement au Quercy et au Périgord voisins. Certes bon nombre disparurent en raison de leur ancienneté, de leur inconfort ou des guerres dévastatrices. N'est-ce point là, cependant, le signe de plusieurs siècles destructeurs et peut-être d'une révolution plus acceptée par les esprits ? Ou bien, pire encore, l'évidence d'un désintérêt des familles limousines qui, en s'élevant, s'éloignèrent de leur terre et, faute d'améliorer leurs domaines, se contentèrent trop souvent de les abandonner ? N'est-ce point ici la suite d'une triste habitude que les papes semblèrent instaurer ? Plus curieux encore, seulement une infime minorité des châteaux subsistant en Limousin se visite (moins d'une douzaine surtout en Haute Vienne), alors que l'Auvergne voisine un peu moins bien dotée à l'origine, a non seulement mieux su les conserver mais également les rénover et les rendre accessibles au public  (plus de quatre vingt !).  Ainsi le duché de Ventadour comptait plus de 70 châtellenies de tailles diverses allant du simple donjon médiéval du XIème s. au vrai château XVIIème s. Une vingtaine subsiste à des degrés divers de conservation. Un seul se visite (Sédières), et encore seulement parce qu'il a été collectivisé (ce qui n'est heureusement pas généralisable !). On peut citer cependant le manoir du Mialaret qui est un centre de vacances. Les autres sont toutes des demeures privées non ouvertes au public (dont la plus célèbre actuellement est Bitty) ou des ruines abandonnées (hormis Gimel). Cela n'est pas sans conséquences sur l'attrait touristique, sur l'impact économique et surtout sur l'identité culturelle de la province. En Limousin il en va autrement des régions voisines… Nous tournons délibérément le dos à notre patrimoine et à notre civilisation dont la langue qui se perd définitivement fut la plus belle représentation. On peut le regretter amèrement bien entendu. Un peuple qui oublie d'où il vient peut-il discerner où il va ? L'espérance de l'avenir ne dépend elle pas du lien indéfectible à sa propre substance historique ?

Reste enfin au visiteur, Moustier dont tout ou presque a disparu hormis les vestiges. La visite désormais payante des ruines, ce qui est à nos yeux une contradiction à l'esprit de la donation que nous organisâmes, pourra être complétée par l'arrêt devant l'église, unique élément de l'ensemble claustral clunisien. Le cloître, les cellules, les salles et le jardin sont à jamais oubliés et détruits. La plupart des dalles furent utilisées comme élément de construction d'une salle des fêtes assez récemment. A l'intérieur, sous l'une des dalles funéraires restantes, celles du comte Louis et de Catherine son épouse, anonymes désormais. Ce n'est pas l'un des moindres paradoxes que de ne connaître qu'une seule sépulture des nobles seigneurs de Ventadour qui ne furent pas tous enterrés (comme on a pu le lire) dans l'abbaye de Meymac où l'on est seulement sûr de trouver François de Lévis Ventadour (†1625) abbé démissionnaire qui fut tué au siège de la Rochelle mais ne fut jamais duc ! D'autres le furent au cloître de Tulle, à Bonnaigue et à Bonnesaigne, à Liginiac, à Soudeilles et beaucoup à Moustier. Que leurs âmes reçoivent notre pensée émue.

Derniers vestiges émouvants, les croix de justice qui marquaient la mouvance du prieuré, dont les jugements et les sanctions étaient plus cléments dit-on que ceux des vicomtes. A Auzier, au cimetière, à la maison Bordas ou sur le chemin de la Champselve elles symbolisent encore pour quelques temps l'équilibre révolu d'un ordre disparu.

Croix auzier

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