remettre en état l'environnement

Mont Ventadour a beaucoup changé depuis l'origine de la construction au XIIe siècle. On devine qu'il était à l'origine plus pointu et probablement empli de végétation misérable à base de genêts et de ronces qui se plaisent tant en notre pays avec un taillis de feuillus. Certainement y avait-il des chênes tordus et des épinettes sur ces rochers ingrats et rien de bien précis sur les parties arides. Le premier travail du jeune comtor Ebles de Comborn fut certainement de rénover la modeste fortification s'il en existait déjà une, ce qui est probable. Sinon, il fit araser un plateau, tirer la pierre et, n'en doutons pas, nettoyer les précipices afin d'éviter toute dissimulation d'un ennemi potentiel. Il fallait maîtriser les ravins en dessous et en face. Ce travail d'entretien resta parfaitement visible jusqu'à la fin du XIXe siècle. Sous les remparts et le logis la vue était dégagée, des hommes nettoyaient les repousses que les chèvres et les vaches ou les chevaux ne parvenaient pas à éliminer. Plus avant, poussaient les sarements de vigne qui donnèrent leur nom au torrent en contrebas. Notre excellent fondateur le chanoine Billet se souvenait d'en avoir vu les vestiges après la grande épidémie de phyloxéra. Aujourd'hui des arbres morts et des buissons ont remplacé le vignoble des chevaliers. Puis insidieusement, après la première guerre mondiale, la déprise commença, la végétation revint d'abord modestement puis de plus en plus arrogante. Il me souvient des derniers animaux qui arpentaient les espaces encore préservés dans les années 1970. Un modeste troupeau de chêvres à lait se promenaient dans les ruines et sur les areines rocheuses en dessous. Il y avait également quelques vaches sur les dernières pâtures de la petite Chanselve. Elles paissaient sans gêne entre les vestiges des chaumières dont l'une avait dû voir naître Bernartz lo trobair sans se douter que ces lieux avait abrité l'enfance du plus célèbre des troubadours.

Monte Ventadorn (collection SHAV)

Depuis tout est parti en désastre. c'était un crêve-coeur de voir disparaître dix siècles de dégagement du site inspiré dans l'indifférence. Nous constatâmes avant la donation de 1988 avec notre Président d'honneur Monsieur le duc de Lévis Mirepoix, que l'un des premiers travaux à réaliser était certainement un vaste nettoyage des abords en accord avec les propriétaires. Hélas cela n'a pas été fait. La broussaille sévit, se tord de douleur avec les sécheresses régulières, crève avant de repousser dans un cycle désormais permanent. Les rochers telluriques ne sont plus visibles. Seules quelques perspectives se créent momentanément avec la coupe de raisineux avant le retour certain des taillis du côté du rocher Cerviaire. Les dernières pâtures ont disparu, quelques jolies bruyères survivent sur les roches arides mais elles ne sont plus mangées. Face au désastre, nous réitérons notre demande sur des opérations urgentes indispensables à notre sens pour retrouver le site impressionnant d'autrefois ne serait-ce que par respect de son histoire.

Les ravins. L'état d'abandon nécessite un sérieux nettoyage d'élimination des pousses arbusives qui ont colonisé les pentes. De toute façon il faudra bien le faire tôt ou tard car les chênes crêvent et n'ont aucun avenir sur ces rochers avec l'évolution de la sécheresse endémique. Sauf à vouloir conserver leurs moignons morts recouverts de ronces. S'il ne fallait que retenir un argument technique non architectural et d'écologie raisonnée pour les moins sensibles, le risque d'incendie incontrôlable devient menaçant, particulièrement au coeur d'un massif forestier innaccessible en bien des endroits. Il suffit de se référer aux images du XIXe s. pour comprendre et voir la situation primitive pour la comparer avec celle d'aujourd'hui. Sur ces pentes abruptes les rochers ressortiront enfin de leur mesquine disparition. Il faudra réintroduire quelques animaux entretenant le terrain comme des chêvres rustiques, mais on pourrait penser également à des bouquetins. Elles nettoieront le plus gros et une intervention humaine assurera épisodiquement les finitions. Nous ne doutons pas qu'une location de ces espaces serait possible en contrepartie de l'entretien. Combien il serait plaisant de redécouvrir la vérité du mont Ventadour, sa puissance, son enracinement sur les roches et les jeux joyeux des bêtes escaladant les escarpements. Bien entendu quelques esprits craintifs seront inquiets que cette végétation opportuniste ne cache quelques trésors du biotope avec des espéces rares ou des exemples remarquables justifiant l'inaction. Le respect de la vérité historique vaut cependant autant pour l'environnement que pour l'histoire des hommes. La civilisation médiévale est également celle qui aménagea le territoire par le défrichage des sols et la domination des cours d'eau par les ponts, les réseaux hydrologiques des rigoles et des fontaines de réserve et les moulins. Remettre en état n'est pas bouleverser un abandon, c'est affirmer le geste du paysan et du chevalier, suivre une saine tradition, respecter un héritage.

Les torrents. L'abandon du paysage touche également les cours d'eau et les zones humides. Désormais les prés et les pacages ont laissé place à des friches ou à de mauvaises plantations en péril. Les torrents qui désormais tarissent en été sont trop souvents recouverts de  broussailles qui masquent leur vue et leur écoulement d'eau courante. Au moment où la ressource est menacée, où les turpidités polluent les eaux pures, il est grand temps de retrouver les gestes de dégagement qui depuis dix siècles assuraient une écologie sage et éclairée. Il faut être bien peu sensible pour ne pas se désoler des torrents dissimulés, des eaux interrompues. Ventadour a besoin de bras, pas de fonctionnaires. C'est le moment d'obliger les propriétaires à respecter la loi ancienne d'entretien des cours d'eau et pour ceux qui ne peuvent pas, les y aider par des travaux d'intérêt généraux. Quand pourrons-nous pécher au bord de la prairie retrouvée du pont Roudal, rêver sur les pentes herbeuses, nous désaltérer sans risque dans les ruisseaux courant en torrent, nous baigner au bord de la Soudeillette comme le firent quarante générations ?

Les chemins. Au pont des Bouyges, lorsque la route asphaltée croise le vieux chemin des vicomtes, les regrets assaillent nos coeurs. A une époque où l'on redécouvre les plaisirs de la marche de randonnée, l'ancienne voie tellement typique disparaît et se perd sous nos yeux. Pourtant le chemin taillé dans la roche au-dessus de la Luzège constitue un élément qui serait mis en avant dans d'autres contrées. Il faut rétablir la voie ancienne vers Lamazière Basse. Plusieurs sections sont aisées à remettre en état et à protéger des engins tout terrains. Et d'autres existent à privilégier pour les piétons et les chevaux plutôt que les 4x4.

Ne sachant vers qui nous tourner, nous implorons ceux qui ont tout fait depuis des décennies pour gérer le site (en oubliant au passage les conditions de l'acte notarié de donation). Les élus politiques de la structure intercommunale disposent des moyens et des employés. Nous ne doutons pas que vous vous montrerez compétents et dignes de notre confiance électorale.